« Peaky Blinders », saisons 3 et 4 : Révolutions et affaires de Familles

A l’origine, j’avais prévu de vous parler de la saison 3 de Peaky Blinders peu après mon visionnage de cette dernière, fin 2017. Mais la saison 4, arrivée sur la BBC en Novembre dernier, a débarqué si vite sur Netflix que je me voyais mal faire deux articles sur la série dans un si court laps de temps. Aussi, me voilà cette semaine avec un papier sur ces deux dernières saisons ! Après avoir parlé des deux premières il y a quelque temps maintenant, retour sur ces 12 derniers épisodes, témoignages d’une qualité sans cesse maintenue dans la série créée par Steven Knight.

Après deux saisons d’excellente facture, Peaky Blinders s’était offert le luxe d’une pause de 2 ans, une éternité pour les fans. Mais comme toujours avec les séries proposant un tel degré de qualité, un temps-mort aussi long ne doit jamais être vu comme quelque chose de néfaste. Bien au contraire, il sera toujours préférable de voir un showrunner prendre son temps (peu importe la raison) plutôt que de vouloir à tout prix enchaîner les saisons au risque de se perdre en chemin.
Arrive donc 2016 et la troisième saison de la série. Six nouveaux épisodes qui vont, comme je m’apprête à le dire, changer un peu la donne en terme de background pour la bande à Shelby mais qui ne manquent encore et toujours pas des perfections dont étaient déjà auréolées les deux saisons précédentes. Et voilà enfin que l’on me fait plus ou moins mentir puisque l’année suivante, les Peaky Blinders sont déjà de retour avec la quatrième saison, encore meilleure que la troisième ! C’est à croire que tout ceci tient finalement moins à une indiscutable maîtrise dans le développement qu’à, tout bonnement, une excellence généralisée. Comme si Peaky Blinders était une série dotée d’une aura qui l’empêche de sombrer, peu importe son rythme de diffusion.

Les frères Shelby sont de retour !

Nous reprenons en tous cas le train des Blinders à un moment où, s’extirpant de leur vieux quartier prolo de Small Heath, chacun commence à jouir d’une aisance appréciable. C’est le cas notamment de Tommy, le chef, qui en impose de plus en plus dans le paysage économique de Birmingham tout en gardant toute son aura de leader de ce brutal gang. Mais la troisième saison va cependant apporter son lot de bouleversements avec l’installation d’une intrigue générale bien plus politique que les querelles de gangs auxquelles la série nous avait jusqu’ici habitués. Une intrigue qui fait suite à l’intégration discrète de Winston Churchill dans la saison 2. Et si le futur Premier Ministre du Royaume-Uni n’apparaît plus dans la saison 3, son ombre ne cesse pour autant de hanter les six épisodes qui la composent.

Tout commençait pourtant idéalement pour les Shelby, à leur apogée au début de la saison 3…

Tout en conservant son atmosphère habituelle, crasse et baignée par la fumée de l’Angleterre des années 1920, cette saison amène alors le spectateur à découvrir qu’il peut attendre autre chose de Peaky Blinders que la seule lutte pour l’ascension d’un gang de descendants de gitans. Steven Knight propose en fait d’élargir le champ des possibles de sa série en faisant nager ses personnages dans des eaux toujours plus tumultueuses mais où ils croisent d’autres navires que les seuls rafiots tenus par les autres gangs. Pour cela, il prend appui sur la Révolution Russe de 1917 et ses conséquences. Entre les notables russes désireux de reprendre le pouvoir, les révolutionnaires acharnés et un groupuscule secret qui vise ses propres ambitions, les Shelby se retrouvent face à des enjeux auxquels ils avaient jusqu’alors échappé. Et si j’ai trouvé que le tout prenait parfois une dimension si politique qu’elle en oubliait presque d’où les Blinders viennent, il n’en demeure pas moins que le renouvellement apporté de cette manière était intéressant.

Puis vint la saison 4, plus vite que son ombre (le mieux étant encore sa rapidité à arriver sur Netflix après sa diffusion sur la BBC), et voilà que les gars de Birmingham reviennent à des jours aussi nouveaux qu’emprunt d’un retour aux sources forcé et en même temps très opportun pour ceux qui, comme moi, regrettent parfois un peu le temps de Small Heath, des réunions dans le pub et tutti quanti. Small Heath justement, les Blinders y retournent dans cette saison, trouvant en ce quartier crasseux un refuge face à une menace venue d’outre-Atlantique : la mafia italienne menée ici par Luca Changretta, fils de Vicente Changretta (vu pour la dernière fois dans la saison 3).

Les mafiosis de la Famille Changretta ne sont pas venus pour faire dans la dentelle.

Et c’est ainsi qu’après des imbroglios bien plus politiques, Peaky Blinders revient à ses fondamentaux avec une lutte entre gangs aussi sanglante que prenante. Avec une bonne vieille vendetta comme fil conducteur, cette saison 4 se veut être une sorte de retour aux sources, au propre comme au figuré. Car tout en poursuivant ce qui avait été amorcé dans la saison précédente (et notamment l’intégration du communisme et de sa révolte en tant qu’enjeu dans la vie économique du pays et de Birmingham), Peaky Blinders revient ici à ses fondamentaux. Les flingues sont de sortie comme autrefois et, dès le 1er épisode, le ton est donné. Et quel ton ! Si l’on en croit cette ouverture, la saison 4 promet d’être violente et clairement sans concession. Et c’est le cas ! A l’issue des 6 épisodes qui la composent, reste le souvenir d’une épique bataille où les Shelby, dont on aurait pu craindre qu’ils ne deviennent ronflants à cause de l’aisance dans laquelle ils sont désormais, rappellent qui ils sont. Les « Peaky fookin’ Blinders » comme le dirait si bien Arthur avec son inimitable accent !

Fini de rigoler, Tommy Sherlby reprend les armes avec férocité dans la saison 4 !

Une autre constante chez Peaky Blinders et que ces deux dernières saisons ne manquent pas de rappeler, ce sont clairement ses qualités cinématographiques. A mon sens, cette série fait partie de celles qui arrivent à offrir à un public télévisuel une expérience en matière de mise en scène, de lumières et de photographie qui l’apparente sans aucun souci avec le 7ème Art. Aux côtés d’autres séries comme Breaking Bad, Black Mirror ou encore Broadchurch, la création de Steven Knight fait preuve d’une maîtrise technique que les moins sérievores pourraient à tort croire réservée au seul cinéma. Et pourtant, qu’elle soit réalisée par Tim Mielants pour sa saison 3 ou par David Caffrey pour la quatrième, que sa photographie soit confiée à Laurie Rose (S3) ou Cathal Watters (S4), Peaky Blinders est un régal de chaque instant pour les yeux. Nombre de plans, dans chaque épisode, sont de très jolis petits tableaux où rien ne semble laissé au hasard, où chaque cadre, chaque élément de décor et de composition semble avoir été minutieusement calculé et installé pour donner à voir des images qui valent bien des louanges et récompenses.

Ce serait une erreur de ne pas saluer le travail de Paddy Considine dans la saison 3 !

Le casting enfin n’est évidemment pas à oublier et si je ne reviendrai pas sur les performances d’acteurs présents depuis le début comme Cillian Murphy, Paul Anderson, Joe Cole ou Helen McCrory, tous plus incroyables les uns que les autres, je vais plutôt évoquer ici les quelques nouvelles têtes qui apparaissent au cours de ces saisons 3 et 4, à commencer par Gaite Jansen, qui incarne Tatiana Petrovna dans la saison 3, un personnage qui s’ajoute à la liste des femmes fatales de la série et dont l’interprétation par la comédienne néerlandaise n’enlève rien au panache. Dans la même saison, on notera également  la prestation de Paddy Considine dans le rôle de l’impitoyable et détestable Père John Hughes. Considine donne à ce personnage toute l’antipathie nécessaire et en fait, à mon sens, un des meilleurs méchants de la série.

Ce n’est malheureusement pas le cas en revanche d’Adrien Brody avec son personnage de Luca Changretta dans la saison 4, que l’acteur oscarisé et césarisé pour son rôle dans Le Pianiste peine à forger. En fait, son Changretta ressemble plus à une mauvaise imitation de Robert De Niro dans Le Parrain 2 qu’autre chose, ce qui lui est particulièrement dommageable et l’empêche de se forger une identité suffisamment forte face à des Shelby revenus au sommet de leur charisme lors de cette saison.

J’étais content de savoir qu’Adrien Brody rejoignait le casting de la série mais le résultat de son interprétation m’a finalement plutôt déçu.

Il y aurait en définitive tant à dire sur Peaky Blinders qu’on y serait encore dans deux semaines si je ne m’arrêtais pas maintenant. Je conclus donc cet article en remarquant que je n’ai pas parlé de l’évolution des personnages dans ces saisons 3 et 4, laquelle est pourtant notable tant elle prouve également la capacité de cette série à filer des protagonistes sur la durée et en faire des personnages dont l’intérêt se veut autant immédiat que sur le long terme. Je n’ai pas non plus parlé de la place prépondérante des femmes dans le microcosme des Shelby, pourtant très intéressante et fine. Tout cela va de toute façon de paire avec une qualité d’écriture globale sans conteste qui impose à mon avis Steven Knight au rang des meilleurs scénaristes et showrunners de son temps.
En 4 saisons, Peaky Blinders aura su prendre le spectateur avec lui et l’emmener dans des directions variées sans jamais pour autant se perdre en chemin. Je crois de plus en plus fermement que cette série est l’une des meilleures productions télévisuelles actuelles, sans doute la meilleure de Grande-Bretagne en tous cas (devant un Sherlock qui, hélas, commence à perdre pied…). Dotée d’immenses qualités qui jamais ne périclitent, Peaky Blinders sait créer l’attente et celle-ci va demander quelques efforts aux fans d’ailleurs puisque la saison 5 ne se montrera pas à nos yeux avides avant 2019.

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