Parlons jeu, parlons bien n°40 – « Super Mario Odyssey » [Switch]

J’ai beau être un fan de Nintendo devant l’éternel, mon histoire avec Super Mario n’a jamais été totalement rose. S’il y a eu des épisodes qui ont profondément marqué mon parcours de joueur (Super Mario Land 1 et 2, Super Mario 64, Super Mario Sunshine…), je ne peux pour autant pas dire que je suis un inconditionnel de la licence. Car si j’aime assez les jeux de plateformes, je peux également assez vite m’en lasser si le contenu n’a pas grand-chose de plus à proposer. C’est ainsi que les multiples itérations des New Super Mario Bros. m’ont rapidement ennuyé ou encore que Super Mario Galaxy 2 m’a laissé froid en n’étant « que » la redite du premier volet. En bref, cela fait en réalité longtemps que je n’attends plus une nouvelle aventure de Mario avec impatience. Mais comme chaque règle a son exception, voici celle qui va avec le plombier moustachu : Super Mario Odyssey. Un jeu présenté au lancement de la Switch et qui, en l’espace de quelques minutes, s’était alors vite imposé comme un de mes futurs must have. Quelques mois après, Odyssey est sorti et reçoit les plus beaux éloges qu’un Super Mario ait pu recevoir.

Depuis sa sortie le 27 Octobre dernier, ce titre fait l’objet d’une renommée qui n’est pas sans rappeler celle qu’a très rapidement obtenu The Legend of Zelda : Breath of the Wild cette année également. « Meilleur Super Mario de tous les temps« , lit-on ici, tandis que d’autres iront jusqu’à y voir « le titre qui va révolutionner les jeux de plateformes » ou au moins « donner un nouveau La à la série » . Si l’on en croit tous ces retours dithyrambiques, 2017 pourrait bien trouver non pas un mais deux GOTY chez Nintendo ! Mais comme chez les Highlander, il ne peut en rester qu’un et, de mon point de vue, ce sera Zelda, même si l’indéboulonnable Mario n’est vraiment pas loin derrière.

Question pitch, on garde tout comme avant : Peach se fait enlever par Bowser, il faut aller la sauver.

Et pourtant, Odyssey avait pour lourde tâche de répondre à des promesses assez folles. En fait, même si ça n’a à ma connaissance jamais été dit officiellement du côté des équipes de Yoshiaki Koizumi (tête pensante de la Switch et de ce titre), le premier-né des Super Mario sur la nouvelle console de Nintendo est là pour faire au moins aussi bien que Super Mario 64 en son temps, sinon mieux. Et ce n’est a priori pas aisé, l’objectif étant au final de marquer les esprits, sinon son temps, de manière durable. Avec Odyssey, c’est toute une licence que l’on veut mettre au diapason de nouvelles ambitions. Car après l’échec de la Wii U et les résultats logiquement plus qu’en demi-teinte des différents jeux sortis dessus, Nintendo a compris qu’elle n’a pas d’autre choix que de se réinventer. Fini le temps des douillets chaussons dans lesquels il fait si bon se prélasser et dont Mario a clairement été celui qui en a le plus fait les frais. Fini également de tirer sur la corde des Super Mario à l’ancienne pour produire des clones tous les ans. Les épisodes 3D Land sur 3DS et 3D World sur Wii U donnaient déjà le sentiment qu’il fallait s’orienter vers de nouvelles approches du platformer tel qu’on le connait depuis si longtemps avec Mario. Mais si ces deux-là ont su faire des propositions pour tenir la route et surtout capter l’attention des joueurs, Super Mario Odyssey a une stratégie bien à lui : gardez en tête tout ce que vous connaissez de la série mais voyez comment on peut le remanier, le contorsionner et tout simplement le réinventer.

Et c’est bien sur ce double-constat que j’ai conclu mon périple sur Odyssey, avec d’un côté le sentiment d’avoir retrouvé plein de repères essentiels de la licence mais en même temps l’impression d’avoir joué à quelque chose de très différent. Pas au point de ne pas reconnaître que c’est un Super Mario mais plutôt comme si ce dernier avait tout simplement voulu me surprendre en prenant des orientations parfois inattendues, voire innovantes, mais qui ont clairement cherché à prendre le contre-pied de ce vers quoi je croyais aller en parcourant ce jeu. Ainsi, Odyssey va notamment tenter de revoir le gameplay général de la licence et y apporte de très chouettes idées par l’intermédiaire de Cappy, ce compagnon de route/accessoire que Mario va pouvoir utiliser à sa guise non seulement pour effectuer différents mouvements, mais aussi pour intervenir sur son environnement et bien entendu prendre le contrôle de ses ennemis.

Du Goomba au Chomp, la plupart des ennemis classiques de Mario peuvent être contrôlés, dont les Frères Marto pour, à notre tour, fracasser nos adversaires !

C’est d’ailleurs bien ce brave Cappy qui pèse en grande partie dans ce grand mouvement de renouvellement que cet opus apporte à la série. Sans la transformer en profondeur, ce petit chapeau apporte néanmoins un réel nouveau souffle à une licence qui repose depuis bien longtemps sur ses acquis en la matière. Car si Super Mario Galaxy avait tenté de faire la même chose en termes de level design, il faut certainement remonter au moins à Super Mario Sunshine pour retrouver un tel renouvellement dans la façon de jouer (si l’on considère JET comme tel), voire purement et simplement à Super Mario 64 et sa révolution 3D. Il était donc temps et, à mon sens, Odyssey remplit admirablement cette mission en proposant grâce à ce système tout un panel de nouveaux mouvements et enchaînements qui rendent l’exploration des différents mondes assez différente de ce que l’on a pu connaître. La capacité de prendre le contrôle des ennemis ajoute évidemment encore à ce constat, surtout si l’on pense à la variété d’antagonistes dont regorge le jeu ! Avec 23 sbires de Bowser que Mario peut incarner, ce sont tout autant de possibilités de gameplay qui s’offrent à nous. Et si elles sont le plus souvent dictées par le level design, elles permettront aussi quelquefois de s’en émanciper pour découvrir les niveaux d’une autre manière.

Avec une telle variété de mondes, Mario va en voir de toutes les couleurs ! A noter que le climat peut vous inciter à changer de tenue vestimentaire pour éviter de voir le pauvre plombier grelotter par exemple !

Mais, puisque l’on en parle, tout cela ne suffisait visiblement pas aux ambitions de Koizumi à la fois pour son Super Mario et sa Switch et, non content de gentiment nous faire redécouvrir ce dont le plombier est capable, Odyssey nous entraîne par ailleurs dans près d’une vingtaine de mondes au level design qui impose généralement le respect. Construit sur un système de semi open world, ce nouvel épisode propose ainsi une variété de pays que Mario devra explorer et dont chacun prend finalement la forme d’un petit bac à sable dont chaque recoin est accessible, par un moyen ou un autre. Odyssey reprend ainsi le système utilisé dans Super Mario 64 et Sunshine (encore eux, décidément…) et tranche finalement avec l’aspect beaucoup plus linéaire des niveaux de jeux comme les Super Mario Galaxy ou, plus encore, de 3D Land et 3D World.

Il y a énormément de choses à découvrir et faire dans chacun de ces pays !

Tous ces petits mondes sont d’ailleurs dans l’ensemble très sympa. Jouissant notamment d’une esthétique générale dont il faut souligner l’immense qualité, ils ont chacun une identité propre et forte et sont un régal pour les yeux grâce à des couleurs impeccablement choisies et associées et un style so Mario inimitable faisant de chacune de ces étapes du périple du joueur un nouvel espace de découverte visuelle. Et si certains pays sont à mon goût un peu en-deçà du reste (Pays du Lac et Pays des Neiges en particulier), j’ai pris et prends toujours un vrai plaisir à tous les explorer de fond en comble. Cette fibre exploratrice est non seulement la conséquence du soin indiscutablement apporté à ces niveaux, lequel appelle à revenir, mais aussi du fait que ces bacs à sable sont en réalité bien plus grands qu’ils n’y paraissent. Chaque recoin, chaque détour, chaque sommet est une nouvelle opportunité pour élargir le champ des possibles et de l’exploration. Et si votre instinct d’explorateur ne suffit pas, peut-être votre collectionnite vous amènera-t-elle plus à fouiller ainsi ces niveaux. Car avec plus de 800 lunes à dénicher, nul autre choix pour qui cherche le 100 % que d’arpenter ces pays de A à Z ! Et le mélange que forment cet incroyable nombre de lunes et ce level design épatant donne alors lieu à une quête aussi longue qu’haletante ! Trop peut-être à mon goût puisque j’ai depuis quelque temps maintenant lâché cette chasse aux lunes pour me satisfaire uniquement d’une exploration pour mon plaisir pur et simple. C’est d’ailleurs assez symptomatique chez moi puisque j’ai aussi bien abandonné les précédents épisodes de la licence sans jamais avoir cherché à atteindre le 100 % de soleils/étoiles trouvés, la chose me lassant assez rapidement une fois l’arc principal du jeu terminé. Odyssey n’échappe donc pas à cette règle. Les fans ne peuvent en tous cas qu’être ravis, surtout quand on voit toutes les références dont regorge ce titre (un écho est fait à près de 30 jeux différents !).

Si certaines lunes se trouvent de manière évidente, d’autres seront bien moins facilement accessibles et demanderont beaucoup de temps et de ténacité !

Mais je crois au final que ce qui fait la réussite indiscutable de Super Mario Odyssey, c’est non seulement l’ingéniosité dont il fait preuve au regard de l’héritage de la série sur bien des plans (à l’instar de Breath of the Wild pour le coup) mais aussi la manière dont il peut happer le joueur dans une aventure assez unique vis-à-vis des précédentes. Tout du moins est-ce ce que j’ai ressenti en le parcourant. Contrairement à bien de ses prédécesseurs, Odyssey a su me parler, éveiller la fibre aventurière qui sommeille en moi et presque même satisfaire mes envies souvent frustrées de grands voyages ! Ce dernier-né des Super Mario est une formidable épopée, un appel paradoxal à sortir de chez soi comme le plombier n’en a jamais proposé avant. C’est un bien joli écho au concept-même de la Switch en soi. Tout ceci ne peut que me rappeler le sentiment né de mon périple dans l’Hyrule de Breath of the Wild, dans une moindre mesure certes mais avec la même idée fondatrice. Odyssey apporte ainsi un vrai nouveau souffle sur la licence et l’emmène (et nous avec) dans une nouvelle direction qui est certainement la plus enthousiasmante qu’il m’ait été donné de voir chez Mario depuis une bonne vingtaine d’années maintenant.

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Il n’y a pas à chipoter, Nintendo a géré son année 2017 avec brio. On pourrait même parler de véritable retour en force d’une marque réellement affaiblie par la Wii U (qu’on le veuille ou non) grâce à une console non seulement efficace en termes de ventes mais aussi des titres qui ont su réimposer l’entreprise comme grande maison d’idées vidéoludiques et accompagner idéalement le lancement de cette Switch. Il y eut donc Breath of the Wild en Mars et il y a désormais Super Mario Odyssey, d’ores et déjà surpuissant dans le top des ventes et qui promet d’être un énorme rouleau compresseur pour Noël.
Dans les deux cas, je suis persuadé que nous avons assisté à un tournant majeur (certains diront carrément historique) dans la vie de ces deux licences. Avec le temps, sans doute aurons-nous pleinement conscience qu’il y aura eu un avant et un après Breath of the Wild et Odyssey. Car à l’instar de son homologue chez Zelda, ce tout dernier titre des aventures de Super Mario ne manquera certainement pas d’être le nouveau mètre-étalon de la licence. Bourré d’idées, composant astucieusement avec l’héritage de la série tout en proposant bien de nouvelles choses, Super Mario Odyssey est de ces jeux qui laissent une empreinte indélébile. Nul doute qu’on en parlera encore longtemps.

Une réflexion sur “Parlons jeu, parlons bien n°40 – « Super Mario Odyssey » [Switch]

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