La carrière de Sean Murphy est intéressante. Alors qu’il poursuit son Murphyverse du côté de Batman avec White Knight et ses multiples suites et autres spin offs, l’auteur et illustrateur américain continue également de revenir à des projets plus personnels entre dehors de ses aventures du Chevalier Noir. Il y eut The Plot Holes et Zorro, il y a désormais Le Dernier Pilote. Un comics plus iconoclaste peut-être, qui remet en avant son amour indéniable des bagnoles tout en tâchant de prolonger le travail de réflexion sociale et politique de l’auteur. Pour autant, Sean Murphy va-t-il assez loin ? Pas sûr, mais cela mérite de s’y intéresser.


Cet article n’est pas écrit dans le cadre d’un partenariat mais je remercie toutefois chaleureusement Astrolabe Editions pour m’avoir fait parvenir une partie des visuels présents ici !

C’était il y a un petit peu plus de deux ans maintenant mais, lorsque nous avions parlé de Zorro : D’entre les Morts sur ce blog, j’avais déjà pas mal fait le tour de qui était Sean Murphy. Sujet oblige, j’avais surtout centré mon attention sur son rapport à Batman. Le héros de Gotham est en effet l’un des principaux faits d’armes de l’auteur avec White Knight et ses suites, mais aussi un de ses totems majeurs, ce dernier étant présent par à-coups de manière assez régulière dans son œuvre. Le lien entre Batman et Zorro étant assez évident (et s’il ne l’est pas pour vous, je vous renvoie donc à mon article), parler de tout ceci tombait sous le sens.

Reste que, si important puisse-t-il être dans le parcours de Murphy, Batman n’est pas toute sa carrière. Illustrateur de renom et de talent, il a en effet eu l’opportunité de poser sa signature sur nombre de comics hors Batman. On ne citera pas tout, bien sûr, mais on pense à son travail sur Hellblazer aux côtés de Jason Aaron en 2008, sur Joe the Barbarian avec Grant Morrison deux ans après, à Tokyo Ghost en 2015-2016 aux côtés de Rick Remender et Matt Holligsworth ou encore à ses collaborations avec Scott Snyder, d’abord sur American Vampire en 2011 puis sur le recommandable The Wake, en 2013-2014. Mais depuis 2017 et la sortie de White Knight, Sean Murphy est un homme très occupé et c’est à ses propres œuvres qu’il se consacre désormais, à la fois en tant qu’auteur et illustrateur. Accompagné toutefois de coloristes tels que Matt Holligsworth à nouveau mais aussi Dave Stewart, il est désormais devenu le seul maître à bord de son art. Son Murphyverse marquera tout de même quelques exceptions, notamment dans divers spin offs tels que Harley Quinn, Red Hood ou Von Freeze (entre autres), ouvrages dans lesquels il délègue ou partage la création avec, pêle-mêle, Katana Collins, Clay McCormack, Matteo Scalera ou encore Klaus Janson, pour ne citer que quelques noms.

Mais ce qu’il faut constater surtout, c’est que Murphy ne se laisse pas vampiriser par sa version de Batman. Pourtant, cet univers alternatif demeure évidemment une manne qu’il ne compte pas s’arrêter d’exploiter. A l’heure actuelle, et sauf erreur de ma part ou changement de programme que je n’aurais pas vu passer, l’auteur a prévu de poursuivre la série White Knight principale mais également de proposer des séries (certaines sans aucun doute très courtes, à la manière de son Red Hood en deux numéros) sur Catwoman, Superman, Batgirl ou encore Nightwing, sans oublier l’arrivée prochaine de la Justice League dans l’équation. Ce n’est donc pas pour tout de suite que Sean Murphy va cesser de développer sa vision de cet univers et l’ampleur de ce programme (qui demeure encore prévisionnel, rien n’ayant été véritablement acté ou officialisé si je ne dis pas bêtise) pourrait laisser songeur.

Malgré cela, l’artiste n’a pas l’air de s’oublier derrière cette énorme licence et revient toujours à ses autres projets, plus personnels. Si l’on y regarde bien, la saga White Knight est en pause depuis 2023 et la parution de Beyond (que je trouve certes correct mais tout de même déjà en-deçà du reste de la série, soit dit en passant). Depuis lors, si on imagine sans peine que Murphy continue de préparer la suite de ce vaste parcours, il a su prendre le temps de nous proposer d’autres choses, plus variées. Ainsi en fut-il de Zorro donc, en 2024, mais aussi de The Plot Holes, en 2023, hommage sympathique bien qu’inégal à la création en tant que telle, à l’art dans lequel il évolue. Puis Le Dernier Pilote cette année.

Au fond, cette démarche me rappelle en quelque sorte ce que Christopher Nolan a fait lorsqu’il menait sa trilogie Dark Knight entre 2005 et 2012. Si ce projet fut un sacré morceau pour le réalisateur (je vous renvoie au passage à l’excellente vidéo que TruffeMax vient de lui consacrer), cela ne l’a pas empêché de revenir entre chaque opus à des œuvres autres, à savoir Le Prestige en 2006 et Inception en 2010. Le point commun que j’observe entre ces deux trajectoires, c’est la façon dont les deux hommes ont navigué entre Batman et des projets dans lesquels ils ont pu s’intéresser plus en-avant aux thématiques qui leur sont chères, même si celles-ci n’ont jamais été totalement absentes de leurs interprétations respectives de Batman.

Le hasard de cette mise en parallèle que je fais ici m’aura en tout cas amené à l’étonnement lié à ma découverte d’une collaboration entre les deux hommes. En effet, en 2014, Murphy et Nolan publient dans le magazine Wired un court comics intitulé Absolute Zero, voulu comme une préquelle à Interstellar, sorti la même année. Une histoire centrée sur le Dr. Mann, incarné à l’écran par Matt Damon, et que vous pouvez retrouver en intégralité sur TheFilmStage.com.

On notera au passage que Matt Hollingsworth s’était là aussi joint à Sean Murphy en tant que coloriste

Ainsi Sean Murphy peut-il en tout cas profiter de ces instants hors de Gotham pour persévérer sur son approche de la justice sociale, de la création, de la question de l’Amérique et de son évolution et, évidemment, des bagnoles, tout ceci pouvant facilement coexister tant il s’agit là de totems chers à l’auteur et qu’il n’hésite pas à mobiliser dans la quasi totalité de son travail. Si l’on a déjà pu évoquer la dimension sociale et politique de son travail en parlant de son Zorro, c’est cette fois-ci la question de la voiture, ou du véhicule de manière plus générale, qui saute bien entendu aux yeux. Le Dernier Pilote, jusque dans son titre, ne fait aucun mystère quant à son sujet : Murphy aime les voitures, alors Murphy raconte une histoire qui tourne autour.

Ne soyez pas surpris par cette couverture verticale : bien que dans un format horizontal, le livre est vendu dans un étui vertical, qui permet de le ranger aisément aux côtés de nos autres BD et comics

Cette histoire, plus précisément, c’est ici celle de Clutch, une ancienne gloire de la course automobile qui vit désormais une vie de hors-la-loi dans une Amérique divisée entre la ville où règne le GRID – un vaste réseau connecté de routes technologiques où les voitures sont bannies au bénéfices de véhicules automatisés -, et le désert où se sont donc réfugiés celles et ceux qui vivent à la marge et continuent d’utiliser des véhicules classiques, sur des routes classiques. Et au milieu de cela donc, Clutch, qui compte bien mettre son grain de sel pour faire tomber le GRID. Mais nous reviendrons à ce sujet plus tard. D’ici là concentrons nous sur l’essentiel, à savoir que Murphy a toujours aimé dessiner des voitures. Si les planches mettant en scène de multiples Batmobiles emblématiques dans la série White Knight auraient facilement pu passer pour un simple amour pour les véhicules de Batman, cela va en réalité bien au-delà et il suffit de voir le nombre de voitures qui sont présentes dans ses œuvres pour s’en rendre compte.

Au centre de Off Road, son récit initiatique de 2005, la voiture est depuis présente partout ou presque chez Murphy, même lorsqu’il ne scénarise pas. Ainsi en est-il Chrononauts, dont il illustre le premier volume sur la base d’un scénario de Mark Millar et avant de céder sa place à Eric Canete sur le volume 2. Le plaisir de Murphy à dessiner des voitures ira même, concernant cette série, jusqu’à une couverture en référence à Retour vers le Futur, hommage appuyé et pertinent puisque Chrononauts parle également de voyage dans le temps.

Dans Zorro, si le justicier masqué reste fidèle à son cheval, sa sœur Rosa se déplace quant à elle dans un lourd 4×4 noir, sorte de transposition moderne du Tornado emblématique. A tout cela nous pourrions ajouter les autres types de véhicules motorisés qui parsèment son œuvre, comme la moto de Tokyo Ghost, mais passons, je ne vais pas vous faire la liste complète, je pense que vous avez compris de quoi il en retourne.

Avec Le Dernier Pilote donc, Murphy met son amour pour les voitures au centre de son récit. L’auteur ne compte d’ailleurs pas s’arrêter là, lui qui annonçait récemment sur son compte Instagram (cf. intégration ci-contre, point n°5) que cet ouvrage était en réalité voué à être la première pierre d’un autre Murphyverse, orienté engins motorisés donc : « Je prévois de faire plus d’épisodes dans les années à venir. Le Dernier Motard, Le Dernier Pilote [ici pilote aérien, nda], etc ».

Toujours est-il que cela guide l’approche artistique ici développée. Troquant le classique format portrait pour un format paysage, Sean Murphy tache avec Le Dernier Pilote d’offrir un écrin visuel à la mesure de son sujet. En résulte cet ouvrage tout en horizontalité édité chez nous par la toute jeune maison Astrolabe, née cette année, liée à Dargaud et derrière laquelle se trouvent en réalité quelques figures d’Urban Comics dont François Hercouët, directeur éditorial chez Urban et proche collaborateur francophone de Sean Murphy depuis plusieurs années. A mon sens, l’affaire se goupille en tout cas très bien. Si le maniement de l’ouvrage en lui-même n’est pas toujours très aisé en raison de son orientation et de ses dimensions, ce choix offre à cette BD un cadre général très large et assez ramassé en hauteur. Il s’agit d’un format dit « à l’italienne », que j’avais à titre personnel véritablement découvert avec Le Rapport de Brodeck, superbe BD en deux tomes de Manu Larcenet, parue entre 2015 et 2016 et adaptée du roman éponyme de Philippe Claudel. Pour dire le moins, cela donne au Dernier Pilote, je trouve, un côté assez cinématographique. Nulle surprise à cela, ce format proposant un ratio qui se trouve être assez proche de celui du Panavision/Cinemascope en 35mm. C’était de toute évidence une des volontés de Murphy avec cet ouvrage, de lui conférer une patte qui renvoie sans conteste au cinéma et aux scènes de courses-poursuites les plus iconiques.

L’équipe de Clutch aux prises avec l’exécrable Firebird

Tout ceci fut en tout cas un des aspects qui m’ont le plus plu dans cette BD. Bien que le style de Sean Murphy soit pourtant assez rigide, voire statique – notamment dans les postures de ses personnages -, il réussit ici à conjuguer cette caractéristique de son dessin avec une sensation de mouvement qui fonctionne plutôt bien. Jouant sur cette horizontalité pour épouser les formes des véhicules mais aussi les tracés sur lesquels ils défilent, il s’emploie également à jouer sur les perspectives et les lignes de fuite afin de donner une sensation de profondeur à ses environnements, ce qui va bien sûr contribuer au nécessaire sentiment de vitesse et de mouvement que cette histoire implique.

Est-ce suffisant pour autant ? Je n’en suis pas certain et je regrette qu’en fin de compte certaines cases au sein des courses-poursuites manquent un peu de la pêche nécessaire pour en faire des moments véritablement dynamiques. Sean Murphy s’en sort en fait mieux sur ce point lorsqu’il joint des échauffourées à ces séquences, notamment en associant la vitesse des véhicules représentés à l’enchaînement d’actions menées par des personnages à bord, l’exemple le plus parlant en la matière se nichant au cours du chapitre 5. Que cela repose alors sur l’architecture des cases ou sur une simple mise en parallèle, c’est très nettement ici que l’illustrateur s’en tire le mieux en la matière.

Tout ceci étant dit, il faut tout de même louer le travail accompli. Le trait de Murphy demeure à mon sens toujours aussi efficace de manière générale, l’usage du format horizontal est certes inégal sur l’ensemble mais néanmoins bien employé, et il faut souligner le boulot de Simon Gough – qui a déjà travaillé avec l’auteur sur Zorro – à la colorisation. Ce dernier s’est par ailleurs inspiré de la bande dessinée européenne, notamment de Michel Vaillant comme il l’explique en fin d’ouvrage, pour adopter « un style de mise en couleur relativement épuré, plus radical, avec très peu de dégradés ». Cela confère alors à cette BD un côté beaucoup plus franc dans ses couleurs, avec des teintes très marquées qui rendent le résultat final beaucoup plus vibrant à mon sens.

Simon Gough explique également que des trames ont été utilisées sur ce projet « afin de l’éloigner des codes visuels traditionnels de la bande dessinée américaine et de lui apporter une texture plus rugueuse ». Si vous ignorez ce que sont les trames, il s’agit de planches composées généralement de lignes ou de points d’épaisseurs et espacements variés, ce qui permet de créer des nuances sur une couleur unie et de développer des dégradés de manière plus « mécanique », si l’on peut dire. Je trouve ce choix judicieux ici car, tout en se mariant très efficacement avec les choix de colorimétrie opérés sur Le Dernier Pilote, ces trames donnent aux fonds une texture qui renvoie autant à celle des voitures qu’à celle de l’asphalte selon les cas.

Sean Murphy semble de prime abord tenir son projet tel un pilote tient son volant. Parfaitement conscient de la direction qu’il veut prendre avec Le Dernier Pilote, il confère à ce dernier nombre d’atours qui viennent souligner ses intentions, les porter même. Et si le résultat final n’est pas irréprochable à 100 % et aurait sans doute pu être perfectionné sur certains aspects (mais qui recherche encore la perfection ?), il n’en demeure pas moins pertinent en ce sens que l’auteur a su mettre son format au service de son idée, quitte à jouer avec ses propres règles et habitudes (et Simon Gough avec lui en sa qualité de coloriste).

Mais le plus intéressant demeure à mon sens dans le récit qui accompagne cet effort visuel. Et si cette histoire de hors-la-loi de la route n’est sans doute pas la plus innovante qui soit, elle demeure prenante et le message qu’elle véhicule reste quant à lui un élément d’importance en cela qu’il poursuit l’observation que Murphy réalise des Etats-Unis depuis de nombreuses années. Tout cela en s’inscrivant, peut-être un peu par hasard, dans un long héritage de rapport culturel typiquement américain à la voiture.

Si la volonté de Sean Murphy de toujours conserver un pan politique ou sociétal dans son travail est tout à fait louable, il est intéressant de constater qu’en ce qui concerne Le Dernier Pilote, c’est en grande partie à travers la voiture qu’il va développer son observation des Etats-Unis et leurs problématiques actuelles.

On l’a déjà évoqué plus haut, la voiture est un objet omniprésent chez Sean Murphy, lui qui aime tout bonnement dessiner des véhicules. Un amour pour la mise en illustration d’engins motorisés qui, à titre personnel, me rappelle volontiers Akira Toriyama, lui qui a tant dessiné de voitures, motos, hélicoptères et autres avions, notamment sur les couvertures de Dragon Ball. Mais en ce qui concerne Sean Murphy, qui fut d’ailleurs repéré notamment pour son talent à dessiner des voitures et autres engins, il y a à mon sens autre chose à retenir.

Extrait de « Off Road »

La voiture chez Sean Murphy n’est pas qu’un moyen de transport. Elle est un point de départ créatif, lui qui affirmait dans une récente interview auprès d’ActuaBD réfléchir « souvent d’abord à la voiture » au moment de commencer un nouveau projet, « ce qui est complètement idiot », ajoute-t-il, amusé semble-t-il par sa propre obsession. « Mais ça me force ensuite à trouver une manière créative de construire l’histoire autour d’elle », précise-t-il enfin. La seule existence de Off Road, son premier comics personnel en 2005, témoigne de cela. Le 4×4 conduit par les personnages de ce récit initiatique et finalement embourbé par eux n’est pas seulement le véhicule qu’ils empruntent. A lui seule, ce tout-terrain cristallise nombre de thèmes et sensations que Murphy veut faire passer dans son récit, de l’envie d’aller de l’avant, au fait de se sentir empêtré dans une boue qui nous force à stagner. Je résume à gros traits, mais l’idée est là.

Le plus étonnant en fin de compte, c’est qu’il ait fallu attendre plus de 20 ans avant que l’auteur ne nous propose de nouveau un récit où le véhicule se pare de ses atours symboliques et devienne presque le personnage principal. Cette symbolique dans Le Dernier Pilote est particulièrement explicite tant elle est ouvertement affichée par Clutch lui-même, qui associe fermement cette dimension symbolique à son propre mode de pensée.

A l’instar d’Off Road donc, Le Dernier Pilote joue une première carte qui consiste à intimement lier le personnage et son véhicule, poussant même l’idée cette fois-ci jusqu’au bout – et même un peu au-delà – dans un final over the top qui n’a pas manqué de me faire rire. Clutch ne vit que selon une vision de l’Amérique qui prône inlassablement la liberté, la capacité à disposer de soi pour aller où l’on veut, quand on veut, comme on le veut. Tailler la route en somme, sans obstacle ni barrière. Pour lui, la voiture à l’ancienne, ici opposée aux véhicules tout automatisés du GRID, sont le symbole de cette façon de voir les choses, de vivre la liberté.

C’est ici que l’autre carte que joue Sean Murphy dans ce récit se dévoile, en associant le véhicule à la notion de liberté, elle-même associée aux fondamentaux de la pensée américaine, voulue terre de liberté et de tous les possibles, dans un élan qui rappelle la Beat Generation. Un American dream mis à mal dans Le Dernier Pilote et pour lequel Clutch tâche de se battre. La force de ce personnage réside par ailleurs aussi dans le fait qu’il est un natif américain. Comme le souligne Sean Murphy, ce détail n’en est pas un :

« Clutch est un Américain qui a tout perdu. Mais il a aussi grandi dans une certaine vision de l’Amérique : la liberté, sa tradition, les voitures, la course… Il aime profondément ce pays, même s’il a évidemment de bonnes raisons d’être en colère contre lui. […] Lui se considère comme un véritable Américain. C’est d’ailleurs pour ça qu’il appelle son équipe ‘Real American Racing’. Chacun pense savoir ce que ce pays devrait être, alors que personne ne semble plus s’écouter ni se voir. »

Sean Murphy auprès de Sévan Dudognon
pour ActuaBD, 08/10/2026

La filiation avec la culture Beat pourrait déjà trouver un de ses ressorts ici donc, Kerouac affirmant notamment que « la terre est chose indienne », affirmation qui renvoie à une idée de contestation du conformisme ainsi qu’à une volonté de renouer avec l’Amérique authentique, en opposition avec l’Amérique « sociale et conformiste dont se distancient les Beats au lendemain de la Seconde Guerre mondiale », comme le souligne Jean-François Duval dans Les 100 Mots de la Beat Generation, paru dans la collection Que Sais-Je en 2024. A cette authenticité donc, à cette idée de ce que l’Amérique serait et que Clutch porte en lui dans Le Dernier Pilote, se joint alors celle d’une manière de vivre l’Amérique et son territoire, en liberté, et c’est bien là que la voiture entre en jeu.

Cette notion de la voiture comme symbole ou outil de la liberté, c’est quelque chose que l’on retrouve beaucoup dans la culture américaine, en tout cas au moins jusque dans les années 1970. Initialement, ce rapport très fort à la voiture trouve ses racines dans l’importance de l’industrie automobile aux Etats-Unis, pays qui a largement permis le développement de ce type de véhicules, notamment autour de Détroit bien sûr avec Ford ou encore General Motors. Conséquemment, la place de l’automobile n’a pas manqué d’exploser dans le mode de vie à l’américaine, notamment en lien avec le développement urbain, l’explosion de la périurbanisation ou, dans un autre registre, l’émergence du sport automobile.

Jack Kerouac aura fait de la route l’épicentre de son œuvre dans le roman « Sur la Route », emblématique de la culture Beat. Photo : Tom Palumbo. Licence CC BY-SA 2.0

Mais au-delà de ces aspects très sociaux, économiques ou sportifs, la voiture a aussi trouvé une place importante dans la culture littéraire américaine, puis également dans la musique et au cinéma. L’un des courants qui s’emparera le plus de la question reste sans conteste la Beat culture. Dans son livre, Jean-François Duval ne manque pas de nous le rappeler. Ainsi son ouvrage compte-t-il une entrée à « Bagnoles », à « Route » ou encore à « Voyages ». Dans le premier cas, l’auteur nous rappelle l’amour des voitures que nourrissait notamment Neal Cassady, auteur beat qui aura notamment inspiré à Jack Kerouac le personnage de Dean Moriarty dans l’iconique roman Sur la Route (1957). Cassady nous est même présenté comme « grand voleur de voitures devant l’Eternel (c’est d’abord pour le plaisir de la route, il les ramène souvent là où elles étaient garées) [qui] ne se jette évidemment pas sur le premier modèle venu ». A « Route » ensuite, Jean-François Duval nous rappelle comment celle-ci se prête à la métaphore de l’exercice-même d’écriture car, « comme la page blanche, la route ouvre sur l’ailleurs, elle est toujours propice à la sensation, aux impressions » ; tandis qu’à « Voyages », il nous renvoie à l’idée que le voyage « signifie rencontres et découverte de l’inconnu, il favorise la sensation, les impressions […]. Le voyage est une ouverture, aide à la vision, aux visions ».

Le rapport à la route au sein de la Beat Generation est un sujet aussi vaste que de premier plan, le seul cas de Sur la Route de Kerouac étant un exemple parmi les plus parlants en la matière.

Au-delà de ce seul courant littéraire, c’est toute une mouvance qu se dessine par la suite, par exemple dans la musique, ce qui n’échappe pas à Jean-François Duval dans son ouvrage lorsqu’il consacre une entrée au rock’n’roll. On pensera ici fortement aux Doors et à leur chanteur Jim Morrison tout particulièrement, qui aura en de multiples occasions tissé ce lien à son tour, de manière presque anecdotique parfois, comme un décor, mais aussi dans des élans plus métaphoriques.

On pourra par exemple évoquer la chanson Queen of the Highway sur l’album Morrison Hotel (1970) ou, évidemment, Riders on the Storm sur L.A. Woman (1971) mais également deux poèmes de Morrison parus dans le recueil posthume Wilderness, à savoir LAMERICA (Trade-routes) et The Grand Highway. Le premier compare notamment les grandes routes à des veines dans le corps d’une Amérique ici plus vue comme un concept ou une entité vivante, thème récurrent chez Morrison (« A map of the states, the veins of hiways, beauty of a map« ), tandis que le second renvoie à l’idée de routes telles des ouvertures sur la découverte, entre autres :

« The grand highway
is
crowded
w/
lovers
&
searchers
&
leavers
so
eager
to
please
&
forget.

Wilderness »

« The Grand Highway », in « Wilderness: The Lost Writings of Jim Morrison »,
Jim Morrison, Vintage Books, 1981.

Au cinéma enfin, difficile de ne pas penser à l’émergence des road movies et, en particulier à Easy Rider de Dennis Hopper qui, en 1969, met en scène ce dernier aux côtés de Peter Fonda dans le rôles de deux motards ne vivant que pour la route et la liberté dans leur tortueux voyage entre Los Angeles et La Nouvelle-Orléans. La route, la liberté, la contestation, le psychédélisme : tous les fruits de la culture Beat sont réunis. La même année, le film HWY: An American Pastoral, réalisé par Jim Morrison, Frank Lisciandro, Paul Ferrara et Babe Hill s’intéresse à son tour à la route et à ses auras, à travers la figure de l’auto-stoppeur que Morrison incarne lui-même.

Ce qu’il faut retenir de tout ceci à mon sens c’est que même s’il ne semble pas que Sean Murphy se soit directement inspiré de cette culture (lui qui évoque plutôt les muscle cars et les films des années 1970 qui les mettaient en scène), Le Dernier Pilote perpétue en quelque sorte cet héritage, réunissant à la fois les symboliques de la route, l’esprit contestataire propre au mouvement et le rock’n’roll, notamment à travers cette évocation directe de la chanson Smokin‘ de Boston (tirée de leur album éponyme de 1976).

Pour autant, comme je l’évoquais précédemment, Murphy évite avec intelligence l’écueil du « c’était mieux avant » pur et dur, laissant cette part de l’équation à son personnage central. Son inscription dans l’héritage de ces tendances culturelles dont je viens de parler ne l’enferme pas dans une vision surannée ou simpliste de la société. De mon point de vue, il a parfaitement conscience que ce mantra de la liberté pour la liberté ne peut être porté sans essayer d’évoluer avec son temps. Ainsi, bien que Clutch fonde sa colère sur ce fantasme du passé, Murphy ne s’empêche jamais de se montrer progressiste, glissant notamment quelques tacles à la transphobie, à l’homophobie et au racisme dans son récit.

L’histoire du Dernier Pilote est, comme souvent avec Murphy, une histoire à deux facettes. La première de ces facettes est très premier degré. Clutch est, comme je le mentionnais plus haut, un hors-la-loi qui se refuse à accepter le GRID – ce réseau de routes connectées développé en ville – et à abandonner la conduite classique, s’opposant en cela aux milliardaires qui régissent ces routes et ces technologies. Parallèlement, Clutch a un autre problème : sa petite-fille, Cuda, est malade. C’est alors que ressurgit du passé Kowalski, baron du crime local qui lui offre la possibilité de soigner la jeune femme en échange d’une course pour son compte. Mais il y a évidemment anguille sous roche.

50 % hors-la-loi, 50 % légende, 100 % flic pilote

En résulte un récit qui mêle les tons mais aussi les genres, la SF et la dystopie se parant ici d’allures de western futuriste où – comme dans Zorro finalement – les véhicules deviennent les montures de nos cow-boys remis au goût du jour. Les archétypes des protagonistes ne s’y trompent d’ailleurs pas, avec Clutch en hors-la-loi borné et buriné rappelant sans aucune difficulté les personnages de Clint Eastwood ou de Charles Bronson, Kowalski en baron du crime évoquant les chefs de gang qui sévissent par exemple dans Pour Quelques Dollars de Plus, Womack en équivalent du sheriff, etc.

A ceci se joignent aussi d’autres inspirations plus modernes, telles que New York 97 donc mais également RoboCop de Paul Verhoeven qui s’illustre notamment à travers une couverture alternative reprenant l’affiche de ce film, mais également à travers les robots-policiers ici mis en scène, questionnant à leur tour l’automatisation des forces de l’ordre ainsi que les dérives et dangers inhérents.

Ce que ce melting pot donne à lire en fin de compte, c’est une histoire qui ne vient sans doute pas réinventer la roue mais qui se révèle tout à fait prenante, où il se passe toujours quelque chose. Et si les péripéties et rebondissements sont parfois assez prévisibles, cela n’enlève pas grand-chose au plaisir pris à la lecture de cet ouvrage qui, qualité à souligner, sait parfaitement s’arrêter quand il le faut. Parfaitement tenu dans son volume global, Le Dernier Pilote est un récit qui se suffit amplement à lui-même et c’est un aspect que j’apprécie toujours.

L’idée d’ailleurs que Sean Murphy envisage de futurs épisodes sous un angle qui s’apparente plus à l’anthologie me rassure d’ailleurs. Car après Le Dernier Pilote, je ne vois pas trop ce qu’il aurait eu à raconter sur ces personnages. Leur histoire, comme je le disais, n’a pas besoin d’aller plus loin et je pense que Murphy en a parfaitement conscience et même si j’aurais plaisir à recroiser Clutch, Cuda et les autres si d’aventure ils apparaissaient malgré tout dans les prochaines entrées de cette série naissante (ce n’est après tout pas exclu), je suis également content de découvrir des personnages qui n’exigent pas de voir leur parcours étiré de volume en volume, au risque de l’essoufflement.

Pour en revenir à ces personnages d’ailleurs, parlons de Clutch et de son rapport à la voiture. La voiture thermique représente à ses yeux et, dans une certaine mesure, à ceux de Sean Murphy, une vision ancienne de l’Amérique, selon des idéaux eux aussi anciens et une culture passée héritée notamment de la Beat Generation donc. Cette vision est ici dépassée par une Amérique moderne aux mains de milliardaires et des intelligences artificielles, ce qui n’est donc pas sans résonner avec la situation actuelle des Etats-Unis. Mais il n’est pas simplement question de s’opposer de tout son être à une quelconque forme de modernité de la part de Sean Murphy, au contraire.

Les personnages de Trans-Am et de Cuda seront des rappels réguliers et utiles de la caricature qu’est Clutch

Loin de bêtement vouloir opposer voitures anciennes et voitures modernes, comme une partie du public a pu le craindre en amont de la sortie du Dernier Pilote, Murphy se sert de cette dichotomie entre les véhicules de Clutch et ceux du GRID pour questionner la place grandissante de technologies de plus en plus poussées et présentes dans nos voitures. Il n’est donc pas question de simplement louer à tout-va les véhicules à essence, Sean Murphy se disant d’ailleurs « écologiste convaincu » dans son entretien avec ActuaBD, mais bien de s’interroger sur la pertinence de ces technologies et, surtout, sur leur origine.

Mais là encore, tout n’est pas tout noir ou tout blanc et tandis que Clutch continue de s’enfermer dans sa philosophie de la mécanique, les autres personnages seront là pour nous rappeler que tout ne doit pas être pointé du doigt avec refus et qu’une grande partie de ces technologies, à l’heure actuelle, sont essentiellement en place pour renforcer la sécurité à bord. Comme le dit lui-même Murphy, toujours en interview : « J’aime la technologie. J’aime les airbags. J’aime les zones de déformation des voitures. Elles sont conçues pour protéger les gens ».

Clutch s’enlise dans une rengaine où lui seul saurait encore ce qu’est être un conducteur et, par extension, un Américain

Homme d’âge mûr, Clutch est aussi, désolé de le dire ainsi, un vieux con sur les bords. Bien entendu, l’idée de Murphy n’est pas de nous donner à suivre un personnage inappréciable mais son protagoniste du jour est une caricature en soi qui, au-delà de son amour pour les voitures thermiques et de son rejet pour les nouvelles technologies bourrées d’IA, se pose fermement en défenseur du « c’était mieux avant ». Ce que cette caractérisation cristallise, ce n’est pas la vision réelle du monde qu’aurait Sean Murphy, qui n’a eu de cesse de rappeler que son personnage demeure un personnage, qu’il ne le représente pas, et que s’il partage certaines de ses valeurs, il ne les partage évidemment pas toutes.

Non, ce que cette caractérisation de ce héros (ou plutôt anti-héros) cristallise, c’est la dichotomie qui règne au sein du Dernier Pilote. Ce que Murphy met en scène dans ce récit, au-delà de scènes de voitures filant à toute allure et de règlements de compte, c’est un monde polarisé, ce que les deux premières double-pages de la BD rappellent frontalement par une évocation de la Guerre de Sécession puis de ce que Murphy installe comme un écho moderne, ayant lieu cette fois-ci en grande partie sur le web. On pourrait facilement trouver cette introduction un peu facile ou faisant des raccourcis trop rapides mais elle n’en demeure pas moins intéressante pour ce qu’elle raconte en sous-texte.

On l’a déjà évoqué au moment de parler de Zorro, épluchant au passage Punk Rock Jesus et White Night pour cela, mais l’œuvre de Sean Murphy est toujours inscrite dans son temps. Elle porte, le plus souvent avec pertinence, un regard sur le monde, la société et en particulier la société américaine afin d’en dresser un tableau où l’auteur, plus qu’il ne cherche à proposer des solutions, dresse des constats sur l’état de celle-ci. Constamment, il cherche à véhiculer en particulier un message de justice sociale nécessaire, quitte à retourner avec astuce le personnage de Batman afin d’en souligner les aspects les moins reluisants, dont sa propension à tout détruire et à frapper les criminels alors que son alter ego Bruce Wayne aurait largement les moyens d’investir dans le social afin d’éradiquer le problème à sa source.

Sean Murphy, au cours de sa carrière, n’a ainsi pas manqué de questionner son pays, qu’il s’agisse donc de social, de justice ou encore de la montée d’une politique sécuritaire à outrance et des dangers inhérents, comme c’est le cas par exemple dans Beyond the White Knight, où l’arsenal de Batman est mis entre les mains d’une police surarmée. Dans Le Dernier Pilote, ce point précis s’illustre à travers l’existence de robots-policiers. Si l’objet en lui-même demeure en soi alarmant, le récit pousse la chose en cumulant plusieurs séquences où ces roboflics, pourtant placés sous la supervision d’un agent humain – en l’occurrence Womack – outrepassent les consignes de ce dernier afin de mener leur action de manière plus directe et létale.

Tout ceci répond en fin de compte à ce schéma que dessine Sean Murphy, déjà un peu présent dans certains de ses précédents ouvrages mais ici plus clair que jamais. L’auteur, par ces robots-policiers qui échappent au contrôle, ne cible pas uniquement l’institution policière et ses risques de dérives futures, il vise plus large que cela. Et ce sont ici les milliardaires qui sont dans le viseur de l’auteur. Ces mêmes milliardaires qui sont à l’origine du GRID, qui pourvoient la police en agents robotisés et qui, en bout de ligne, comptent bien tirer tous les bénéfices de ce nouveau modèle de société.

Plus largement que cela, cet aspect du scénario rejoint un point que Beyond the White Knight soulevait déjà, à savoir celui de la mise entre des mains privées tout à la fois de l’infrastructure sécuritaire et des technologies qui y sont liées. Evidemment, le parallèle avec les Etats-Unis est sans appel, tout ceci n’étant pas sans évoquer l’ingérence et/ou la participation et le soutien de grands groupes privés de la tech à la présidence Trump, qu’il s’agisse de Microsoft, de Meta ou, plus frontalement encore, des entreprises menées par Elon Musk, qui a carrément eu sa place au gouvernement au début du second mandat de Donald Trump, comme chacun sait.

Sean Murphy, dont le style trahit déjà l’amour pour la mécanique, en 2025. Photo : Gage Skidmore. Licence CC BY-SA 3.0

A partir de là, c’est toute la toile de fond du Dernier Pilote qui se dévoile devant nous, cette fameuse polarisation qui sépare d’un côté les riches et puissants qui dominent, dictent et profitent ; et de l’autre le reste de la population qui n’a le choix qu’entre se soumettre ou vivre à l’écart, en hors-la-loi, quitte à y perdre les leurs ou à les voir souffrir, comme c’est le cas de Clutch avec sa petite-fille qui a besoin de soins urgents.

Simpliste, me direz-vous ? Peut-être après tout. Malgré cela, je crois que cette BD ne manque pas de nuances. Certes elles sont un peu attendues, et même un peu idéalistes, reposant pour beaucoup sur l’envie de croire à la capacité des uns et des autres de changer, de rattraper ses erreurs, de se racheter et au-delà de ça, de se pardonner. Mais un peu d’idéalisme ne fait pas de mal en ce bas monde. Cela laisse une porte ouverte sur un semblant d’espoir et, par les temps qui courent, ce n’est jamais de trop.

Alors oui, Le Dernier Pilote est, conformément à la volonté de son auteur, essentiellement un divertissement visant à mettre en scène des muscle cars dans des courses-poursuites tout autant musclées. Mais je crois qu’il faut savoir apprécier le fait qu’en dépit de cela, Murphy ne perd jamais de vue cette vision d’un monde progressiste et juste qui l’anime et qu’il souhaite défendre dans ses œuvres, justement en la confrontant à des contextes où elle en prend un sérieux coup. Pour cet auteur, faire du 100 % politique n’est pas une fin en soi dans le cadre de ce qu’il souhaite proposer, mais cela reste une boussole. Lorsqu’ActuaBD lui demande si, selon lui, la route demeure une échappatoire ou une barrière face au fascisme, il répond :

« Ce n’est pas la dernière barrière, mais c’en est une parmi beaucoup d’autres. Et c’est facile d’en parler dans ce genre de livre. […] Il y a peut-être ici 10 % de politique. Ma recette, c’est 90 % de sucre et 10 % de vitamines. [rires]
Je pense que c’est une bonne manière d’aborder un problème très effrayant. […] Ce n’est donc pas un livre politique. La politique fait partie du contexte. »

Sean Murphy auprès de Sévan Dudognon
pour ActuaBD, 08/10/2026

On pourrait évidemment en attendre davantage d’un homme qui semble avoir un certain nombre de convictions à partager. Cela ne paraît pas être le créneau qu’il s’est choisi et l’on pourra regretter qu’en cela, il reste souvent en surface des problématiques qu’il aborde. Il demeure toutefois appréciable que Sean Murphy n’en oublie pas cette idée que « la politique fait partie du contexte ».

En cela, il nous rappelle en sa qualité d’artiste qu’on ne peut que difficilement faire abstraction du monde qui nous entoure et que même un divertissement mécanique tel que celui-ci s’inscrit dans une ère qui va fatalement l’influencer et amener des sujets à traiter sur la table. Nombre d’artistes actuels privilégient le divertissement pur et se dédouanent de tout engagement – on pense aux récents cas de James Hetflied et d’Ed Sheeran, frappés d’un apolitisme creux – et, dans ce contexte, savoir que Sean Murphy s’obstine à mêler les deux, même si ce n’est pas toujours perçu comme suffisant, cela reste un parti pris qu’il faut chérir et soutenir.


Le Dernier Pilote n’est sans doute pas le magnum opus de Sean Murphy, admettons le, mais il demeure un passage intéressant dans sa carrière en ce qu’elle constitue une pierre de plus à l’édifice qu’il se bâtit. Un travail où le divertissement demeure la priorité mais sans jamais occulter le sérieux d’un propos et d’une vision du monde, d’un engagement, qui s’illustre sans cesse, toujours selon cette fameuse recette des 90 % divertissant / 10 % sérieux que Murphy affirme s’employer à appliquer dans son travail. Cette BD se révèle alors en effet plaisante à lire, pertinente dans son sous-texte, et j’admets avoir une certaine hâte de découvrir ce que Sean Murphy fera avec les prochains épisodes.


Si vous voulez prolonger l’expérience, je vous ai préparé une playlist inspirée par Le Dernier Pilote ! On part de Smokin’ de Boston, présente dans la BD et à partir de là, une liste de chansons qui donnent envie de rouler sans s’arrêter ! A retrouver sur Deezer via la vignette ci-dessous !

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