Un jour, un album n°30 – « Obstacle », Howard

A force de si peu chroniquer d’albums, je me rends compte que lorsque je m’y essaie désormais c’est uniquement pour parler de choses qui me tiennent véritablement à cœur ou, ce n’est pas idiot non plus, qui m’ont tout simplement ravi plus que la moyenne. Et cette semaine, c’est un peu des deux que je glisse dans cet article puisque l’on va y parler d’un album sorti il y a presque deux semaines maintenant et porté par un trio parisien des plus marquants : Howard. L’album, lui, s’appelle Obstacle.

Avant de s’attaquer à la galette en elle-même, tâchons de faire les présentations. Howard, c’est l’histoire de ce groupe à qui tout semble toujours sourire. Une espèce de bonne fée se serait penchée sur le berceau du trio et aurait décrété : « Que la musique soit, nom de dieu ! ». En tous cas, on imagine bien la scène. Fondé en 2017, le groupe n’a eu de cesse de cravacher pour répondre au souhait de la bonne fée en question. Bien de la sueur aura coulé en peu de temps et voilà qu’un beau jour de Juin 2018, un premier EP voit le jour et vient régaler nos oreilles alors tout en définissant la musique d’Howard.
Mais avant cela, qui sont-ils ces trois garnements ? JM, Raphaël et Tom sont les trois larrons de cette affaire, le premier s’affairant au chant et à la guitare, le second aux claviers et le troisième à la batterie. « Point de basse », me demanderez-vous ? En aucun cas, malheureux ! Que diable ferait-on d’une basse quand on a un gars qui sait manier le Moog avec autant de dextérité ? Perché au-dessus de l’orgue Hammond de Raphaël, le brave appareil fait l’office et offre quelque chose qui n’est évidemment pas sans rappeler un certain Ray Manzarek, lui-même claviériste au sein des illustres Doors. Mais nous en reparlerons plus tard… L’EP est en tous cas de sortie à l’époque. Sobrement intitulé Howard I, le petit artefact renferme quatre titres parmi lesquels ma préférence va, je le confesse, à Evil et Moan, les plus enlevés du lot. Architect et Animism de leur côté offrent un son plus posé, plus onctueux et intimiste dirons-nous, tout en mélancolie mesurée. L’ensemble jouit en tous cas d’un bel équilibre et remplit la mission qui lui était confiée : caler les fondations du son des Howard.

Les Howard, de gauche à droite : Raphaël (claviers), JM (chant, guitare) et Tom (batterie)

Ce son, c’est en live que je l’ai découvert d’ailleurs, comme bien d’autres depuis que je vis à Paris. Sur la scène de l’Olymic Café pour ce qui fut l’un de mes derniers concerts dans cette salle avant un long moment, les Howard ouvraient en compagnie de Djiin pour les Fuzzy Grass dont je vous avais déjà longuement parlé lorsque ces derniers avaient sorti leur propre album il y a deux ans. D’ailleurs, hasard des choses, ce concert-là n’était autre que la release party parisienne de ce fameux 1971, ultime étape d’une magnifique tournée en compagnie des Howard. Tout est lié, c’est cosmique. L’occasion m’était enfin en tous cas donnée de découvrir en concert ce trio dont j’avais jusqu’ici déjà beaucoup entendu parler. Plus d’une fois les copains m’avaient vendu les Howard comme ce groupe qui perce plus vite que son ombre, à peine formé et déjà sur les routes pour cumuler les miles, l’EP sous le bras. Me vantant autant le stakhanovisme des trois garçons que leur éminente sympathie, j’ai depuis eu tout le loisir de vérifier ces deux aspects. En effet, les Howard ne reculent devant aucune date, chacune étant une opportunité à saisir pour continuer de se forger et de s’éclater sur scène. Et c’est exactement ce qu’ils font : l’énergie déployée dans les différentes salles où j’ai pu les voir jouer est toujours plaisante et communicative. L’EP, que j’ai comme souvent écouté après les concerts et non avant, va dans ce sens et il était impossible de ne pas s’attendre à ce que cela transpire  de nouveau de chacun des sillons du vinyle que je me passe en écrivant ces lignes et dont je vais maintenant vous parler. Comme la plupart du temps, je vais tâcher ici de vous livrer une chronique morceau par morceau en vous détaillant les éclats de chacun d’entre eux. Pour le confort de votre lecture et surtout de votre écoute, je vous recommande comme toujours l’usage d’écouteurs ou d’un casque.

Quelques détails avant d’attaquer le vif du sujet cependant. Obstacle est long d’un peu plus d’une demi-heure et compte sept titres :

1- Quicklime
2- God is Dead
3- Void
4- The Path
5- Gone
6- Make Up Your Mind
7- Features

La majorité de ces morceaux dure entre 4 et 5 minutes et seuls Gone puis Features excèdent les 6 minutes. Notez enfin que contrairement à ce que d’autres groupes peuvent faire parfois (c’était le cas de Red Sun Atacama, souvenez-vous), aucune des chansons présentes sur l’EP originel ne fait son retour dans une nouvelle version ou un nouveau mixage sur cet album. C’est donc à 7 véritables inédits, depuis pas mal de temps déjà bien écrémés en live, que nous avons droit ici.

Face A : Fondations et ornements

Et puisqu’il est question de nouveauté, c’est avec le single révélé quelques semaines avant la sortie de l’album que s’ouvre ce dernier. Quicklime a donc la lourde tâche d’entamer cette nouvelle réalisation des Howard et donc d’emmener l’auditoire avec lui pour plonger dans l’univers du groupe et lui insinuer déjà tout ce que l’album cherchera quant à lui à lui exprimer de long en large. Une tâche qui était finalement déjà confiée à ce titre par sa seule nature de single, lequel avait d’ailleurs su se payer le luxe d’un clip que je vous partage immédiatement, histoire de vous laisser écouter le morceau avant qu’on en parle plus en avant.

Piste d’ouverture d’Obstacle donc, Quicklime s’avère finalement idéale à ce poste clé. Car en plus de synthétiser (sans qu’on le sache réellement lors de la première écoute du disque) tout ce qui va suivre, la chanson voit son rôle d’opening lui seoir à merveille : il était important, je pense, que le premier titre d’Obstacle assure la continuité avec tout le travail précédent, à commencer par l’EP de 2018. C’est en tous cas quelque chose que j’apprécie. Or, Quicklime réussit avec brio à créer un lien tangible et net avec celui-ci. Non sans évoquer divers aspects des quatre titres qu’il renfermait, la chanson permet de générer une belle filiation entre les deux opus, permettant ainsi de tout de suite se reconnaître en terrain familier alors que les premier sillons du vinyle sont parcourus.

Sur scène, devant l’objectif d’Emmanuel Harmograf.

Au-delà de cet aspect généalogique, dirons nous, Quicklime est un morceau tout ce qu’il y a de plus efficace. Mêlant avec l’équilibre habituel chacune des composantes de la musique d’Howard, cette première chanson dresse habilement la carte d’identité de la formation. Tout y est, des vocalises de JM aux frappes de Tom en passant par l’harmonie qui règne au-dessus des claviers de Raphaël.
J’y vois finalement un morceau très radiophonique, sans tout le côté péjoratif que cela peut hélas avoir parfois. J’entends par là que Quicklime serait idéal pour soutenir Howard et l’album sur une quelconque station des ondes FM. Single évident donc, ce titre porte enfin très bien son titre. Car à la manière dont la chaux vive qu’il évoque vient décaper les moindres lichens qui parasitent vos arbres favoris, cette chanson décrasse vos oreilles en vous badigeonnant de l’esprit fuzzy qui habite, déjà, cet album.

Comme les Howard savent bien faire les choses, c’est God is Dead qui succède à cette efficace entrée en matière. Si je dis que c’est bien fait, c’est essentiellement parce que je trouve que ce deuxième morceau s’inscrit dans la parfaite continuité du précédent. Prolongeant l’expérience alors initiée, évoquant toujours quelques aspects de l’EP, God is Dead reprend pour lui grosso modo les mêmes ingrédients : lignes de chant aussi suaves que la voix de JM sait l’être, laquelle rappelle ici volontiers son aptitude à s’envoler ; solide rythmique combinée claviers/guitares ; batterie rude et précise…

 

Cela étant, dès cette deuxième piste, Howard précise le propos à tenir sur Obstacle : point question de n’être « que » la suite de  Howard I, livré il y a deux ans. Que nenni ! God is Dead va ainsi lorgner bien plus vers le stoner, que ce soit avec cette introduction sèche mais sans aspérité ou, surtout, avec ce break à l’issue du dernier refrain. Un break qui conduit progressivement au solo et à cette conclusion qui contribuent beaucoup à faire de cette chanson une sorte d’écho à la chanson Evil de l’EP, le tout saupoudré de desert rock et de stoner au sens large.

Mais une fois ces deux premiers titres passés, Obstacle ne compte pas tourner en rond et arrive alors la ferme intention de développer la musique d’Howard vers d’autres horizons. C’est avec Void que la chose prend véritablement forme en premier lieu. D’emblée plus dur, plus rugueux et finalement plus heavy, ce troisième titre ressemblerait finalement presque à du gros Black Sabbath agrémenté d’orgues, preuve étant qu’Howard n’est pas du tout qu’un groupe de stoner. A ce sujet, le groupe se définit lui-même le plus souvent comme faisant du fuzz rock, ni plus, ni moins.
Derrière l’apparente généralité que peut recouvrir cette appellation, on pourrait croire qu’il s’agit en fait d’une vaine tentative de ne pas vouloir s’accoler l’étiquette du stoner mais je ne peux m’empêcher de penser qu’ils ont finalement bien raison : Howard ce n’est pas « juste » du stoner. Le groupe mêle trop d’influences différentes, tirant tant vers un rock 70s à la Led Zep que vers le heavy, sinon le glam parfois, pour se contenter d’être estampillé du même sceau que tous les hérauts du desert rock. Et puis, de toute façon, on s’en fout un peu des genres dans lesquels il semble pourtant si nécessaire de classer tous les groupes, tout le temps, non ? Tant que la musique est bonne et surtout qu’elle vous plait, qu’elle vous parle, qu’elle vous hérisse le poil, n’est-ce pas là tout ce qui importe ? D’où le judicieux choix de se définir comme fuzz rock : c’est large donc peu clivant. Et c’est surtout vrai en l’occurrence…

 

Digression mise à part, revenons à Void. Cet intéressant mélange que j’évoquais juste avant, couplets comme refrains le forment bien et fabriquent ce côté lourd caractéristique de cette piste. Un aspect qui se rappelle notamment à travers une batterie qui l’est tout autant. Loin des rondes envolées roulantes que Tom sait très bien amener aux chansons du trio, les fûts sont ici frappés fermement et métronomiquement, avec la volonté d’un concasseur qui a plus en tête l’idée de graver ce rythme dans nos têtes que de faire de la dentelle.

Tom à l’oeuvre en Juin 2018. Photo par Blumina Photography

Il est de toute façon de cette trempe de batteurs-là. Doux comme un agneau la plupart du temps, tout minot qu’il est derrière son set, le voilà qui peut soudain se mettre à marteler son matos avec la vergogne d’un bûcheron landais alors qu’il s’occupait à ciseler les choses en finesse une minute avant. Sur Obstacle, sa constance est moins à démontrer qu’à savourer. Et ses deux compères de le suivre lorsqu’il décide d’avancer pied au plancher comme c’est le cas ici à partir de 2:56, lorsque Raphaël se décide à faire virevolter ses doigts sur son fidèle Hammond. Void se transforme en cavalcade échevelée dont le rythme est solidement fixé par la batterie et la guitare tandis que le claviériste apporte tout l’épique à l’affaire. La débauche d’énergie que je mentionnais plus haut dans cet article se révèle alors à nos oreilles qui en redemandent. Toujours aussi heavy, le morceau s’octroie toute la puissance et la vivacité de l’Hammond, toujours aussi idéal pour faire décoller un bon vieux rock à l’ancienne. Et le ton monte et monte pour en revenir avec justesse au rythme initial, concluant la chanson sur quelques ultimes vocalises d’un JM qui n’a décidément rien à envier à l’illustre Ronnie James Dio, « l’autre » chanteur de Black Sabbath justement et dont il s’approche systématiquement au cours de ce morceau. Pour illustrer ce que je veux dire ici concernant JM, je vous renvoie à l’excellent TV Crimes, tiré de l’album Dehumanizer.

A peine remis de cette première véritable pépite au seins d’Obstacle, voilà que le disque n’arrête pas sa folle course et enchaîne avec The Path. A la manière dont les deux premiers morceaux de l’album se succédaient avec intelligence, sa quatrième chanson s’inscrit à son tour dans la continuité de son prédécesseur. Et autant vous le dire tout de suite, l’on touche ici à ce que je considère être la pièce maîtresse de cet album qui, après seulement un petit quart d’heure, a déjà su se tailler la part du lion.

 

Mais encore une fois, nulle envie chez Howard de se reposer sur ses lauriers. Dès lors, et bien qu’il soit dans la même veine que Void, ce morceau s’en démarque par plusieurs aspects. La batterie, par exemple et en vitesse, s’y fait moins brute, laissant cela à des lignes de guitare et d’orgue qui privilégient quant à elles quelque chose d’aussi lourd que mesuré, libérant des espaces qui sont alors offerts au chant.

JM sur la scène du Supersonic, Juillet 2018.
Photo par Killian Jacquemin

C’est un boulevard même qui s’ouvre devant JM pour qu’il puisse s’y éclater et le chanteur s’empresse de l’occuper. L’on touche alors à l’un des éléments essentiels de ce titre : la façon dont les parties vocales chez Howard arrivent à occuper l’espace et à habiller les différentes compositions. C’est une constante pour ce groupe, cette façon dont le chant se marie avec le reste et devient un instrument parmi les autres, traités avec les mêmes égards. Cette place laissée ici à JM est alors l’occasion rêvée de profiter pleinement des performances du bonhomme. Empruntant comme je le soulignais précédemment autant au heavy (Dio est toujours là en filigrane sur The Path) qu’à une certaine forme de glam (mais sans le côté potentiellement kitsch dont le genre pâtit parfois grandement), JM use de sa voix et de son timbre pour apporter toujours plus de densité aux morceaux.
Il y livre une épaisseur chaude, un peu de la même manière qu’Audric chez Fuzzy Grass, tiens. La différence entre les deux tiendra cependant essentiellement aux accents plus Led Zeppelinien qu’Audric amène à ses propres compositions. Les deux partagent cependant l’inspiration, le goût et l’amour pour ces glorieux hérauts/héros du rock des années 1960-70, forts de puissances vocales sans nulle autre pareille et qui ont contribué à définir l’alpha et l’omega de la chose à l’époque. De la même manière, j’espère que la scène et le public voueront la même reconnaissance à cette autre génération de vocalistes. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais d’Audric dans l’article dédié à 1971 aussi m’arrêterai-je là le concernant aujourd’hui. La vedette de cet article, c’est Howard et, en son sein, JM mérite les mêmes louanges que son valeureux collègue. Cette manne de chanteurs qui travaillent la voix comme instrument essentiel et non comme un « simple » accompagnement pour des instrumentistes bien plus mis en avant regorge décidément de bien des talents. L’on en tient un véritable ici.

The Path, enfin, brille par la manière dont elle bascule soudain dans une seconde atmosphère. Oublié alors le heavy du commencement, le rythme change, l’ambiance avec, et la chanson nous emmène sur de nouvelles pistes où c’est cette fois-ci à l’orgue qu’est laissée la part belle. De break en solo, Raphaël use de son Hammond pour diriger The Path vers une fin résolument 60s70s qui n’est pas sans rappeler le final grandiloquent de I Want You (She’s so Heavy) des Beatles. De la même manière que sur cet imposant morceau (qui lui aussi voyait son ton basculer soudainement à l’approche de son conclusion), le titre que nous écoutons ici monte vers son final, progressivement et porté par cet orgue qui connaît son apothéose et en profite pour construire celle de l’album.
La chose prend forme dès 3:13 environ, à cet instant où Raphaël se mue soudain en un incroyable mélange entre Billy Preston et ce Ray Manzarek dont il se révélera bien souvent dans l’album être le digne héritier. Le fait est en tous cas que lorsque cette séquence finale s’amorce, le coup prend à chaque fois : si je suis en train de faire autre chose à côté, je me surprend à relever le nez et tendre l’oreille, happé par ce final.

Howard fait gronder les volcans d’Auvergne aux Volcano Sessions de 2019.
Photo par Noodle Photographie

A ce stade de l’album, la face A du vinyle s’est achevée et il ne reste plus que trois morceaux à écouter. Mais déjà, quel enthousiasme à l’écoute de ce nouvel opus d’Howard ! Pour dire les choses telles que je les vois, cette première partie du disque est idéalement conçue. Démarrant en trombe sur deux pistes qui forment un bel écho à Howard I, l’ensemble de cette face A livre finalement un lot de chansons qui marquent progressivement l’évolution que le son du groupe a connu en l’espace de deux ans seulement. Si le B-A-BA de la formation reste évidemment toujours le même, Quicklime et God is Dead tendent à affiner encore les choses, ce que Void puis The Path ne manquent pas d’entériner.
Howard revient donc sur ce début d’Obstacle avec une double-intention à mon sens : celle de fonder son album sur ses bases les plus naturelles et évidentes d’une part, histoire non seulement de faire les présentations avec un nouveau public mais également de renouer avec celui déjà conquis ; et celle ensuite d’effectuer sa mue. Tel le homard qui mue un nombre incalculable de fois au cours de sa vie, Howard voit ici sa musique effectuer une première transition notable, évoluant dans sa forme sans pour autant devenir méconnaissable. La chose demeure celle qui nous a conquis auparavant mais semble vouloir devenir plus grande, plus forte et, surtout, plus flamboyante. Un constat que la face B d’Obstacle ne démentira pas.

Face B : Nouvelles overtures

En ouverture de la face B, Gone n’est pas là pour éplucher des carottes. Tout au contraire, ce titre – qui pourrait aisément être considéré comme l’autre single de l’album grâce à cette live session enregistrée au Plan et récemment mise en ligne – est là pour reprendre la course de ce disque en passant à un autre stade, celui de la confirmation. Alors que les quatre morceaux qui font la première face ont, comme je le disais, permis de rappeler le son d’Howard et de l’affiner, celui-ci va un peu plus loin encore en cherchant à y apporter une nouvelle définition.

Pourtant, les bases d’Howard ne sont jamais loin au cours de cette chanson. Aussi rock et fuzzy que le groupe cherche à l’être sans discontinuer, Gone est à mon sens un titre signature pour la formation, qui réussit à habilement y mettre absolument tout ce qui le définit en 2020. Logique est-il donc d’y retrouver les ambiances habituelles de leur musique, leurs sonorités favorites allant de cette guitare incandescente (cf. l’intro puis le break à 2:38 sur la vidéo et enfin le solo à partir de 3:45) à cette batterie digne des meilleurs bulldozers de chez Caterpillar en passant par cet impeccable orgue, aussi efficace pour construire la toile de fond du morceau que pour y apporter quelques ornements dont Raphaël à su puiser le secret chez les grands maîtres de la bête Hammond dans les années 1970.
Ainsi, Tom assène des coups de baguettes comme on aime l’entendre le faire, JM exerce ses meilleurs performances vocales – dans la continuité de ce que je mentionnais plus haut -, et Raphaël enfin, en Manzarek moderne, fait ronfler son Moog dans une chaleur vibrante tandis qu’il amène son orgue à paraître toujours plus fringant. A la manière du claviériste des Doors, il va ainsi lui faire poser des rythmiques chaudes et féroces, véritables nappes qui enrobent très agréable l’ensemble du titre, tout en arrivant plus tardivement dans la chanson à lui faire donner ce solo dès 5:15, jazzy et groovy à souhait, ultime pierre rendue à l’édifice de cette cinquième piste de l’album, laquelle se conclut de la plus belle des manières en une explosion sonore d’un pur concentré de fuzz et de rock 70s. Pour tout cela, Gone réussit à mon sens ce travail de (re)définition du Howard version 2020.

Raphaël devant l’objectif de Vincent Cretenet, Novembre 2019

Obstacle s’achève enfin sur deux dernières compositions, Make Up Your Mind puis Features. Je choisis ici de les traiter en quelque sorte ensemble car je trouve qu’il y a une grande filiation entre ces deux morceaux qui, par ailleurs, amènent l’album qu’ils concluent dans une dernière phase.

 

Sur la scène du Bar’Hic en Septembre dernier.
Photo par Mats L. Photography

Sans totalement se démarquer du reste de l’album, Make Up Your Mind permet tout d’abord d’amorcer cette dernière transition. Profitant de la lancée ouverte par le final de Gone, le titre se lance pleine bourre dans la bataille des décibels, le tout grâce à cette intro où guitare, clavier et batterie se mêlent en une escouade de fuzz qui permet à la chanson de démarrer en trombe. Puis vient le calme après la tempête et Make Up Your Mind entre dans une deuxième phase, plus lourde, enrichie d’une atmosphère « inquiétante » dirons certains pour définir cette ambiance faite d’énergie contenue. Le refrain va dans ce sens également, avec notamment JM qui fait monter la sauce mais sans jamais dépasser le reste comme il a eu le loisir de le faire auparavant. Retour au heavy en quelque sorte, cet avant-dernier titre est surtout un intéressant mélange de bien des idées. Fort heureusement, rien de foutraque ici et les différentes séquences du morceau, aux rythmes multiples, s’enchaînent avec élégance pour finalement lui conférer un ton bien à lui, première annonce d’un possible bouleversement à venir dans le son du groupe.
Puis vient Features, l’une des chansons les plus longues d’Obstacle. Là encore, on ne peut que sentir cette volonté de conclure en développant encore de nouvelles choses. En plus du stoner, du heavy, du rock pur et simple, Howard distille avec parcimonie de nouvelles essences dans cette ultime piste. En attesteront notamment ces déchirements de guitare (cf. la séquence qui s’entame à 1:16, lecteur ci-dessous).

 

Il y a en fait quelque chose de très « années 90 » dans Features. Je serais bien malin d’essayer de classifier tout cela en vous disant « Oui ça évoque tel genre ou tel autre » mais je pense qu’il est préférable que je m’abstienne. Une retenue de ma part que l’on doit essentiellement à la qualité de composition de cette dernière chanson. En effet, si l’on décèle sans cesse bien des inspirations nouvelles en son sein, la bête n’en demeure pas moins un pur produit de cet Howard, cru 2020. Tout ce qui arrive dès 2:49 le confirme de toute façon. Consécutifs à cette séquence initiale où, une fois de plus, les sonorités classiques du groupe se tordent au bénéfice de nouveaux ingrédients, les choix opérés jusqu’à la fin des sillons arrivent finalement comme une grande synthèse. Dans un grand chassé-croisé d’instruments, véritable passe d’armes entre nos trois mousquetaires, Howard ramène dans Features l’intégralité des graines plantées çà et là durant tous les morceaux précédents, jusqu’à ce retour aux identités propres de cette toute dernière chanson. Celle-là même qui nous abandonne alors avec le sentiment qu’après avoir arpenté Obstacle, le groupe a d’ores et déjà les yeux tournés vers de nouveaux horizons.

____________________

Nous y sommes, l’album s’achève finalement. On rirait bien à l’idée de vous faire un jeu de mots en affirmant que, ho ho, l’obstacle est surmonté mais, de toute façon, quel obstacle ? Tout ceci n’aura été qu’une formalité pour Howard, une promenade de santé vivifiante du genre à vous aérer l’esprit et vous emplir les poumons du meilleur air. Celui-là, il fleure les embruns du fuzz, accompagné de quelques senteurs tirées des plus belles fleurs : le rock des années 1970, le heavy, et cet orgue Hammond, véritable élément constitutif de l’identité de ce groupe qui se démarque de bien d’autres formations grâce à lui.
C’est ce que j’aime avec les groupes du style d’Howard, cette façon de s’installer fermement dans une scène où l’on pense que l’on a déjà tout entendu et puis, soudain, voilà l’originalité qui pointe le bout de son nez. C’étaient les strange machines chez Fuzzy Grass, la hargne punk de Red Sun Atacama, ce sera l’Hammond (et le Moog !) chez Howard. Fort heureusement, le groupe ne brille évidemment pas que pour cet ajout délicieux et livre ici un album complet, dense, résultat de deux ans au travail acharné tant sur scène qu’en studio. Obstacle est le témoignage de tout cela, de cette dévotion à la musique portée par la simple mais essentielle envie de s’éclater à en faire. Fatalement, quand on retranscrit tout cela sur galette, l’auditoire ne peut qu’être conquis.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.