2010-2019 : Bilan personnel d’une décennie de musique

Je sais qu’on est en Février et que l’heure des bilans est depuis longtemps passée pour cette année mais j’ai eu l’envie de me poser cinq minutes (ça va sûrement me prendre plus de temps que ça) et de revenir un peu sur l’héritage musical que j’ai tiré des années 2010. C’est un retour en arrière qui m’intéresse personnellement puisque, comme pour le cinéma, c’est au cours de cette décennie que j’ai réellement commencé à m’intéresser à la musique. Avant cela, j’écoutais sporadiquement quelques groupes que j’appréciais, ébauchant puis peaufinant doucement mes goûts en la matière. Mais à l’aube des années 2010, mon appétit culturel a grandi et tandis que je me plongeais dans autant de films que je le pouvais pour rattraper mes lacunes, j’ai également poncé bien des disques pour me forger une culture musicale. De 2010 à 2019 donc, j’ai découvert et approfondi beaucoup de choses qui ont fait les goûts qui sont les miens désormais. Alors si vous le voulez bien, on va revenir sur tout ça.

Comme je le disais, au tout début des années 2010 ma culture musicale vaut ce qu’elle vaut, à savoir pas grand-chose. Jusqu’alors assez peu curieux, je tourne dans mon adolescence autour de quelques groupes, en boucle, allant d’AC/DC à Nirvana en passant par Green Day. Bref, j’avais 15 ans et ça se sentait bien.

Le début des années 2010 fut marqué par mon exploration complète de la musique des Doors.

Avant de vous faire une liste des albums parus au cours de la décennie et qui m’ont le plus plu, je vais vous faire un petit point sur l’évolution de mes goûts au cours de ces dix années. Au tout début, il y avait donc la trinité que je viens de mentionner, à laquelle se sont rapidement adjoints les Beatles, qui furent un groupe toujours présent en filigrane depuis. De fil en aiguille, le rock british des quatre gars de Liverpool m’amène, notamment avec la découverte de Sgt. Pepper ou du fameux White Album, vers le psyché de la deuxième moitié des sixties. De là, un autre groupe s’impose comme une récurrence dans mes oreilles : The Doors. Nous sommes en 2010 et en l’espace de quelques mois, j’ai acheté tous leurs albums, les ai écoutés et réécoutés encore et encore, jusqu’à l’overdose. A la fin, malgré le fait que cela m’a conduit à toujours plus découvrir Hendrix, Cream ou même Led Zeppelin, je n’en pouvais plus des Doors, je n’en pouvais plus du psyché et je n’en pouvais plus des années 1960.
Vers 2011-2012, j’étais rincé de tout ça. Alors, comme si l’Histoire de la musique et du rock se répétait, voilà que mes oreilles ont tendu vers les années 1970 avec, à partir de 2012-2013, une grosse grosse période orientée punk. Des Ramones aux Sex Pistols en passant par les Dead Kennedys (que je redécouvre depuis peu) et les Clash, jusqu’à des groupes plus obscurs (et récents) comme les espagnols de Suicidas et Trance, découverts dans une cave de Limoges, la furie de la deuxième moitié bien vénère des années 1970 (et de ce qu’elle a provoqué depuis) m’a comblé à un moment où je ne demandais que ça. C’est à cette époque aussi que les Dropkick Murphys se sont imposés comme un des piliers les plus fondamentaux de ma culture musicale. Le groupe punk oï/punk celtique de Boston a tout pour me plaire et je les écoute sans discontinuer depuis. Pour l’anecdote c’est (comme pour beaucoup de gens j’ai l’impression), avec le film Les Infiltrés de Martin Scorsese que je les ai découverts, le réalisateur ayant calé la chanson I’m Shipping Up to Boston dans sa bande originale. Et maintenant j’en suis au point où je vais les voir au Zénith de Paris deux soirs d’affilée. Quand on aime on ne compte pas.

Les Dropkick Murphys circa 2013.

Paris, justement, fut le lieu où j’ai amarré dans de nouvelles eaux musicales. Nouant progressivement relations et contacts, embrigadé que je l’ai été par ma nana dans des sous-sols divers et variés, j’ai pu entrer dans une autre sphère, celle du stoner, du heavy, du mélange des deux. L’équation est ici simple :groupes locaux (Red Sun Atacama et Decasia au premier rang de ceux-là) + influences diverses et variées de ces derniers = me voilà à écouter avec plus d’assiduité qu’auparavant des groupes comme les éternels Black Sabbath et toute leur engeance. Des classiques Queens of the Stone Age à des formations plus ou moins connues comme Clutch, Kaleidobolt, Valley of the Sun, Howard… Enfin bref, je vous la fais courte, je n’ai pas l’intention de vous raconter ma vie. En plus, rien que les quatre dernières années, ça ferait un sacré gros morceau de découvertes à balancer d’un coup et on n’est pas là pour ça.

The Clash, groupe indispensable de la fin de mes années de fac et, surtout, de mes deux ans de chômage.

Le truc, le premier point du bilan décennal que je dresse ici, c’est qu’en 10 ans, j’ai découvert aimé plus de musique que jamais auparavant dans ma courte vie. Je ne vous parle ici que des plus grosses tendances qui ont émaillé ce tumultueux parcours en terres vierges mais il y a aussi tant et tant de groupes qu’on pourrait glisser parmi cette liste…
Je pourrais citer Creedence Clearwater Revival, les White Stripes (et tout le reste qu’a pu pondre Jack White avec ou sans partenaires), Rage Against the Machine (je suis pas mal énervé en plus en ce moment alors ils reviennent fort dans mes oreilles), Airbourne aussi un peu, Joy Division et T-Rex également… J’en oublie même, tant il y aurait de choses auxquelles penser pour retracer ce long cheminement, d’évoquer avec vous le retour du post-punk dans ma vie quotidienne avec des groupes comme Heavy Lungs récemment ou (surtout !) IDLES !
Ce qui est intéressant c’est qu’aujourd’hui, en 2020, j’ai du mal à me dire que la prochaine décennie sera aussi riche et dense que celle qui vient de s’achever pour moi. Comme si j’avais déjà établi avec fermeté le terreau essentiel de ma culture musicale personnelle et que j’aurais bien du mal à trouver de nouveaux horizons à atteindre. En 2010, je défrichais encore pour beaucoup ce qui pouvait m’attirer ou non, jouant sur des lacunes plus profondes que la fosse des Mariannes. Maintenant, je connais mes genres, mes styles, mes groupes favoris et je n’aurais plus qu’à en ajouter encore et encore, à affiner plus ou moins. Tout du moins n’est-ce là qu’une impression qui découle finalement d’un bien vaste chantier. Rien ne dit que les années 2020 n’apporteront pas leur lot de bonnes surprises. Il y a d’ores et déjà beaucoup de choses prévues pour ce début de décennie alors imaginez un peu la suite ! Et puis je sais qu’il me suffira de prendre un verre avec certains copains pour avoir des listes longues comme le bras de groupes à écouter, dans des horizons aussi divers que variés. Vivement que l’on découvre tout ça mais en attendant, passons au cœur du sujet.

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Top 10 Albums 2010-2019 par année

2010 : Airbourne – No Guts, No Glory

2010 n’a pas été, en ce qui me concerne, une année des plus riches sur le plan des sorties d’albums. Trop occupé à l’époque à rattraper mon retard sur énormément de choses (dont les Doors, si vous avez suivi), je n’ai prêté qu’une oreille distante aux différents albums qui sortaient dans les bacs cette année-là. Pour tout dire, je n’ai encore aujourd’hui écouté que 6 opus parus en 2010. Parmi eux, pas mal de trucs sympa sans plus comme le peu mémorable The Wörld is Yours de Motörhead, le peu inspiré Brothers des Black Keys ou encore l’acceptable Beat the Devil’s Tatoo de Black Rebel Motorcycle Club. Et encore, tout cela, je ne l’ai écouté que plus tardivement. Dans l’année-même, je n’ai écouté qu’un album du cru concerné : No Guts, No Glory d’Airbourne.
Après la parution d’un Runnin’ Wild initial particulièrement plaisant pour les amateurs de hard rock à l’ancienne, le groupe revient avec un deuxième volet tout aussi appréciable. Si Airbourne était déjà et restera sans doute toujours un simple ersatz d’AC/DC pour la plupart des gens, il y a deux possibilités face à cela : préférer retourner écouter AC/DC ou bien faire avec et se dire que ça fait toujours du bien par où ça passe. Je me range volontiers dans ce deuxième camp et No Guts, No Glory m’en convainc grâce à son énergie débordante et son ton volontairement outrancier. Effréné du début à la fin, le rythme de cet album ne baisse jamais de régime et poursuit très bien le sillon entamé avec son prédécesseur. Depuis, Airbourne aura sorti trois autres albums, Black Dog Barking, Breakin’ Outta Hell puis Boneshaker en 2019 mais aucun d’eux n’arrive réellement à la hauteur des précédents. Sur No Guts en tous cas, on retiendra principalement les titres Bottom of the WellIt Ain’t Over Till It’s OverBack on the Bottle et (sur l’édition spéciale) Devil’s Child.

2011 : The Black Keys – El Camino

Un an après un Brothers qui, comme je le disais juste avant, ne m’a pas marqué plus que ça, les Black Keys reviennent avec El Camino, un de leurs meilleurs albums. Si la même année sont aussi sortis Done So Wrong des Flying Eyes, Going Out in Style des Dropkick Murphys ou encore l’inattendu Let Them Talk de Hugh Laurie (que je recommande à tout un chacun), c’est sans conteste le nouvel opus des Black Keys qui s’impose chez moi comme mon album favori de l’année.
Alors oui, on est assez loin des sonorités des tous débuts et l’esprit garage s’est un peu estompé. Il en reste encore une guitare qui tire ponctuellement vers lui mais dont l’esprit général est désormais clairement tourné vers quelque chose de plus bluesy. Insufflant à cela des tendances presque pop rock (mais pas trop, pour ne pas effectuer l’erreur que subira plus tard Turn Blue), les Black Keys se révèlent en hardis compositeurs autant capables de livrer un rock simple et efficace (Lonely Boy) que des morceaux plus doux mais néanmoins toujours marqués de leur sceau habituel. Parmi ceux-là, on pensera notamment à Gold on the CeilingMind Eraser ou le très bon Little Black Submarines.

2012 : Deaf Preachers – Join the Deaf Club

En 2012, il y a eu plein de trucs chouettes à écouter : les Rival Sons balançaient Head Down et leur tube Keep On Swinging, Skinny Lister surprenait pas mal avec Forge & Flagon tandis que le deuxième album posthume de Joey Ramone, Ya Know…, venait tendrement bercer nos oreilles d’un rock émancipé du punk et qui rappelait à quel point le chanteur des Ramones pouvait nous manquer. Mais c’est un groupe moins connu que cela qui remporte la palme du meilleur album de cette année-là : les parisiens de Deaf Preachers.
Si vous avez suivi mes tribulations sur d’autres pages que ce blog, vous vous rappelez sans doute que j’ai déjà écrit un article au sujet des Deaf Preachers sur Ketchup-Mayo, où je tâchais d’un peu revenir sur toute leur carrière et leur musique dans son ensemble. Join the Deaf Club, puisqu’il est question de celui-ci, m’apparaît comme ce qu’ils ont su faire de mieux. Longtemps après le revival garage des années 2000, les Deaf Preachers ont déboulé avec cet album vif et puissant dans lequel on ressent moult influences mais qui ne se laisse à aucun moment vampiriser par ces dernières. Bien au contraire, les Preachers sont là pour faire leur sauce à eux et ils le font admirablement bien. On pourrait se dire que la guitare fait penser à ceci ou que le chant évoque cela mais le tout mis ensemble ne rappellera jamais rien d’autre que ce groupe dont j’attends plus qu’impatiemment un nouvel opus qui, si les augures ne se sont pas plantés, devrait prochainement faire parler de lui. D’ici là, on continuera de faire résonner dans nos oreilles des titres comme Why Try?Once AgainI Was LateAway From Me ou encore Don’t Burn My Face Again !

2013 : Dropkick Murphys – Signed & Sealed in Blood

Alors que Join the Deaf Club est devenu mon album favori de 2012, je ne peux pas en dire autant de l’EP Norman que les Deaf Preachers ont sorti en 2013… C’est donc dans d’autres eaux qu’il nous faut naviguer pour trouver la pépite. Il ne s’agira cependant pas de Specter at the Feast de Black Rebel Motorcycle Club, ni de …Like Clockwork des Queens of the Stone Age, ni même du pourtant très bon The Next Day de David Bowie. Non, cette année-là, ce sont ces bon vieux Dropkick Murphys qui se sont imposés dans mes oreilles et dans mon petit cœur.
Si j’ai commencé à écouter les Murphys dès 2010-2011 et que c’est Sing Loud, Sing Proud qui fut mon premier album d’eux (excellent d’ailleurs), c’est sans conteste Signed & Sealed in Blood qui a fini de me convertir à l’époque. Evidemment, nous sommes ici assez éloignés du punk oï pur et dur des débuts (Do or Die, leur premier album est alors vieux de 15 ans déjà !) mais l’ensemble s’avère tout ce qu’il y a de plus efficace. Les Murphys estompent dans cet album le punk de leurs origines (même s’il transpire encore dans des chansons comme The Boys Are Back) pour toujours plus distiller cet esprit folk/celtique dans leurs nouvelles compositions. Rose Tattoo se pose évidemment en point d’orgue de cette approche mais on pensera aussi à Prisoner’s Song ou Out on the TownSigned & Sealed in Blood s’avère finalement être une bien agréable respiration dans leur discographie.

2014 : Steak – Slab City

2014 ne fut pas une année grandiose côté musique. Evidemment, je ne parle que pour ce que j’ai pu écouté de ce cru-là mais le fait est que j’ai pendant longtemps eu le sentiment que rien de particulier ne se détachait du reste. AC/DC sortait Rock or Bust  et si c’était évidemment plaisant d’avoir du nouveau chez eux, ce n’était pas non plus leur plus grand chef-d’oeuvre. Jack White commençait à partir dans tous les sens en solo avec Lazaretto, dont le caractère iconoclaste demande du temps afin de bien l’apprivoiser. Rival Sons balançait Great Western Valkyrie, un peu en-deçà de leurs précédentes productions, et les Wampas sortaient Les Wampas Font la Gueule, dont quelques titres sortaient du lot mais c’est à peu près tout… Fort heureusement, les britanniques de Steak sont venus relever le niveau.
Sorti en 2014, l’album Slab City de Steak n’est venu à mes oreilles que récemment, en 2017 ou 2018. Steak, c’est ce groupe pour lequel je me suis déplacé deux fois mais que j’ai finalement raté à chacune de ces occasions, pour diverses raisons. Fort heureusement, le destin fut accompli lorsque j’ai enfin pu assister à leur concert au Gibus l’an dernier. Un live bien chaud à l’issue duquel j’ai enfin également pu emporter mon exemplaire de Slab City chez moi ! Et quel album ! Tout Steak est résumé dans ce seul disque, brutasse et costaud comme le sont les gars sur scène. Slab City ne fait pas dans la demie-mesure et n’est pas là pour tourner en rond sans rien proposer. Au contraire, l’album va droit au but, avec férocité, et ce ne sont pas des morceaux comme GoldPisserRising et surtout Liquid Gold qui nous feront dire le contraire !

2015 : Decasia – Decasia (EP)

De l’année 2015, là encore j’ai écouté peu de choses. Dodge and Burn des Dead Weather m’a presque ennuyé, The Magic Whip de Blur aussi et le Bad Magic de Motörhead était certes sympa mais tout de même assez banal. C’est finalement du côté de deux premiers jets que j’ai trouvé mon compte. Il y a tout d’abord Red Sun Atacama avec Part I, sa démo de trois titres annonciatrice de l’album Licancabur paru trois ans plus tard. Du stoner saupoudré de punk et de grunge comme je l’aime, rapide et franc mais on en reparlera après.
L’autre groupe « novice », c’est Decasia qui sort alors un premier EP éponyme. Envoyé sur Bandcamp il y a 5 ans quasiment jour pour jour, l’EP annonce formidablement la couleur. Les trois Decasia d’alors (le bassiste a depuis changé) amènent un son résolument heavy, tout empreint qu’il est des majeures influences de Black Sabbath et de tant d’autres, le tout dans une mouture moderne et enthousiasmante. Je ne m’étend pas plus sur le sujet, réservant une large part de mon propos pour un autre futur article où nous parlerons très certainement de leur troisième production, attendue pour cette année. Decasia s’écoute en tous cas religieusement, qu’il s’agisse de l’impeccable titre instrumental d’ouverture, Halo, ou de Sherpa ou Dune.

2016 : MaidaVale – Tales of the Wicked West

Là encore, voici un groupe dont je vous avais déjà parlé chez Ketchup-Mayo : MaidaVale. Mais avant cela, le reste. 2016 fut l’année où nous avons perdu David Bowie et où, dans un dernier souffle, il nous offrait Blackstar, ultime adieu adressé à ses fans dans un prodigieux élan d’amour pour la musique. C’est aussi l’année où les Wooden Shields sortaient leur excellent premier album, First Fall of the Axe et où Airbourne continuait sa descente qualitative avec Breakin’ Outta Hell. C’est l’année enfin où Green Day s’enfonçait toujours plus avec un Revolution Radio dont on aurait pu croire que ce serait leur pire album si Father of All… n’était pas sorti en ce début 2020… Et j’ose à peine vous évoquer le triste The Getaway des Red Hot Chili Peppers…
Fort heureusement, les Suédoises de MaidaVale ont su embellir tout cela avec leur tout premier album, Tales of the Wicked West. Quatre musiciennes accomplies qui livraient avec ce premier opus un son heavy psyché aussi cool que survolté. Grosso modo, le son de MaidaVale évolue dans des ondes où le fuzz le dispute à un rock 60’s éminemment influent pour les quatre Suédoises. En découlent des compositions aussi douces que chaudes, où les sursauts d’énergie succèdent aux instants de calme avant la tempête. Je ne vous refais pas les présentations complètes et vous invite à lire mon article sur Ketchup-Mayo si le cœur vous en dit. Autrement, gardez au moins en tête qu’il faut écouter cet album, au sein duquel brillent des titres comme (If You Want the Smoke) Be the FireThe Greatest Story Ever Told ou encore cette piste instrumentale exclusive à la version numérique de l’album, Heaven and Earth.

2017 : IDLES – Brutalism

Avec 2017, on entre dans trois années assez folles question musique. Greta Van Fleet ressuscite l’esprit de Led Zep avec From the Fires, les Decasia balancent un nouvel EP (The Lord is Gone) qui te souffle dans les bronches, les Necromancers invoquent les Servants of the Salem Girl, les Espagnols de Trance nous expliquent que Vivir Mata et les Murphys nous racontent 11 Short Stories of Pain and Glory… Entre autres ! Mais de la vingtaine de nouveautés que j’ai écoutées cette année-là, il y en a deux que je chéris particulièrement. Il y a d’abord l’EP I de Thousand Watt Burn puis il y a l’une de mes plus grosses claques de ces dernières années : IDLES.
Jusqu’ici inconnus au bataillon en ce qui me concerne, les IDLES ont pourtant déjà sortis deux EP à l’époque, Meat et Welcome. Mais avec Brutalism, leur premier véritable album, ils explosent complètement. Même s’ils refusent obstinément d’être classés dans un quelconque genre, ces cinq musiciens reviennent alors avec un punk/post-punk ultra énervé et libérateur. Mieux encore, IDLES n’est pas là seulement pour faire du bruit : ils veulent dire quelque chose. Et alors là, tout y passe. Le racisme, la xénophobie, la masculinité toxique, la superficialité, le besoin d’unité… Portées par le chant d’un Joe Talbot impressionnant de rage, les compositions d’IDLES fracassent tout. C’est, aux côtés des Dropkick Murphys, bien vite devenu mon autre groupe emblématique des années 2010.

2018 : IDLES – Joy As an Act of Resistance

Bim bam boum, on ne s’arrête plus et voilà que 2018 arrive à son tour avec de très bons arguments. Les Red Sun Atacama sortent Licancabur, les Fuzzy Grass publient 1971, Jack White revient avec un Boarding House Reach difficile à dompter mais néanmoins classe, Clutch envoie du lourd avec Book of Bad Decisions et Crypt Trip dévoile Rootstock. Une bonne quarantaine de nouveaux albums viennent ponctuer mon année mais, comme pour la précédente, c’est IDLES qui gagne à la fin.
A peine un an après Brutalism, le groupe revient en effet avec Joy as an Act of Resistance, un album dans la parfaite continuité du précédent, quoi qu’un tout petit peu moins enragé (mais vraiment un tout petit peu moins). Plus propre sur le rendu final et les compositions en général, Joy ne se veut pas pour autant moins en colère. IDLES y reprend ses thèmes fétiches et hurle tout ce qui ne va pas, une fois de plus. Plusieurs grands titres ressortent de cet incroyable album, dont Danny NedelkoGreat ou encore le génial Colossus. Je ne m’étend pas davantage sur la question, ayant déjà – je crois – bien fait comprendre mon amour pour cette formation juste au-dessus.

2019 : Yak – Pursuit of Momentary Happiness

Et nous voilà au bout des ces dix années. Pour conclure les choses dignement, 2019 fut une année où j’ai écouté une bonne soixantaine de nouveaux albums, ou presque. Et là encore, il y a eu du lourd : retour des Black Keys et des Raconteurs, les King Gizzard ont sorti deux nouveaux albums tandis qu’Heavy Lungs (dont le chanteur est un certain Danny Nedelko, si vous suivez bien…) balançaient deux EP. Parallèlement, Birdstone sortait Seer, son impeccable premier album, tandis que Kaleidobolt et Valley of the Sun apportaient un peu de vigueur au stoner avec leurs albums respectifs.
Mais c’est avec Yak que j’ai trouvé mon disque favori l’année dernière. Ce groupe, je l’ai découvert au Point Ephémère au cours d’un concert trop chaud, trop peuplé et trop court. Autant dire que ça partait mal. Puis vint la revanche au Petit Bain et c’est là, sur la Seine, que j’ai compris que c’était un excellent groupe, avec une prestance scénique plus que louable et une musique qui fleure bon le rock british bien enlevé. C’est exactement cela que l’on retrouve dans Pursuit of Momentary Happiness, leur opus de 2019. Un album où se côtoient et se mêlent des influences brit rock endiablées et un esprit de recherche que j’associe toujours volontiers au Sgt. Pepper des Beatles. Les Yak ne se contentent pas de joueur sur leurs bases acquises mais tâchent sans cesse d’y apporter de nouvelles choses, cordes et cuivres notamment qui embellissent toujours plus leurs différentes chansons. Fried constitue sans doute l’une des pièces maîtresses de ce disque, idéal avec un bon café. Ou un thé, c’est vous qui choisissez.

A ce stade de l’article, nous avons donc tranquillement remonté le fil des années 2010 pour y dénicher, à chaque nouvelle année, un album plus marquant que les autres sur les douze mois concernés. Seulement voilà, l’exercice a ses limites et la principale c’est qu’il occulte fatalement d’autres excellentes productions. Pire encore, certains des meilleurs disques de toute la décennie disparaissent des écrans-radars, éclipsés par un opus plus fort encore. C’est tout particulièrement le cas sur ces trois dernières années, de 2017 à 2019, 36 mois consécutifs d’une richesse musicale folle. Aussi, voici le moment fatidique : celui où je dresse mon classement final, l’ultime liste des 10 albums que j’ai préférés au cours des dix années écoulées ! Le suspense est à son comble mais, d’avance, je vous préviens : certains d’entre eux ont déjà été évoqués plus haut. Aussi, pour éviter les redites, je ne vais pas systématiquement pondre un paragraphe à leur sujet, vous laissant alors plus volontiers avec quelques mots rapides et, surtout, un autre extrait de la galette concernée.

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Top 10 Albums général 2010-2019

N°1- IDLES – Joy As an Act of Resistance

Je ne vous refais pas les présentations, je pense que vous avez d’ores et déjà bien compris qui sont les IDLES. Non content d’être sacré Meilleur Album 2018 par mes soins, Joy as an Act of Resistance s’impose donc au sommet de mes albums favoris de cette décennie. C’est donc une véritable révélation que ce groupe aussi engagé que musicalement puissant avec, pour moi, un ultime objectif : aller les découvrir en live. On m’a récemment offert leur live au Bataclan et ce double-vinyle tout orange ne fait qu’augmenter mon envie sur la question ! Pour illustrer Joy cette fois-ci, je vous laisse avec Great :

N°2- IDLES – Brutalism

Inutile de faire semblant, IDLES a conquis mon cœur en cette fin de décennie. Brutalism remporte la deuxième place de ce classement général. Rien à ajouter, j’attends la sortie d’un troisième album pour bien plus longuement vous parler du groupe et de sa musique. Heel/Heal vous accompagne d’ici là :

N°3- Red Sun Atacama – Licancabur

Sur la troisième marche du podium, nous retrouvons un album dont j’ai parlé en long, en large et en travers dans cet autre article qui lui est consacré : Licancabur des Parisiens de Red Sun Atacama. Un album volontiers classé dans le registre du stoner mais qui, comme je le disais à l’époque, brille surtout par sa capacité à ne pas s’en contenter. Le trio insuffle alors à son premier disque une formidable énergie punk et grunge, évoquant tour à tour les Stooges et Fu Manchu (entre autres), permettant alors au tout de s’émanciper fièrement pour s’avérer unique en son genre. Là encore, l’énergie est au rendez-vous et ce n’est pas The Gold qui me fera dire le contraire :

N°4- Yak – Pursuit of Momentary Happiness

Concluant exceptionnellement la décennie en devenant mon album favori du cru 2019, Pursuit of Momentary Happiness de Yak devient carrément mon 4ème album favori de toute la décennie. Pour son ton général, son éclectisme mesuré mais toujours fin, ses arrangements parfaits et ses grandes ambitions assouvies, ce disque mérite à mon sens amplement de figurer dans ce classement. Impossible de lutter bien sûr face au trio de tête mais Yak s’impose par extension comme une de mes plus grosses et agréables surprises de la décennie. This House Has No Living Room me permet enfin de vous révéler l’autre pan de ce formidable opus où la douceur sait aussi se faire une bien belle place :

N°5- Dropkick Murphys – Signed & Sealed in Blood

Il aurait été inconcevable de ne pas glisser les Dropkick Murphys quelque part ! Ce groupe m’a trop accompagné, même discrètement, au cours de ces nombreuses dernières années pour que rien de leur discographie ne figure dans ce Top 10. Alors non, cette place ne revient pas à 11 Short Stories qui, même si je lui trouve une certaine sympathie, reste en-deçà du reste. Signed & Sealed in Blood en revanche brille comme je l’évoquais précédemment par sa capacité à renouveler le son des Murphys, quitte à déplaire à une partie des habitué(e)s. A titre personnel, je salue l’envie d’explorer et de proposer d’autres choses et rien que pour cela, Signed & Sealed in Blood mérite sa place.

N°6- Birdstone – Seer

Je ne vais pas vous mentir : à la première écoute, je n’ai pas spécialement craqué pour Seer. Birdstone, que je ne connaissais que de loin, m’avait donné l’impression de livrer un album certes bien fait mais dont les propositions n’étaient pas si intéressantes que ça. Cela étant, comme avec Boarding House Reach en son temps, je me suis vite demandé si mon avis n’était pas trop hâtif. Alors je l’ai réécouté une deuxième fois, puis une troisième et une quatrième. Et à la fin, la révélation : Seer est un putain de bon album. Pardonnez-moi mais c’est du hard blues dusty à souhait, ça sent le western crade, ça sent les plaines et, surtout, c’est bourré de compos plus qu’efficace. Tout est bon chez Birdstone mais je me dois de souligner l’impérieuse présence de cette voix ! Alquézar devrait parfaitement illustrer tout cela :

N°7- Fuzzy Grass – 1971

Autre album dont on a déjà parlé ailleurs, 1971 constitue l’indispensable galette de bon vieux rock psyché bien 70’s que tout amateur du genre se doit d’écouter, sinon de posséder. Les quatre de Fuzzy Grass livrent en effet dans cet opus un rock vif, aérien et vivifiant. Une vraie bouffée d’air frais à l’enthousiasme aussi communicatif que sur scène. Inutile ici encore de vous dresser le tableau de l’affaire une deuxième fois (je vous renvoie pour de plus amples détails et une chronique complète à l’article dont j’ai glissé le lien juste avant) aussi je préfère vous laisser avec un extrait, The Upside Down :

N°8- Decasia – The Lord is Gone

Deux ans après leur premier EP épnoyme, Decasia est revenu, agrémenté d’un nouveau bassiste tout aussi talentueux que les deux autres membres du groupe, avec The Lord is Gone, un trois pistes dantesques où les compositions durent de 10 à 15 minutes en gros. Un condensé lourd et brutal de leur musique au cours de trois morceaux qui résument parfaitement ses sonorités. A l’image des plongeurs de la pochette, on s’imagine volontiers explorant les grands fonds marins, d’antiques cités englouties où l’on côtoie baleines et autres créatures aussi majestueuses qu’inquiétantes. Je me réserve là encore de plus longs détails pour un probable article consacré à leur prochaine production mais The Ancient devrait être tout ce qu’il y a de plus éloquent pour vous faire entrer dans l’univers de Decasia :

N°9- Deaf Preachers – Join the Deaf Club

Je n’ai dans l’immédiat pas grand chose à rajouter sur les Deaf Preachers ou cet album que je n’aurais dit plus haut ou chez Ketchup-Mayo. Alors plutôt que ce multiplier les mots vains, hop, nouvel extrait :

N°10- MaidaVale – Tales of the Wicked West

Je conclus donc ce classement décennal avec Tales of the Wicked West des MaidaVale. Une place idéale en quelque sorte puisque cela me permet de clore ce Top 10 avec la douce mélopée instrumentale qu’est Heaven and Earth, morceau exclusif à la version numérique de l’album donc et qui va permettre de délicatement glisser vers la conclusion de cet article déjà bien assez long.

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Ainsi se dresse mon Panthéon musical personnel des années 2010. Une décennie riche mais aléatoire aussi, mes découvertes allant toujours de paire avec mon investissement en matière de recherche de nouveautés. Après une première moitié de ces dix ans en quelque sorte « parasitée » par mon rattrapage des grands classiques à côté desquels j’étais passé jusqu’alors, les cinq autres années furent l’occasion d’approfondir toujours plus, de rechercher des choses nouvelles encore et encore, revenant sur des goûts passés ou en développant d’autres. Ma culture musicale s’est enrichie, je crois, du mieux qu’elle a pu au cours de ces années et j’en suis arrivé au point où il me restera évidemment toujours plus de vieux albums inconnus à découvrir mais aussi et surtout où l’accès à la nouveauté va être toujours plus aisé, pour moi comme pour tout le monde. Jamais la musique n’a été aussi accessible, avec les bons comme les mauvais aspects que cela peut représenter, alors, pensez-vous, on n’a pas fini d’en écouter !

Une réflexion sur “2010-2019 : Bilan personnel d’une décennie de musique

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