« La Planète des Singes : Suprématie », Matt Reeves, 2017

La Planète des Singes : Suprématie, film de science-fiction de Matt Reeves. Avec Andy Serkis, Woody Harrelson, Amiah Miller, Steve Zahn…

Le pitch : Deux ans après les événements de L’Affrontement, César (A. Serkis) et les siens vivent reclus dans la forêt et doivent combattre sans cesse une poignée de militaires qui tentent de prendre le dessus. A leur tête, le colonel McCullough (W. Harrelson), un fanatique dont le seul objectif est d’assurer la suprématie de l’homme sur cette planète qui lui échappe. Mais la guerre tourne vite à l’affrontement personnel entre les deux chefs après qu’un événement tragique ait amené César à voir un désir de vengeance prendre le dessus sur ses espoirs de liberté pour les singes.

La critique : Toute saga a tendance à connaître des hauts et des bas. Ce fut le cas de Star Wars, du Seigneur des Anneaux (si l’on y adjoint Le Hobbit), de Star Trek et même de la saga originale de La Planète des Singes (pour moult détails à ce sujet, je vous renvoie à ma rétrospective de cette dernière). L’avantage avec sa version reboot, c’est qu’elle a eu un haut (Les Origines) et un bas (L’Affrontement) en l’espace de deux films, ouvrant alors la question de savoir de quel côté l’ultime épisode de cette trilogie allait faire pencher la balance. Et fort heureusement, ce fut du côté des hauts !

C’est à Matt Reeves que nous devons ce tout dernier film de la licence simiesque, lui qui était déjà à l’œuvre sur le volet précédent et sur lequel j’étais à mon sens trop gentil dans ma critique d’alors (réécriture, nous voilà !). Ce fait établi, l’on pouvait se demander si Suprématie allait savoir redresser la barre. Car il ne faut pas se mentir, le deuxième épisode avait raté le coche sur plusieurs aspects et en tout particulier sur l’ampleur du personnage de César. Après avoir été sinon construit, au moins finement esquissé dans Les Origines, ce personnage devait, au vu du pitch de L’Affrontement, en imposer sévère comme on dit. Or, au lieu de cela, César était délibérément mis sur le banc de touche avant même que l’on atteigne la première moitié du film et voyait son importance reléguée au second plan au profit de personnages humains moins bien écrits en plus d’être largement moins intéressants. On pouvait presque parler d’affront à ce que César fut dans la saga originale et notamment dans l’excellent La Conquête de la Planète des Singes de 1972 !

César prend ici le rôle d’une sorte de Pancho Villa, porté par un idéal révolutionnaire.

Mais heureusement, Reeves et Mark Bomback ont cette fois-ci échafaudé un scénario qui vient réparer cette erreur. Comment ? Eh bien non seulement en se posant la question du manichéisme sous une nouvelle forme mais en plus en recentrant bien plus son récit sur César. L’on assiste alors au superbe retour en grâce de ce singe dont L’Affrontement nous avait presque laissé l’image d’un guerrier de plus en plus affaibli et peut-être bien dépassé par l’importance de sa tâche au sein de cette révolution simiesque. A son potentiel gâché succède alors ici un véritable rebond qui se paie le luxe d’emporter avec lui la saga en entier, laquelle repose trop sur César pour que l’écriture de ce dernier soit ratée. Ce personnage redevient imposant et se pare de grandeur dans l’objectif de redonner son image de chef incontesté, laquelle est assise dès les premiers instants du film.

Toujours très christique (entourés par leurs disciples respectifs, Jésus avait Judas, César a eu Koba par exemple), César reprend ici toute sa splendeur de leader.

Et pourtant, le scénario de Suprématie n’est pas tendre avec César. Trouvant son élément perturbateur principal dans un événement aussi tragique dans la vie du singe que crucial pour son combat, le fil rouge de ce dernier film va alors se dérouler en partant du principe qu’il faut certes asseoir définitivement ce personnage comme le puissant leader qu’il est mais que, justement, les grands chefs ne gagnent cette aura que dans les pires batailles. Et c’est très justement ce à quoi l’on assiste au cours de ces 2h20 ! Avec un scénario quasi-béton (si l’on a envie d’exagérer un chouïa), Suprématie offre un très bon spectacle et une intrigue très bien construite et équilibrée. D’une écriture riche et fine, cette histoire est idéalement amenée sur la longueur et c’est carrément réjouissant de suivre ce film qui s’avère alors être sans gros temps morts. Seule la fin me chagrine peut-être un peu avec ce deus ex machina météorologique qui vient répondre à la nécessité de clore définitivement la trilogie malgré l’entrée en jeu de facteurs pouvant facilement ouvrir les perspectives d’une ou plusieurs suites encore ! Cela aurait pu être évité sans souci de mon point de vue…

Le pari était osé mais le résultat est réussi.

Reste que ce film est très accrocheur. Mieux encore, il ose ! Un exemple de cette volonté d’apporter de nouvelles propositions, c’est clairement l’intégration d’un nouveau personnage dont le ton est en complet décalage avec l’atmosphère lourde qui pèse sur la saga. C’est un faire-valoir humoristique qui prend forme ici avec le personnage de Méchant Singe et cela aurait pu être risqué, justement à cause de ce décalage net qu’il apporte mais il s’ajoute finalement à la liste des exemples venant affirmer que le scénario est réussi : très naturellement amené dans l’intrigue, ce nouveau personnage évite d’être impertinent et jouit du luxe de toujours tomber à point nommé. Il réussit en fait ce que devrait réussir n’importe quel faire-valoir humoristique : être drôle mais pas lourd !

Niveau mise en scène, c’est assez irréprochable là aussi. On retrouve de manière assez logique toute la patte qui était appliquée dans L’Affrontement, ce qui était à vrai dire l’un des seuls éléments réellement sans faille de ce précédent volet. Matt Reeves apporte donc dans Suprématie cette atmosphère visuelle qui renforce l’ambiance de plus en plus pesante qui domine ces deux films. Il réussit alors à proposer une mise en scène qui mêle très intelligemment le besoin d’une gravité nécessaire à la grandeur de cet épisode et l’action inhérente à un opus qui s’intitule bien plus judicieusement War for the Planet of the Apes en VO. Jouant sur les cadres et soulignant parfois les impacts des différentes péripéties sur les personnages (et notamment sur César) par quelques plans très bien sentis (dont quelques somptueux gros plans), Reeves réussit à exprimer par la seule image bien des émotions que le spectateur ressent à son tour, ce qui revient (sans pour autant parler de chef-d’œuvre en la matière) à une jolie leçon de cinéma. A noter que la photographie de Michael Seresin joue un grand rôle dans ce travail. Le monsieur, à qui l’on doit notamment la superbe direction artistique de Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, fait d’ailleurs partie des membres de l’équipe qui ont été reconduits de L’Affrontement vers Suprématie. Sans oublier également l’incroyable qualité des effets spéciaux et notamment de l’apparence des singes, une qualité qui s’est nettement accrue depuis Les Origines et qui offre désormais une niveau de détail et de réalisme ébouriffant !

Il y a quelques très beaux tableaux dans ce film.

Ajoutons à cela la musique de Michael Giacchino, lui aussi déjà présent depuis le précédent épisode et à qui l’on doit également les compositions de films comme Rogue One, Docteur Strange et plusieurs œuvres de J.J.Abrams (dont ses Star Trek). Ici, on appréciera que malgré certains morceaux très calibrés « blockbuster d’action » (et finalement assez génériques), le compositeur réussisse à offrir quelques pistes plus posées et au final très pertinentes dans le sens où elles nourrissent dans une large mesure toute l’émotion qui se dégage de certains séquences. A noter aussi un soupçon d’influence de la bande originale des films originaux et notamment des travaux de Jerry Goldsmith sur La Planète des Singes de 1968. Une musique qui remplit donc largement sa mission tout en allant chercher plus loin encore pour permettre au film de s’octroyer une vraie cohérence.

Du côté de la distribution, je disais déjà dans mon article sur L’Affrontement qu’il ne fallait surtout pas oublier qu’aussi numérique qu’il puisse l’être, la qualité d’un personnage créé par motion capture sera néanmoins très largement dépendante de celle de l’acteur qui l’incarne. Et si l’Académie des Oscars semble toujours plus déterminée à nier à ce procédé toute affiliation avec le métier d’acteur, il est important de rappeler que si César est si imposant à l’écran c’est aussi et surtout grâce à Andy Serkis. Passé maître dans le domaine, le comédien a su faire de César un personnage dont on ne peut pas le dissocier désormais et lui a indéniablement apporté bien des choses. Serkis lui donne cette voix puissante, cette gestuelle aussi ferme que précise et finit de l’ériger ici en cet impressionnant singe dont on devine qu’il est voué à devenir une légende dans la civilisation simienne.

Inquiétant dès sa première apparition, McCullough se nourrit de l’interprétation qu’en fait Woody Harrelson.

Face à lui, Woody Harrelson dresse son McCullough en parfait antagoniste. Je dois même avouer que ce rôle m’a permis de mieux découvrir un comédien que je ne connais encore que très (trop) peu. J’ai trouvé ici un acteur impeccable, d’un grand charisme et surtout d’une finesse certaine dans le jeu. Harrelson, sans en faire trop, incarne ce militaire fanatique avec une sorte d’authenticité qui le rend d’autant plus saisissant. McCullough est alors nourri de cette interprétation qui, on pourra la dire sans problème, fait autant de lui un Ponce Pilate que le travail de Serkis fait de César un Christ. Ensemble, les deux comédiens contribuent ainsi à ces allures christiques/messianiques et plus largement bibliques qui ponctuent régulièrement le récit (les singes sur les croix ne sont pas là par hasard ou pour la seule référence).
Sur le reste du casting, un mot très rapide pour évoquer la jeune Amiah Miller, aussi touchante dans son jeu que son personnage, ou Steve Zahn, dont la qualité d’interprétation apporte une plus-value certaine à la pertinence de l’humour apporté par son personnage de Méchant Singe.

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C’est donc une excellente conclusion qui est apportée à cette trilogie avec Suprématie. On espérait que la suite de La Planète des Singes : L’Affrontement réhausserait le niveau après cet épisode bancal et Matt Reeves a su répondre à ce défi avec une certaine intelligence. Reprenant ce qui était à reprendre, modifiant ce qui devait l’être et ôtant ce qui n’était pas nécessaire ou bon, le réalisateur revient ici aux sources de cette saga reboot en retravaillant tout particulièrement le personnage de César, son parcours et l’approche qu’il convenait d’aborder avec lui. Suprématie se pare alors d’une aura qui rappelle celle des films originaux (et notamment La Conquête de la Planète des Singes, où le César de l’époque menait la révolte), lesquels sont d’ailleurs souvent rappelés à notre bon souvenirs par un lot de références judicieuses dans le fond et dans la forme, créant ainsi une véritable filiation entre les deux sagas. On regretterait presque que ce soit terminé.

5 réflexions sur “« La Planète des Singes : Suprématie », Matt Reeves, 2017

  1. Hello,
    J’ai eu la possibilité de regarder ce film au cinéma avec des amis et j’ai vraiment adoré ! Je trouve que le scénario est intéressant et j’ai été fascinée par la qualité des images.

  2. Pingback: Bilan cinéma 2017 ! | Dans mon Eucalyptus perché

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