« Toy Story 4 », Josh Cooley, 2019

Toy Story 4, film d’animation de Josh Cooley. Avec les voix (VO) de Tom Hanks, Tim Allen, Annie Potts, Tony Hale…

  • Ce film est la suite de Toy Story 3 (L. Unkrich, 2010).

Le pitch : Depuis qu’ils ont été confiés à la petite Bonnie, les jouets d’Andy revivent avec joie les heures passées à jouer avec un enfant. Woody (T. Hanks) est cependant un peu délaissé mais lorsque Bonnie doit entrer au CP, il décide de l’accompagner malgré tout. Là, la petite fille se fabrique un nouveau jouet fait de bric et de broc : Forky (T. Hale). Woody décide d’aider du mieux qu’il peut ce nouveau membre de l’équipe à se faire à sa nouvelle condition de jouet. Et lorsque, pendant un road trip familial, Forky passe par la fenêtre, le fameux cow-boy n’a d’autre choix que de partir à son secours pour le ramener auprès de Bonnie.

La critique : Dans la vie de tout studio, il y a des défis. Des projets qui, grands comme petits, imposent d’oser et de prendre le risque de se planter. En 2008 c’était le lancement du MCU par exemple. En 1977, c’était Star Wars premier du nom. En 2019, ça peut paraître bête dit comme ça, mais Toy Story 4 est un de ces défis. Forte d’une trilogie initiale aussi belle que sa conclusion à la fin du troisième volet était parfaite pour globalement tout le monde, la licence semblait n’avoir pas besoin de revenir à l’écran. Et pourtant, voilà que Pixar dégaine Toy Story 4, porté par Josh Cooley, scénariste de Vice Versa et dont il s’agit du premier long métrage en tant que réalisateur.

Cet ultime (?) épisode de la saga me laisse un sentiment ambivalent au moment d’aller voir le film. D’un côté, je suis évidemment content de retrouver ces personnages que je connais et suis depuis 1996 (sorti fin 1995 aux Etats-Unis, Toy Story n’est arrivé chez nous que quelques mois plus tard). Je le suis d’autant plus que, jusqu’ici, aucune des suites données au film original ne m’a déçu. Tout au contraire, c’était à chaque fois mieux que le précédent, le 2 surpassant sans souci le premier tandis que le 3 venait quant à lui mettre la barre encore un peu plus haut. Ce joli cheminement pourrait alors nous laisser toute latitude pour penser que la chaîne ne va pas se briser avec ce quatrième épisode mais, justement, c’est déjà le quatrième Toy Story et les risques de voir la série s’essouffler augmentent forcément un peu.
C’est là l’autre pan de mon sentiment au moment où la projection se lance sur le grand écran : et si Toy Story 4 était tout bonnement décevant ? Et si je n’étais pas réceptif à ses propositions et partis-pris ? Car aussi tendre que puisse être mon affect pour la licence, je n’ai plus les 5 ans que j’avais à l’heure de voir le premier volet ! J’en ai 24 de plus maintenant et, à l’image d’Andy, j’ai bien grandi. Je crains d’autant plus cette possible déception que le troisième film offrait une formidable conclusion aussi larmoyante que chaleureuse à la saga, idéale pour les fans de la première heure tels que moi, et qu’il était à mon sens très audacieux et difficile de passer après cela.

Le tout premier teaser annonçait du remue-ménage : on en a eu.

Commençons par ce que raconte le film et la façon dont il le fait. En gros, Toy Story 4 nous narre – comme je l’évoquais plus haut – la mission que se confie Woody d’aider le nouveau jouet Forky à prendre la place qui lui revient auprès de Bonnie et, surtout, de le ramener auprès d’elle après qu’il est passé à travers la fenêtre du camping-car familial. C’est donc un récit de retour à la maison en quelque sorte qui nous est proposé ici et la parenté de tout cela avec Toy Story premier du nom peut sembler assez évidente. Pour rappel, dans ce premier film Woody devait également revenir auprès de son enfant en compagnie d’un nouveau jouet (Buzz) qui avait un peu de mal aussi à se faire à sa condition de petit bonhomme articulé. Evidemment, Toy Story 2 et 3 racontaient également une histoire basée sur la nécessité de rentrer chez soi mais les principales ficelles du scénario de ce film-ci se rapprochent bien plus du tout premier épisode. Ce parcours passe alors par quelques étapes essentielles dont la prévisibilité n’entachent pas le plaisir, en grande partie grâce à l’écriture générale du film, dans son ensemble impeccable comme à l’accoutumée.

Les « autres » jouets ont toujours eu un rôle à jouer dans la saga.

Toutefois, dans la façon dont le récit est construit, Toy Story 4 dénote un peu par rapport à ses prédécesseurs. Bien entendu, il a son inventivité pour lui et propose évidemment des péripéties qui vont lui être propres afin de ne pas tomber dans la redite (Pixar est un studio doué pour cela, il aurait été vain de ne pas compter dessus) mais ce dont je parle ici, c’est de la façon dont ce quatrième opus tord un peu les grands principes fondateurs de la série. On perd par exemple, c’est ce qui me vient directement en tête, l’esprit de bande qui régnait depuis le départ en 1995. Car même si Woody puis Buzz ont toujours été les personnages principaux, les héros de la licence, la part laissée aux autres jouets d’Andy a toujours été grande. Combien de séquences, secondaires ou non, ont permis de mettre en lumière cette irrésistible petite troupe ? De la partie de bataille navale de Patate et Bayonne dans le premier film à toute la grande évasion du 3 en passant par les délires de Rex dans le deuxième film, les différents scénarios de la saga ont toujours cherché à mettre en valeur ces personnages secondaires. Simples faire-valoir ou vrais seconds couteaux essentiels (Barbie dans le 3 par exemple arrive à occuper ces deux rôles), Toy Story a toujours su créer quelque chose autour de ces autres personnages. Et tout cela, Toy Story 4 l’oublie un peu pour se recentrer sur Woody, laissant aux Patates, à Rex ou encore à Zig-Zag un temps de présence et une utilité aussi grande que celle de Molly dans le premier film…

Toute la fine équipe n’est plus qu’un élément de decorum, hélas.

Même Buzz subit les conséquences de cette approche resserrée sur le cow-boy ! Le Ranger de l’espace est ainsi à son tour pas mal laissé de côté au profit de son acolyte de toujours et de Bergère, personnage revenu d’entre les disparus et qui va occuper une place relativement prépondérante dans le récit. Pire encore, le Buzz l’Eclair que je vois ici dénote énormément avec celui que je suis depuis une vingtaine d’années ! Là où j’avais un personnage certes assez premier degré mais néanmoins intelligent, stratège et plutôt fin, je me retrouve avec un Buzz un peu con.
Une réécriture plus comique du personnage que je ne m’explique pas vraiment, d’autant qu’elle passe par des gags qui trahissent un peu ce qu’il était jusque là. Je pense notamment à la séquence où Woody lui parle de ce que lui dit sa conscience en évoquant « la petite voix à l’intérieur de lui » et que Buzz prend pour la voix enregistrée qu’on active par sa ficelle dans le dos. Une situation assez gênante finalement quand on voit Buzz aussi peu réfléchir et qui le devient encore plus quand la chose donne naissance à une série de gags assez lourds, patauds et répétitifs qui, encore heureux, savent à peu près s’arrêter avant de devenir complètement idiots. Sans doute conscient du potentiel comique de Buzz, poussé à son paroxysme lors de la « séquence espagnole » de Toy Story 3, les équipes de Pixar semblent avoir choisi de ne plus miser que sur cela pour l’intégrer au sein d’un récit où il n’occupe hélas plus qu’une place très secondaire… A l’heure actuelle, rien ne dit qu’un Toy Story 5 verra le jour dans l’avenir, mais vu le 4 et les choix qui y sont opérés (et notamment ceux-ci), je ne serais même pas surpris qu’il ne tourne plus qu’autour de Woody et que Buzz en soit totalement absent.

Buzz a droit à ses grands moments mais le personnage est toutefois largement mis sur la touche.

Woody justement est bien le seul vrai personnage principal de ce quatrième épisode. Tout, absolument tout, des jeux dans la chambre de Bonnie à la conclusion du film et en passant par 90 % des péripéties entre ces deux instants, tout vous dis-je tourne autour du cow-boy. Un recentrage fort et drastique mais surtout étonnant après une troisième volet qui mettait au contraire plus que jamais l’accent sur la petit troupe que forme ce groupe de jouets qui en ont vues des vertes et des pas mûres depuis bien longtemps. Un virage net est donc pris avec Toy Story 4 et s’il peut déstabiliser de prime abord, on ne peut que comprendre ce qui a poussé à cela, même si on pourra toujours penser qu’on aurait fait les choses différemment.

L’évolution du personnage de Woody et de la place qu’il occupe dans ce microcosme reste intéressante à observer.

Cette approche resserrée est surtout l’occasion d’aborder différentes thématiques qui vont, bien plus encore que la place occupée par tel ou tel jouet dans l’histoire, faire le sel de ce film. Il y a par exemple cette façon qu’a le film de nous dire que, peu importe d’où tu viens, même si tu crois être un déchet, l’essentiel c’est d’être là pour les autres et de se rendre compte de la valeur qu’on a à leurs yeux malgré nos origines. Un message assez intelligemment construit et surtout important à transmettre dans l’Amérique de Trump… Mais les thématiques de Toy Story 4, ce sont aussi le regret, le poids des responsabilités, la nostalgie, la nécessité de tirer un trait sur le passé et de transmettre le flambeau… Des thématiques au final assez peu joyeuses, emplies d’un bon gros fond de tristesse même, mais que Pixar sans comme à son habitude distiller dans son film sans forcer le trait, rompre « l’esprit Toy Story« , ni chercher absolument à faire pleurer dans les chaumières.On y viendra cependant car ce studio sait également livrer ses grands moments d’émotions. Toujours tout en tendresse, il y en a plusieurs dans ce film, deux ou trois dont je ne dirai évidemment rien du tout mais dont le dernier a pas mal remué le gamin de 5 ans qui sommeille apparemment encore en moi. Car si je pense que personne ne pourra rester insensible devant ces instants-là, nul doute à avoir quant au fait que le public d’origine, ces gamins et gamines devenu(e)s grand(e)s, se fera bien plus happer par cette déferlante émotive à laquelle s’apparente très vite ce Toy Story 4, avec quelques lames de fond qui ravagent tout sur leur passage.

Woody, par le rôle qu’il se crée envers Forky, devient le personnage essentiel du film, quitte à éclipser tous les autres.

A partir de là, difficile de parler de déception en écrivant ce papier sur Toy Story 4. Car même si ce film n’est sans doute pas le meilleur de la saga, ce n’est en aucun cas une déception pure et simple. C’est même une assez bonne surprise. Alors non, le scénario n’est pas ultra folichon, nos personnages préférés ne subissent peut-être pas le traitement qu’ils méritaient, la plupart des nouveaux personnages ne sont pas si marquants que ça (en particulier Gabby Gabby, à la composition un peu facile) et tout le tralala mais le film brille par d’autres aspects et notamment par cette façon de parler, tout simplement. Je crois qu’il ne faut pas voir en Toy Story 4 une nouvelle aventure des jouets d’Andy (enfin de Bonnie désormais) mais plutôt un épilogue. Comme si Pixar arrivait devant la table en nous disant : « Voilà, on a fait les trois premiers, ils nous ont permis d’aborder tous ces sujets, d’écrire de vrais parcours de vie à travers ces personnages et il est temps maintenant de voir où tout cela nous a menés ».

Dans ce schéma, le retour de Bergère revêt une saveur toute particulière et loin d’être idiote.

Alors le recentrage sur Woody prend tout son sens car ce personnage est LE pilier de Toy Story. Plus que n’importe quel autre protagoniste, le cow-boy a toujours porté une grande partie de la saga sur ses épaules, même lorsqu’il était accompagné d’un Buzz qui a su peu à peu devenir lui aussi indispensable (jusqu’ici…). Woody est un de ces personnages si essentiels à la franchise dans laquelle il s’inscrit qu’on a presque le sentiment qu’il était là avant-même qu’on y songe. Il y a un vécu énorme à travers ce personnage et ce quatrième opus est là essentiellement pour porter un regard sur tout cela. Pour se poser la question à laquelle on sait si difficilement répondre : pourquoi ? Cette question que même Bergère pose d’ailleurs directement à un Woody d’abord incapable d’y donner une réponse claire, avant d’en apporter une au moins aussi dure que la question. On a du mal à s’en rendre compte parce que c’est un jouet, un personnage d’animation, de fiction mais Woody est au bout du rouleau. Toy Story 4, c’est le récit de cette fin de rouleau, ni plus ni moins. Et c’est aussi tendre que déchirant finalement.

« You’ll be fine, partner.« 

Dans ce qu’il raconte et dans la façon dont il le fait, Toy Story 4 laisse donc une sorte de goût doux-amer dont on aura un peu de mal dans un premier temps à démêler ce qu’on y a aimé et ce qu’on y a moins apprécié. Mais, le recul aidant, ses qualités prennent globalement le pas sur ses défauts, même si ceux-ci (pour la plupart liés au scénario en tant que récit d’une histoire et aux personnages qu’il y intègre) ne s’effaceront pas vraiment. Question nouveaux personnages par exemple, et pour développer un peu ce que j’ai à peine évoqué un peu avant, il n’y a finalement pas grand-chose à retenir. Gabby Gabby par exemple ne marquera pas franchement les mémoires sur le long terme, moins en tous cas qu’un Papy Pépite ou qu’un ours Lotso. La poupée se révèle en effet sans réelle surprise et son parcours au sein de ce film était assez prévisible.
Concernant le Duke Caboom, il ne restera pas non plus dans les mémoires comme un grand personnage secondaire. S’il a droit à quelques passages un peu débilement drôles à la manière de Ken dans Toy Story 3, on l’aurait sans doute déjà oublié s’il n’était pas doublé par le mème qu’est devenu Keanu Reeves depuis quelques mois. L’acteur livre en tous cas un doublage qu’on ne peut que saluer, donnant au Duke toute sa saveur. Seuls Bunny et Ducky marqueront peut-être plus que le reste par leur humour gaguesque et légèrement décalé.

On aura connu mieux et plus inspiré.

Là où l’on pourra difficilement faire des reproches en revanche, c’est dans la qualité du cinéma que pratique Pixar. Que dire sur cette animation, sur ces textures, sur cette mise en scène encore ? Moult superlatifs élogieux pourraient être employés pour définir et décrire tout cela mais on se contentera ici de parler d’un travail de très haute qualité. Les gens de chez Pixar se sont fait maîtres en la matière mais leur cinématographie est toujours ultra léchée et Toy Story 4 ne fait absolument pas exception. Bien au contraire, le film se pare de tous les atours auxquels le studio nous a habitués, de plans impeccables à des lumières parfaites en passant par un souci du détail (aussi infime puisse-t-il être) dont a je pense du mal à imaginer tout l’investissement que cela peut représenter. Ce n’est sans doute pas le mieux écrit du lot mais Toy Story 4, ça reste sur le plan technique du sacré bon cinéma d’animation et du sacré bon cinéma tout court.

____________________

Il était difficile de passer après Toy Story 3, tant d’un point de vue qualitatif qu’en raison de la conclusion qu’offrait le film à la saga. Toy Story 4 ne manque malheureusement pas de le rappeler et pêche hélas par plusieurs aspects qui pèsent un peu sur l’ensemble. De petits écueils qui empêchent ce film d’être à la hauteur de son illustre prédécesseur mais qui en l’empêchent cependant pas de tenir bon la barre. Toy Story 4 s’avère en effet malgré tout plaisant à suivre, drôle par instants, émouvant à d’autres moments, un savant mélange certes moins maîtrisé ici qu’autrefois mais qui rappelle les meilleurs moments de Pixar. Le vieux fan que je suis a donc pris plaisir à retrouver cet univers coloré et si certains éléments m’ont un peu fait tiquer, je ne peux nier que j’ai bien envie de revoir ce quatrième épisode encore une fois.

Quant à moi je vous laisse ici avec cet article qui sera donc le tout dernier de la saison sur le blog ! Je prends en effet une pause estivale et on se retrouve début Septembre tout frais, tout reposés, pour une nouvelle saison riche en articles et autres papiers ! D’ici là, la page Facebook et le compte Twitter (accessibles depuis la colonne sur votre droite) resteront actifs (mais un peu ralentis parfois, c’est les vacances hein !). Amusez-vous bien, allez voir des films, jouez, lisez, écoutez de la musique, regardez des séries et on se retrouve à la rentrée !

3 réflexions sur “« Toy Story 4 », Josh Cooley, 2019

    • Merci pour ton commentaire, il fait bien plaisir !

      C’est vrai qu’il a un côté assez adulte au fond, Pixar semble ne pas avoir oublié que son public d’origine a grandi aussi et c’est pas mal du tout.

      (Excuse moi, je ne te réponds que maintenant mais c’était les vacances :3)

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