« Désenchantée », partie 1 : Désillusion

Matt Groening est un homme éminemment reconnu dans l’industrie de la production télévisuelle animée. En deux séries (Les Simpsons et Futurama), le monsieur a créé un style, un truc souvent imité mais jamais égalé. Et aussi plaisantes que puissent être des séries comme Les GriffinAmerican Dad ou d’autres encore dont j’oublie le nom, aucune n’arrive à la cheville des deux créations monumentales de Groening. Aussi, quand on nous a annoncé l’arrivée d’un tout nouveau projet de son cru sur Netflix, on ne pouvait qu’être enthousiasmés. Satisfaits, ça, c’est encore autre chose…

Désenchantée, c’est l’histoire d’une surprise, d’une attente et d’une déception qui, toute relative qu’elle puisse être, est bien là, souvenir le plus tenace qui me reste en tête après visionnage de cette série. Tout ceci, on le doit donc à Matt Groening, créateur culte en son domaine et qui s’essaie ici à une sorte de satire sauce « fantasy sarcastique ». Mais Désenchantée, c’est avant tout l’histoire de Bean, princesse rebelle qui en a plus que sa dose de la royauté et de tout le tralala qui va avec. Une princesse qui se lie par concours de circonstances au démon Luci et à l’elfe Elfo, lesquels seront donc ses deux compagnons de route dans les épisodes à venir. La goutte qui fait déborder le vase de son ras-le-bol, c’est évidemment ce mariage arrangé par son roi de père et qui vire gentiment au désastre en ouverture de saison. Le décor est planté. Hélas, il n’y aura pas que le décor qui le sera puisque l’on va vite comprendre que tout ce qui est censé faire le sel de la série se plante joyeusement aussi.

Le princesse se bat, rote, est volontairement dégueu. Bref, ça partait sur des postulats pas forcément très originaux mais au moins rigolos.

Tel qu’on nous a présenté les choses, il semblait apparaître que Désenchantée devait être une série au second degré très affirmé, potentiellement outrancière par instants, le tout dans un esprit qui se situerait quelque part entre les précédentes œuvres de Groening et le côté plus osé et trash d’un South Park dont une partie du cast vocal français est d’ailleurs en première ligne de cette production-ci. L’occasion pour moi de vous signifier que c’est en VF que j’ai regardé Désenchantée et que, comme pour Les Simpson et Futurama avant elle, cette série n’a pas à rougir de sa version française. Peut-être est-ce même la seule valeur sûre de la chose…

Car oui, le cast vocal est brillant (Thierry Wermuth, Christophe Lemoine, Michel Vigné…) mais le reste ne suit pas, comme si toutes les intentions formulées en amont avaient été drastiquement atténuées dans le produit fini. On se rend ainsi compte avec le recul que la bande annonce contenait quasiment tous les instants les plus drôles de la série… Et autour de ce chapelet d’instants aussi rigolos que rares, une intrigue qui souffre de son rythme mal assuré. Autant le dire: Désenchantée n’est pas palpitante. On pardonne au pilote d’être aussi maladroit mais quand on voit que les 9 épisodes suivants sont du même tonneau, on a automatiquement, à l’issue de ces 10 premiers épisodes, du mal à envisager la poursuite de cette saison lorsque sa deuxième partie sera disponible. Honnêtement, mon visionnage de Désenchantée, que j’attendais pourtant, est vite devenu distrait tant ce que l’on me racontait ne m’emportait pas.

On arrive même à nous rendre une rude bataille entre nains et ogres aussi passionnante qu’un épisode d’Arabesque.

Il y a donc, je trouve, un énorme souci d’écriture. Mais attention, je ne parle pas de l’intrigue que la série cherche à développer, celle-ci n’étant pas strictement mauvaise en soi ! Elle aurait même pu être très agréable à suivre si le reste avait été à la hauteur. Malheureusement, l’ensemble n’arrive pas à se lancer sans s’arrêter. A chaque fois que l’on nous donne le sentiment que ça va enfin décoller, l’élan est coupé net dans sa course par une nette baisse de régime ou trop de parlotte. Si encore cela servait l’esprit de la série, je comprendrais, mais ce n’est même pas le cas et le rythme se trouve ainsi sans cesse coupé. Et l’enthousiasme avec car cela donne lieu à des épisodes plutôt lents, pour ne pas dire balourds, et où les quelques instants de grâce apparaissent comme des respirations plus que bienvenues au milieu des 25-30 minutes que durent les épisodes.

Cette image promotionnelle est plus intense que la série dans son ensemble…

La série tente pourtant en de nombreuses occasions de se relancer mais c’est toujours en vain, ou presque. Et si quelques passages parmi ces 10 premiers épisodes resteront certainement en tête pour leur humour, leur dramaturgie ou leur côté un peu épique, ils font pâle figure à côté de tous ces moments où, tout bonnement, on s’ennuie. Et ce n’est même pas de la mauvaise volonté de ma part, il n’y a qu’à voir l’utilisation de la musique pour s’en rendre compte. Que je trouve les compositions de Mark Mothersbaugh particulièrement inégales, c’est une chose, mais qu’elles soient employées aussi maladroitement c’en est une autre ! A l’instar de l’intrigue, la musique de Désenchantée ne semble pas savoir où aller, ou plutôt comment y aller. Elle offre ainsi des séquences où il ne manque plus grand chose pour que l’épique fasse son oeuvre et emmène le spectateur dans son sillage mais où, encore une fois, elle se ramasse doucement. Cette série est un jeu de montagnes russes permanent et c’est intenable. Pire, le fait que la musique repose sur ce schéma (bien malgré elle, je n’en doute pas un seul instant) ne fait qu’accentuer le fait que le scénario a toutes les peines du monde à proposer une véritable dynamique. Comme si la bande originale avait décidé de saborder un peu plus ce navire qui n’a déjà pas besoin de cela pour prendre l’eau.

A ce stade de l’article, je me rends bien compte que je dois avoir l’air assez sévère avec cette série. Peut-être est-ce à la hauteur de ma déception mais il convient toutefois d’atténuer un peu le propos pour admettre quand même que, non, tout n’est pas non plus à jeter ici. Mais que voulez-vous ? J’avais tellement envie d’être charmé par Désenchantée que le désintérêt profond qu’elle a fait naître en moi me pousse à n’en garder qu’un souvenir maussade, pour dire le moins. Mais vous verrez notamment en toute fin d’article que malgré mes critiques un chouïa acerbes, ces premiers épisodes de Désenchantée s’en tirent malgré tout avec la moyenne.

Je garde une tendre affection pour Elfo malgré tout.

Car il reste le cast vocal que j’évoquais précédemment, aussi agréable en VO qu’en VF, lequel sert des personnages malgré tout sympathiques, sinon rigolos. Alors on n’arrivera pas non plus à parler de franche gaudriole là encore mais le fait est que si leurs aventures m’ont paru tristement fades, Elfo, Luci, Bean, le roi ou encore Sorcerio, tous plus abrutis les uns que les autres. C’est qu’ils sont mignons quand même tous quand on y repense. Alors oui, Bean est aussi rebelle que n’importe quelle adolescente, le genre de truc vu et revu maintes et maintes fois. Elfo est rigolo par sa naïveté mais la chose s’essouffle avec le temps. Luci est d’un délicieux sarcasme mais ça ne s’accord pas avec le reste… Chaque médaille a son revers dans cette série mais, au moins pour les personnages, je préfère penser au bon côté de la chose.

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On aurait pu croire que, pour la rentrée, j’aurais entamé la nouvelle saison du blog avec un article traitant d’un truc qui m’a plu, histoire de minimiser la douleur du retour à l’école/au travail/où vous voulez. Eh bien non, histoire d’encore plus plomber l’ambiance, j’ai choisi de parler de ma plus grosse déception de cet été. Je vous l’ai fait de manière un peu plus courte qu’à l’accoutumée d’ailleurs car il aurait été vain de s’acharner à expliquer dans tous les détails pourquoi Désenchantée fut une désillusion. Retenons juste des personnages mignons sans plus, des comédiens et comédiennes de doublage globalement parfait et une intrigue générale relativement amusante. Tout le reste est à revoir, malheureusement. Mais vu le succès de la série depuis son lancement, je crains fort que la suite ne soit du même acabit. Bref, une production Netflix…

6 réflexions sur “« Désenchantée », partie 1 : Désillusion

  1. Arf… J’en attendais pas énormément de cette série, du coup je suis sûrement moins déçu que toi même si globalement je suis d accord avec les points que tu enonces ici.
    Peut être la faute a un format trop long pour ce genre de séries ? 25-30min c’est peut-être une source de lenteur et d’étirements à tout va quand le sujet est mal maîtrisé. J’aurais préféré des épisodes plus court et plus condensés. Quitte à en faire plus comme le très très bon Last Man.

    Encore désolé pour toi, je vais quand même finir cette saison tranquillement pour voir où cela mène.

    Et au passage chouette ton encadré avec la note final 😉

  2. Je partage le même avis que toi.

    J’ai binge watché les 10 épisodes en une traite et plus j’avançais dans l’histoire, plus je m’ennuyais.
    Hormis de rares fulgurances, tout est bien plat et fade. L’image des montagnes russes est particulièrement bien sentie ici.

    J’ai également regardé en VF et je l’ai trouvé de bonne facture. Les persos sont débiles, mais malgré cela je trouve qu’ils manquent cruellement d’originalité. Pour ne rien arranger, j’ai très vite pris en grippe l’héroïne…

    Les derniers épisodes ont malgré tout cherché à piquer mon intérêt, pour me pousser à regarder la saison 2. Malgré tout, je ne suis pas certain de m’infliger cela…

    Une grosse déception, moi qui m’attendait à une synthèse réussie entre les Simpsons et South Park. Deux séries que j’affectionne tant 😦

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