« Avengers : Infinity War », Anthony & Joe Russo, 2018

[A l’attention des lecteurs n’ayant pas vu le film : cet article est garanti sans AUCUN spoil concernant les éléments-clés du scénario d’Infinity War. Vous n’y apprendrez rien sur la vie ou la mort de tel ou tel personnage, sur l’issue du film ou quoi que ce soit d’autre de réellement important vis-à-vis de l’intrigue. Des détails sont en revanche donnés sur les groupes de héros que le film amène à créer ou sur des éléments de cadre général (lieu d’action, personnages en présence, etc…). Mais rien ne vous sera dit sur le déroulement de l’histoire, soyez-en assurés ! Sachant cela, je vous laisse maintenant libres de poursuivre ou non cette critique. Bonne lecture !]

Avengers : Infinity War, film de super-héros d’Anthony et Joe Russo. Avec Robert Downey Jr., Chris Evans, Chris Hemsworth, Josh Brolin….

  • Ce film est la suite de Avengers : L’Ere d’Ultron (J. Whedon, 2015).
  • Il s’inscrit dans la Phase 3 de l’Univers Cinématographique Marvel

Le pitch : Désunis depuis la signature des Accords de Sokovie (cf. Captain America : Civil War), les Avengers doivent aujourd’hui faire face à la plus grande menace qu’ils aient connue : Thanos (J. Brolin) approche de la Terre pour y récupérer les dernières Pierres d’Infinité. Lorsqu’il aura les six pierres, le titan fou aura un pouvoir suffisamment grand pour exterminer la moitié de la population de l’univers en un claquement de doigts ! Sur différents fronts, les super-héros les plus puissants se rassemblent alors pour empêcher ce massacre annoncé. Mais à quel prix ?

La critique : Voilà donc 10 ans que tout a commencé. A l’époque où Iron Man sortait sur nos écrans, je me découvrais une passion pour les Beatles tout en me préparant à passer mon bac littéraire, paré que j’étais alors à entrer dans une fac de géographie où je ne savais pas trop ce que j’allais y faire. Dix ans et 19 films plus tard, j’ai découvert que la géo c’est cool, j’ai eu ma Licence puis mon Master avec les honneurs et j’ai passé deux ans au chômage pour finalement trouver du travail à la BnF. Chez Marvel en revanche, on n’a pas chômé et pendant tout ce temps, on a progressivement construit le chemin vers ce film ultime où tous leurs héros allaient se rejoindre pour faire front. De facto, Infinity War est devenu l’un des films les plus attendus de l’UCM, en point culminant qu’il annonçait être d’une décennie de patience et de fidélité de la part des fans.

De là à dire en revanche que cet Infinity War réussit à accomplir sa mission, j’ai de mon côté quelques réserves à émettre. Mais commençons par ce qui était bien dans ce film. Déjà, quand tu as grandi baigné par les histoires de super-héros, que tu fais partie de cette frange de la population qu’on appelle geek et que les comics sont une lecture courante, ce troisième volet estampillé Avengers ne peut provoquer que le même effet que le premier, où la possibilité d’enfin voir réuni ces illustres héros sur grand écran tous ensemble dans un même plan, était un indéniable plaisir. Or, avec Infinity War, c’est en gros la même chose en plus puissant. Avec pas loin d’une trentaine de super-héros et acolytes présents au casting de ce grand rendez-vous, il y a de quoi voir flou ! En fait, plus encore qu’Avengers premier du nom que l’on présentait déjà comme tel, Infinity War est un peu la concrétisation quasi-ultime de ce rêve de gosse où tous nos héros favoris prennent vie, parlent, combattent ensemble. Comment bouder son plaisir ? C’est à mon sens tout bonnement impossible et malgré les réserves que je peux avoir encore une fois concernant ce film, je ne peux en aucun cas faire taire la voix du gosse de 10 ans qui sommeille en moi et qui hurle de plaisir à l’intérieur quand il voit tous ces super-héros enfin réunis !

Iron Man face à Drax le Destructeur dans un blockbuster, vous y auriez cru il y a dix ans ?

Les associations de personnages proposées par Infinity War sont d’ailleurs assez bonnes et constituent sans doute un de ses plus gros atouts. Elles le sont car elles viennent réunir des personnages certes marqués mais dont la caractérisation est globalement similaire. Ainsi les sérieux (sinon sombres) Captain America, Black Panther et Black Widow combattent côte à côte tandis que Iron Man se retrouve avec Spider-Man et Dr. Strange, le premier faisant écho au côté fun du héros à l’armure rouge et le second le renvoyant à son aptitude au sarcasme. Enfin, quoi de plus logique que d’associer les Gardiens de la Galaxie, caution humoristique de l’UCM, à ce Thor transfiguré que Taika Waititi a réussi à imposer avec Ragnarok ? Avengers se construit alors en plusieurs arcs narratifs, choix inévitable pour ne pas faire face à une surcharge certaine de personnages s’il avait fallu tous les mettre en scène au même endroit. Au final, seul Hulk se balade d’un groupe à l’autre, comme pour faire écho à son statut particulier au sein de l’UCM, quelque part entre personnage principal et simple faire-valoir. Mais l’essentiel, c’est que ça fonctionne plutôt bien, justement parce que les groupes ainsi formés le sont judicieusement, créant par la même occasion différentes ambiances selon les cas sans pour autant rompre avec l’atmosphère générale d’Infinity War, résolument sombre.

Banner/Hulk erre de groupe en groupe pendant tout le film, à l’image de ce que fait le personnage au sein de l’UCM…

Aucune rupture de rythme n’est à déplorer non plus face à ces multiples arcs. Au contraire, j’ai trouvé le passage des uns aux autres assez fluide, ne causant jamais de changement brutal dans la façon d’aborder le film. Cela doit être vu comme la conséquence de cette ambiance générale que j’évoquais juste avant. Les frangins Russo ainsi que les scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely ont en effet su unir cette vaste galerie de personnages sous la même bannière d’un film résolument sombre et crépusculaire.

Loki et les quatre du fameux Black Order de Thanos.

On pourrait sans souci aller jusqu’à dire que tout ceci évoque l’Apocalypse (au sens chrétien du terme cette fois-ci, Thor – Ragnarok évoquant déjà par son titre la version de la fin du monde telle qu’établie dans la mythologie nordique), Thanos pouvant être perçu comme le porteur de la révélation que cet événement biblique annonce et ses quatre enfants adoptifs pouvant facilement être mis en parallèle avec les fameux Cavaliers de l’Apocalypse, porteurs de la guerre, de la famine, de la conquête et enfin de la mort. J’apprécie d’ailleurs énormément la façon dont ces protagonistes sont amenés dans Infinity War. Essentiels à la bonne mise en place de cette ambiance délétère de fin du monde, on aurait pu craindre que leur intégration eût été trop brutale. Après tout, ces quatre antagonistes qui accompagnent le titan font ici leur toute première apparition et il aurait été facile de la rendre un peu trop forcée. Mais, sans pour autant faire dans la finesse absolue, leur présentation au public se fait assez agréablement et Ebony Maw en particulier réussit à s’imposer très rapidement au milieu de ce panel de personnages déjà bien installé.

« They called me a mad man. What I predict came unannounced.« 

Quant à Thanos, la surprise fut bonne. Car quand on regarde rétrospectivement sa place dans l’UCM jusqu’ici, le titan n’est au final qu’une ombre menaçante qui plane depuis la sortie d’Avengers en 2012. Apparu un peu plus fortement dans Les Gardiens de la Galaxie deux ans plus tard, il n’en demeurait pas moins un personnage de l’ombre, annonçant sans cesse son grand rendez-vous avec les Avengers et le public sans pour autant avoir le loisir d’être vraiment présenté. Tout juste comprend-on (si l’on ne lit pas de comics), que ce gars-là compte bien détruire un maximum de choses et qu’il sera bien difficile de l’en empêcher. Thanos arrive donc dans Infinity War avec assez peu de fond en termes d’écriture et de caractérisation, tout le boulot restant donc à faire. Et justement, il est fait. En l’espace de ces 2h30, le film ne manque pas le coche et réussit à installer son grand méchant comme s’il avait toujours été là. En fait, j’irais même jusqu’à dire que Thanos est un des personnages les mieux écrits d’Infinity War. Détestable tout le temps, sinistre mais en même temps touchant, le titan est une excellente surprise. Le pari était pourtant a priori difficile à relever : on n’a jamais vraiment cherché à le détailler auparavant et ce volet d’Avengers n’était pas attendu comme une perle d’écriture. Fort heureusement, Thanos n’en pâtit à aucun moment et se veut facilement être le méchant le plus emblématique et même intéressant de tout l’UCM. En un seul film, ce n’est pas un mince exploit. Et n’oublions d’ailleurs pas de souligner l’impeccable contribution de Josh Brolin, implacable, pour porter ainsi ce personnage.

Franchement, on a été assez bien servis avec Thanos.

Ceci étant dit, il ne faudra pas non plus s’emballer car hormis sa capacité à ne pas sous-exploiter son grand méchant, teasé depuis six bonnes années maintenant, Avengers : Infinity War n’est pas pour autant un modèle de composition. Pas sur le plan de l’écriture en tous cas. Alors bien sûr, comme je le disais juste avant, personne ne s’attendait à y découvrir LE film absolu, LE scénario le plus léché de la licence. Bien au contraire, tout ce qu’on nous promettait c’était surtout une énorme succession de mandales et d’action décomplexée.
Reste que sans attendre grand-chose du scénario, je n’attendais pas aussi peu pour autant. Il serait facile de dire que la multiplicité des arcs narratifs a joué en la défaveur de la narration dans son ensemble mais non, le problème est autre : Infinity War est scénaristiquement vide. Son synopsis se couche en quelques mots à peine : « Thanos arrive, donc les super-héros se rassemblent chacun de leurs côtés pour l’affronter jusqu’à la bataille finale ». Fin. Considérant visiblement que le travail a été fait avant, personne sur Infinity War ne s’est penché sur les personnages (en dehors de Thanos donc, personnage principal de ce film, en atteste la phrase de fin de générique pour ceux qui l’ont lue). Ici, on se contente de prendre ce qu’on nous a donné avec les différents films précédents et l’on joue avec les personnage comme un gosse de 10 ans le ferait avec ses figurines préférées. Infinity War n’est rien d’autre que cela, un sol de chambre d’enfant jonché de jouets sous licence et dont l’intérêt scénaristique ne repose que sur la finalité qu’est « la grande bataille ».

Battlefield Wakanda

Alors oui, cela donne de beaux moments d’action, on ne va pas se mentir. Les frères Russo, bien qu’encore loin d’être des artistes en la matière, offrent avec générosité aux spectateurs un spectacle visuel prenant, époustouflant par moment, plein de grands badaboums et autres violents patatras, une débauche générale plaisante mais qui ne compensera jamais la si faible teneur du scénario. Et puis, à l’instar de L’Ere d’Ultron, cette suite n’arrive pas à dégager le même panache que le premier Avengers, allez savoir pourquoi. Reste tout de même d’excellents moments comme ce tout premier affrontement à bord du vaisseau asgardien de Thor, le virevoltant combat sur Titan (la planète, pas le bonhomme violet cette fois) ou encore, évidemment, la fameuse grande lutte finale au Wakanda. En ces occasions, les Russo donnent à voir quelques moments vraiment saisissants et l’on se sent aisément emportés dans ce flot d’action continue.
Comment ne pas l’être ? Car, malgré tous les reproches que je peux faire à ce scénario ou au manque de finesse parfois trop marqué de la mise en scène, j’ai suivi ces héros pendant une décennie complète. Et je les vois aujourd’hui dans la pire situation qu’ils aient connue : j’ai peur pour eux, tout simplement ! Pour la plupart en tous cas car je me suis vite rendu compte que certains personnages comme Vision ou Scarlet Witch notamment m’intéressent à peu près autant que de connaître le nombre exact de brins d’herbe dans la pelouse de mes parents. Mais pour Captain, pour Iron Man ou pour Thor, clairement, mon attachement à réussit à maintenir mon attention. Mais de toute évidence, le film cherche essentiellement à s’appuyer là-dessus pour forger sa dramatisation. Tant et si bien que, quoi qu’il advienne de lui, j’aurais aimé ressentir ce genre de choses pour Spidey mais hélas, ce n’est pas cet insuffisant Spider-Man : Homecoming qui m’aura permis d’avoir une véritable empathie pour Peter Parker façon Tom Holland.

Fais-moi chialer Tony bon sang !

Mais d’ailleurs, puisqu’on parle de dramatisation, il faut qu’on parle de cette fin. Je n’en révélerai absolument rien évidemment mais parlons au moins de ce qu’elle provoque chez qui la regarde. J’en vois évidemment beaucoup qui ont été ému par la conclusion de ce film mais, franchement, je pense de mon côté que tout ceci est somme toute très vain. A titre très personnel, j’ai assisté à cette fin sans que ça me fasse ni chaud, ni froid. Au début je me disais que le fait de savoir les projets de Marvel pour la suite était la cause de ce détachement émotionnel mais avec le recul, je suis tout à fait convaincu que la dramatisation des derniers instants d’Infinity War se désamorce toute seule. Il suffit d’écouter ce qui est dit auparavant dans le film et de voir ce qui se passe pour comprendre que rien de tout cela n’est vraiment parfaitement tangible.
Et c’est d’ailleurs là le principal reproche que je ferai à ce 19ème film de l’UCM : où est passé le grand moment d’émotion qu’on attendait ? Alors oui, cette issue en fait office, certes, mais le film manque cruellement d’une décision vraiment impactante, d’un truc fort, douloureux pour les fans. De ce pivot dramatique qui te choque, te scotche au fond de ton siège pour que tu t’y roules en boule ! On me rétorquera que la fin est là pour ça mais je répondrai que c’est à mon sens insuffisant parce qu’on n’y croit pas assez. C’est trop gros. Et au lieu de cela, Infinity War se termine tout bonnement en confirmant l’appréhension développée tout au long du visionnage : ce n’est qu’une introduction. Une vaste mise en place du chantier que va être Avengers 4 l’an prochain. Et croyez-moi, 2h30 d’introduction c’est long.

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En dépit de ce constat, je ne peux cependant pas m’empêcher de garder un souvenir finalement assez bon de ce film. Je regrette un certain nombre de choses évidemment mais Infinity War n’en est pas pour autant un film de piètre qualité. Servant à ses fans avides un grand spectacle prenant, il offre tout de même en grande partie ce qu’on était venu y chercher, à quelques détails près donc. Ce ne sera définitivement ni le meilleur, ni le moins bon des films de l’UCM mais il n’est pas loin de faire partie de mon Top 10 quand même. Il se retrouve plutôt dans le camp de ces œuvres qu’on regarde avec plaisir, sans prise de tête ni autre volonté que de passer un moment divertissant. Car cet Avengers n’est autre que la cristallisation de tout ce qui fait le divertissement de masse hollywoodien d’aujourd’hui, dans ses bons comme dans ses mauvais côtés. Très personnellement, je garderai en tête un film grandiloquent où Thor fut mon personnage préféré (décidément, ce Ragnarok a fait le plus grand bien au dieu nordique !) et qui promet, à son tour, de très grandes choses pour Avengers 4. A celui-ci de ne pas décevoir l’année prochaine !

2 réflexions sur “« Avengers : Infinity War », Anthony & Joe Russo, 2018

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