« The Punisher », saison 1 : Deuxième fournée (piécettes et petite monnaie)

Le Punisher est un personnage qui a connu à l’écran un parcours chaotique marqué par une qualité assez inégale (pour dire le moins). Entre la très oubliable adaptation de 1989 avec Dolph Lundgren dans le rôle-titre, celle de 2004 avec Thomas Jane ou encore War Zone en 2008, Frank Castle a été assez malmené. Mais voilà qu’en 2016, l’espoir renaît avec son apparition remarquée dans Daredevil. Après l’avoir introduit dans la deuxième saison des aventures du Démon de Hell’s Kitchen, Marvel et Netflix ont décidé de donner au Punisher sa propre série. En découle donc ce spin off sorti cet automne sur la plateforme avec une première saison composée de 13 épisodes, format habituel dans les productions Marvel by Netflix (hormis Defenders et ses huit épisodes). Mais si le personnage avait d’emblée marqué les esprits, encore fallait-il transformer l’essai avec sa propre série.

Pour moi, le Punisher ça s’est longtemps limité à cette version des années 1990.

Si vous me suivez depuis un moment, vous savez sans doute qu’en y étant venu sur le tard, je m’y connais en fait assez peu en comics. Aujourd’hui encore, j’ai bien des classiques à rattraper. Aussi, je ne vais pas vous mentir et faire semblant de savoir quoi que ce soit aux aventures papier du Punisher au-delà du pourquoi et du comment de sa furie vengeresse. A l’instar de Daredevil, comme je le disais dans mon article consacré à sa propre série (lien en introduction), je ne connais le Punisher que par ses apparitions dans les dessins-animés de mon enfance (et notamment le Spider-Man de 1994) ou ses adaptations cinématographiques. Mais, toujours comme le justicier aveugle, le Punisher m’a néanmoins beaucoup plu dès le départ. C’était pour moi un personnage hors du commun dans le monde des super-héros en raison notamment de sa violence et de son ambivalence. Et sans jamais réussir à le catégoriser uniquement comme antagoniste, j’ai toujours eu un certain plaisir à voir le Punisher venir s’insérer dans les aventures de Spidey en ce milieu des années 1990. Quant à sa version comics à proprement parler, j’ai bien acheté Daredevil Vs. Punisher : Le Septième Cercle mais il me reste encore beaucoup à faire. Tout ça pour dire en tous cas qu’il ne faudra pas chercher dans cet article une quelconque comparaison avec les aventures originales de Frank Castle. Je m’emploierai donc uniquement à parler de la série en tant que telle.

Le fait est donc que le Punisher a intégré l’Univers Cinématographique Marvel (on rappellera en effet que si ce n’est pas flagrant, les séries Marvel/Netflix sont bel et bien liées aux films mettant en scène Iron Man et compagnie). Une arrivée qui s’est faite en fanfare lors de la deuxième saison de Daredevil, où le justicier à la tête de mort frappait un grand coup en dézinguant à tout va ! Relançant une série qui tombait à mon sens dans quelques travers en raison de la moins grande importance de Wilson Fisk et de celle bien trop croissante de La Main, Frank Castle apportait un quelque chose en plus, ce genre de supplément d’âme qui cherche à prendre aux tripes. Il le fait d’ailleurs à plusieurs reprises, notamment lors de cette scène du cimetière où il explique à Daredevil les origines de son combat vengeur ou encore lors de ses principaux faits d’armes, certains étant d’une violence non négociable. Personnellement, ça m’a immédiatement séduit. Alors vous pensez, l’idée d’un spin off qui lui serait consacré, j’étais fou ! Paraît-il que ça s’est vu… Enfin bref, vint ensuite ce teasing avec plusieurs bandes-annonces qui promettaient une série brutale, nerveuse, violente et noire. Tout ce que je demandais en somme ! Je garde un souvenir ému de ce teaser forestier qui fut le moment où je me suis dit qu’il fallait absolument que je regarde cette série.

Le Punisher avait fait une entrée remarquée chez Daredevil.

Et puis, aux premiers épisodes de cette saison de lancement, je dois bien avouer que j’ai eu peur. Car après un premier chapitre qui fait très bien le boulot en matière d’introduction, j’ai eu droit à cette période de battement sur les deux épisodes suivants où je me suis clairement demandé si tout ceci n’allait tout simplement pas tourner à la déception complète… En effet, alors que le pilote arrivait à donner un mélange assez bien foutu qui installe tout doucement l’intrigue tout en annonçant la nervosité de la saison sans pour autant la laisser totalement éclater, les deux chapitres suivants se sont tranquillement enlisés dans une espèce de torpeur dont j’ai franchement cru qu’on n’en sortirait jamais. Ce sont ces deux-là pourtant qui donnent réellement les tenants et aboutissants du fil rouge de cette saison 1. Peut-être est-ce d’ailleurs là leur problème : à se donner pour seule mission de présenter l’intrigue et les personnages, ils en oublient de maintenir l’attention du spectateur.

La fin du 1er épisode donnait au spectateur ce qu’il attendait de voir. Malheureusement, les deux épisodes suivants ont réfréné l’enthousiasme.

Certains épisodes, comme le 7ème, contiennent par la suite de vrais bons moments d’action.

La saison suit heureusement ensuite une progression qui va crescendo et les épisodes 4 à 8 sont ainsi de meilleure facture, même s’ils n’arrivent pas encore à satisfaire des attentes dont je me dis a posteriori qu’elles étaient sans doute un peu trop hautes. Que voulez-vous, la hype… Le fait est en tous cas qu’à partir de là, je me suis de plus en plus pris au jeu du Punisher. Dès le quatrième épisode, la saison démarre réellement sur deux axes narratifs dont on n’attend que de les voir s’entrechoquer. Et si tout n’est pas totalement comme je l’aurais espéré (la scène forestière évoquée plus haut m’a un peu laissé sur ma faim par exemple), il n’en demeure pas moins que l’ensemble développe un tout assez bien foutu, cohérent et plutôt intelligent, tant dans la forme que dans le fond.

Mais c’est clairement la fin de saison, du neuvième au dernier épisode, qui m’a réellement rassuré. Et c’est justement à partir de là que les deux axes narratifs se croisent et se heurtent, le plus souvent avec brutalité. Le premier, c’est celui de Castle dans sa mission de Punisher. Le second, lui, met en scène Lewis Wilson, militaire revenu du Moyen Orient et en proie à un stress post-traumatique qui lui fait peu à peu perdre les pédales. Ce sont là deux personnages en proie à une nervosité générale qui ne demande qu’à exploser. Et c’est au contact l’un de l’autre, comme l’allumette et son grattoir, que tout s’enflamme, notamment dans un épisode 10 rondement mené et à la suite duquel la série s’offre un final sur trois épisodes d’une autre envergure que ce qui nous avait été donné à voir jusqu’alors. Comme si, tout d’un coup, on nous donnait enfin le Punisher qu’on nous a vendu pendant des mois !

Dans les ultimes épisodes, le Punisher prend enfin réellement le pas sur Frank Castle et toute la violence du personnage se laisse enfin aller !

Avec le recul, je me dis que cette série est, en matière de ce qu’elle m’a fait ressentir, assez ambivalente. J’ai d’une part le sentiment d’avoir regardé 13 épisodes qui manquaient de la brutalité que j’espérais, celle-ci ne se trouvant soit que par à-coups, soit purement et simplement dans deux épisodes finaux qui donnent libre-cours (ou presque) à cette violence. Nerveuse, cette première saison de The Punisher ne l’est pas comme je le croyais. Bien plus sous-jacente que prévu, cette tension peine à éclater, ce qui est d’autant plus dommage que lorsqu’elle le fait, elle le fait vraiment bien !

Aucun personnage de second plan n’est bâclé dans cette série. L’agent Madani, créée pour l’occasion, est par exemple un second rôle tout à fait efficace.

Et à côté de cela, il y a l’autre pan de mon ressenti, celui qui me pousse à penser que j’ai au final vu une bonne saison, ne serait-ce que par la manière dont Frank Castle a été dépeint ici. Nombre de fans du Punisher ont regretté la réécriture dont il fait vraisemblablement l’objet dans cette version mais il n’en demeure pas moins que le personnage est très intéressant. Mais en fait, de manière générale, c’est la palette toute entière de protagonistes qui mérite des louanges quand on y réfléchit, The Punisher s’offrant à mon sens le luxe d’avoir la meilleure galerie de personnages de l’ensemble des séries Marvel/Netflix. Contrairement à Daredevil, The Defenders ou Jessica Jones pour ne citer que celles-ci, cette série n’a pas de véritable ombre au tableau, chaque personnage étant écrit avec un certain talent et une maîtrise louable qui leur permet d’être d’une cohérence inégalée dans l’univers Marvel télévisuel. Avec d’excellents seconds rôles (Lewis, Micro, Madani…), The Punisher réussit en fait à devenir autre chose que la seule série brutale que je croyais. Elle est une fresque où se côtoient et se croisent différents individus avec leurs traumas propres et leurs façons d’y faire face ou de composer avec.

Et c’est là l’immense (la principale ?) qualité de cette première saison : son sous-texte ! Car si la vengeance est le prétexte au déploiement de ce scénario qui, sans être absolument parfait, ne manque pas d’un certain panache, c’est clairement dans tout le propos développé autour de cela qu’il faut aller chercher le véritable fond de The Punisher. Le traumatisme s’impose alors comme LA pierre angulaire de cette saison, celle qui touche chacun de ceux qui y interviennent et qui les relie directement ou non. Que ce soit Castle évidemment mais aussi l’agent Madani, Micro, sa famille, Lewis ou encore Curtis, tous sont confrontés à un trauma, le plus mis en scène du lot étant clairement le syndrome de stress post-traumatique qui affecte les deux personnages forts de cette saison, chacun au sommet de son arc narratif : Castle et Lewis. C’est écrit finement, c’est très loin d’être idiot ou anodin et ça sert admirablement l’ensemble de la saison. Franchement, je n’ai rien à redire sur la question.

Lewis Wilson sert très bien le sous-texte de The Punisher et l’on saluera l’interprétation de Daniel Webber.

Et si la narration et tout ce qu’elle a à dire est vraiment bonne, il convient également de souligner la qualité générale de la mise en scène. Celle-ci prend le parti de s’inscrire dans la continuité de Daredevil principalement, rappelant la filiation directe entre ces deux séries, qui partagent en plus un côté « bourrin » qu’on ne retrouve que très peu chez Jessica Jones, Luke Cage ou encore Iron Fist. Certes assez classique par bien des aspects, la cinématographie de The Punisher jouit en tous cas d’une certaine cohérence au regard de l’ensemble, apportant par instants une nervosité propice à l’exploitation de celle des personnages. Je regrette une absence quand même flagrante de véritables moments de grâce où les réalisateurs s’en seraient donné à cœur joie, laissant au final le champ libre à quelque chose dont on ne pardonnera la banalité (si l’on peut dire) que parce que c’est bien fait. Ne serait-ce qu’un joli petit plan-séquence eut été le bienvenu (notamment dans l’avant-dernier épisode) mais l’attente fut vaine. Dommage, The Punisher passe à un poil de rien d’être véritablement notable sur le plan visuel !

J’ai toujours adoré Jon Bernthal. C’est un excellent acteur et cette série confirme son statut (encore en devenir) d’incontournable.

Là où le bât ne blesse pas en revanche, c’est clairement du côté de la distribution. Et si mon amour pour Jon Bernthal n’est plus secret depuis longtemps (je t’aime Jon), il va sans dire que son interprétation du Punisher n’a fait que le renforcer ! Il l’incarne avec une puissance assez incroyable qui était déjà celle qu’il lui donnait dans Daredevil et qui, ici, a toute latitude pour réellement s’exprimer. Bernthal use de mimiques, de tics, d’une gestuelle qui vont en agacer plus d’un (j’en suis certain) mais qui confine à l’excellence. Je retrouve dans le jeu de cet acteur ce que je retrouvais dans celui de Robert de Niro dans Taxi Driver et surtout Raging Bull. Avec Frank Castle, Bernthal me livre un peu son Jake LaMotta, tout en brutalité et en nervosité, celle-ci s’exprimant par des soubresauts constants quand n’éclatent pas carrément des hurlements qu’on pourrait presque trouver risibles si ce n’était pas si approprié. J’en veux encore !
A ses côtés, Ebon Moss-Bachrach campe David Lieberman (aka Micro), allié malgré lui du Punisher à qui il fournit les informations utiles à sa quête. Et je crois que ce personnage doit beaucoup au comédien. Car si son écriture permet de constituer un binôme très intéressant entre lui et Castle, il était important que le duo d’acteurs qui allait lui donner vie soit à la hauteur. Or, Moss-Bachrach répond à la puissance souvent sous-jacente de Bernthal par des airs de faux naïf et un côté gauche habilement construit pour ne pas reléguer le personnage au rang de simple faire-valoir. Mais surtout, les deux comédiens se répondent idéalement lors des scènes de dialogues si importantes pour tisser le lien qui unit leurs personnages et qui va progressivement s’épaissir. Deux performances individuelles d’excellente facture donc et qui donnent lieu à une composition à deux impeccable !

Je découvre totalement Ebon Moss-Bachrach avec cette série et c’est clairement une bonne surprise !

Un mot rapide enfin pour évoquer Ben Barnes, que je ne connaissais jusqu’alors que pour avoir été le Prince Caspian du Monde de Narnia (…) et que je redécouvre donc totalement. L’acteur donne à son Billy Russo toute l’ambivalence nécessaire pour en faire un faux-jeton détestable à souhait. De son côté, Amber Rose Revah campe son agent Madani, spécialement créée pour la série, avec une assurance certaine qui colle très bien avec son personnage, lequel est en recherche constante du meilleur moyen de refaire ses preuves. Enfin, Daniel Webber constitue un autre second rôle de qualité dans la peau de Lewis Wilson et contribue grandement à toute la qualité du propos sur les traumas et le stress post-traumatique des vétérans revenus du front.

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Je pense pouvoir dire en fait que je partais sur cette série avec des attentes énormes liées à une hype qui l’était tout autant. Alors, forcément, The Punisher pourrait presque s’apparenter à une simili-déception, la série allant dans des directions que je n’avais pas toujours envisagées et ne répondant pas à certains critères que je m’étais fixés. A l’issue des 13 épisodes, je ressors donc de la série avec un arrière-goût doux amer où se mêlent d’un côté le regret de n’avoir eu une nervosité que sous-jacente la plupart du temps, obstacle à de véritables coups d’éclat qui auraient été géniaux, et d’un autre côté une espèce de satisfaction malgré tout en raison des évidentes qualités narratives de la saison et de son très bon panel de personnages. Sans oublier évidemment ce casting brillant au sommet duquel Jon Bernthal continue, peu à peu, de s’imposer comme une valeur sûre de sa génération d’acteurs. Et tout ceci permet tranquillement de faire pencher la balance en faveur d’un bon souvenir d’une série dont les qualités ont su me faire passer outre un sentiment de déception qui s’est très vite estompé.
J’ai appris par ailleurs en écrivant cette conclusion que Netflix a d’ores et déjà officialisé la mise en chantier d’une saison 2 pour le Punisher. Sans surprise finalement, vu la fin et le succès correct de la première. Mais se pose la question de savoir si je l’attends ou non. La réponse est évidemment positive et j’ai dès à présent hâte d’en savoir plus sur la suite des aventures de Frank Castle dans 13 prochains épisodes. je veillerai seulement à mesurer mes ardeurs.

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