« Luca », Enrico Casarosa, 2021

Luca, film d’animation d’Enrico Casarosa. Avec les voix (VO) de Jacob Tremblay, Jack Dylan Grazer, Emma Berman, Maya Rudolph…

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Le pitch : Luca (J. Tremblay) est un jeune être aquatique vivant sous les eaux turquoises de la Méditerranée. Curieux de découvrir le monde de la surface et ses habitants, il décide un jour de s’y rendre alors qu’on le prévient depuis toujours que c’est un monde dangereux peuplé de monstres terrestres sanguinaires. Là-haut, il découvre la petite ville italienne de Portorosso où il va très vite nouer une amitié avec Alberto (J.D. Grazer), un autre être marin qui vit à la surface depuis longtemps, et Giulia (E. Berman), une jeune humaine.

La critique : Devenu pourvoyeur officiel des nouvelles œuvres de Disney et Pixar, sous le sceau des fameux « Disney+ Originals », nombreux sont les films de la firme et de ses filiales à se retrouver sur la fameuse plateforme de streaming. Et si Black Widow aura fait le choix de la patience pour finalement arriver dans nos salles obscures le 7 Juillet prochain, d’autres n’auront pas suivi le même chemin, à l’instar des deux dernières productions Pixar en date : Soul et désormais Luca.

Qu’on se le dise en premier lieu, je suis un vieux fan de Pixar. Né en 1990, j’ai tout naturellement été le public cible du studio à la lampe dès son premier film, Toy Story, en 1995. Enchanté par le film puis par les nombreux autres projets de Pixar dans les années suivantes (les suites de Toy Story1001 PattesMonstres & Cie…), j’ai rejoint sans le vouloir cette « génération Pixar » dont l’enthousiasme à chaque nouvelle sortie d’un film de cette écurie a peu à peu conduit le monde de l’animation à muter pour ne plus compter que sur l’animation dite de synthèse, au grand dam des films animés « classiques ». Pixar est devenu une valeur sûre au fur et à mesure que les succès s’enchaînaient, raflant même quasiment à chaque coup l’Oscar du Meilleur Film d’animation. Cela étant, et malgré toute la nostalgie qui m’anime quand je pense à Pixar et en dépit également de tout l’amour que je conserve pour les œuvres passées du studio, un constat s’affine de plus en plus depuis quelque temps : on commence à tourner en rond. La Une du dernier numéro de Rockyrama posait d’ailleurs la question en des termes bien clairs : « Qui rallumera Pixar ? ». Au moment d’entamer l’écriture de ce papier, c’est cette même interrogation qui m’anime.

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Enrico Casarosa, réalisateur de Luca

Mais avant d’entamer l’essai de réponse que je voudrais formuler, tâchons déjà de nous intéresser à Luca pour ce qu’il est et ce qu’il a à proposer. Le film d’Enrico Casarosa est déjà le 24ème long-métrage du studio et je crois qu’il contient un certain nombre des symptômes qui poussent à s’interroger sur la « santé créative » de Pixar. Cela étant, Luca regorge de qualités, au sommet desquelles son esthétique. Visuellement somptueux, le film réussit à capter tout ce que l’Italie – où l’histoire prend place – représente dans l’imaginaire collectif. Mer turquoise, villages colorés, soleil radieux, doux parfum de dolce vita, tous les ingrédients sont présents pour livrer au public cette vision de l’Italie. Dans les premiers instants, impossible de ne pas se demander si tout ceci n’est pas un peu cliché finalement mais le seul fait que le réalisateur soit lui-même Italien, originaire de Gênes pour être exact, me pousse à penser qu’il s’agit moins là d’une vision fantasmée que du regard nostalgique porté par un enfant du pays qui se remémore avec douceur les paysages et personnages de sa prime jeunesse. Dans une vision des choses ainsi adoubée par Enrico Casarosa en quelque sorte, la péninsule se fait carte postale dans Luca, un film où les quelques clichés sont par ailleurs plus culturels dirons-nous que comportementaux. Nulle question par exemple de dépeindre l’Italien comme un macho à l’allure aussi nonchalante qu’arrogante comme on les voit souvent dépeints pour se moquer (seul le méchant du film souffrira de cette caractérisation un peu grossière mais on comprend alors l’intention). En revanche, Luca met l’accent sur ce que le monde voit de la culture populaire italienne : le football, le cyclisme et ses grands champions dans les deux disciplines ; la vie de village à l’italienne aussi donc, comme on a pu la voir décrite dans nombre de productions italiennes ou franco-italiennes à partir des années 1960.
Par tout cela, Enrico Casarosa exécute une belle carte postale à travers Luca mais il ne s’agit pas que de cela et l’on sent en chaque instant la façon dont il livre tout son amour pour son pays d’origine. Loin de n’être qu’une représentation idéalisée d’une Italie rêvée, on ressent cette nostalgie que cet expatrié exprime dans son film. Plus que simple cadre idyllique, l’Italie se veut ici être un véritable écrin rempli de souvenirs touchants, renvoyant à une enfance et des souvenirs personnels qui rendent le tout extrêmement touchant. Cette influence du vécu du réalisateur, que l’on devine durant tout le film, ce dernier la confirme d’ailleurs dans une entrevue récemment postée sur la chaîne YouTube de la Fnac. Précisément au sujet de l’amitié qui se noue entre les deux protagonistes principaux du long-métrage, Luca et Alberto, Enrico Casarosa raconte dans la vidéo qu’il s’est grandement inspiré de sa relation avec son propre meilleur ami, lui aussi nommé Alberto justement. Il raconte ainsi l’avoir rencontré vers ses 12 ans et qu’alors que lui était particulièrement timide (comme Luca), Alberto était plein d’entrain et audacieux. C’est le contact avec cet autre garnement qui lui aura permis de dépasser ses peurs et sa timidité. Cette histoire d’amitié l’aura donc inspiré pour raconter ce récit entre deux enfants qui se rencontrent et qui, surtout, se nourrissent l’un l’autre autant par leurs points communs que par leurs différences.

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Bien qu’un peu convenue en tant qu’élément conducteur de la narration, l’amitié entre Luca et Alberto demeure jolie

A travers ces aspects esthétiques, que ces derniers touchent à la forme à proprement parler ou aux intentions dont ils découlent et à l’état d’esprit qu’ils véhiculent, Luca s’offre certes une jolie identité au sein des œuvres de Pixar mais, surtout, il souligne très vite sa filiation évidente avec les productions du studio Ghibli et en particulier les films réalisés par Hayao Miyazaki. Ce lien qui unit le dernier Pixar et le célèbre studio japonais est indéniable et s’observe dans une multitude d’aspects. Pour commencer, tout ce que je viens d’évoquer sur l’esthétisme de Luca répond de cette espèce d’allégeance prêtée à Ghibli. Le choix des couleurs et des lumières, la composition des plans, la mise en scène de manière générale sont autant d’ingrédients qui jouent déjà cette carte de la référence.
Ensuite, qu’il s’agisse de cet univers rural/côtier/maritime ou encore du design des personnages (notamment les parents du jeune Luca, dans leur version humaine), bien des éléments rappellent ce cinéma d’animation si particulier. Pour continuer sur cette lancée, le film de Disney est, plus encore qu’un clin d’œil très appuyé, un hommage vibrant à Porco Rosso. Entre ce personnage qui ne ressemble pas aux autres et peine à trouver sa place en ce monde, le village qui s’appelle carrément Portorosso ou encore ces trois méchants garçons qu’on pourrait facilement assimiler aux pirates de l’air de Miyazaki autant pour leur bêtise que pour leur caractère grotesque…il y a de quoi nouer des liens, convenons-en !

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Comment ne pas s’imaginer une scène tirée d’un Ghibli en contemplant ce village ?

Les thèmes de Luca ou encore l’atmosphère dans laquelle il les développe, l’ambiance qu’il crée sans cesse autour d’eux, sont enfin des éléments tout aussi forts dans ce parallèle qu’on ne peut que faire. Et encore une fois, plus précisément qu’au studio Ghibli dans son ensemble, c’est au cinéma de Miyazaki que tout ceci renvoie en droite ligne. On retrouve en effet autant chez le maître japonais que chez Casarosa cet aspect champêtre et familial qui rend les cœurs légers, cet air printanier constant qui ressort tout autant de films comme Porco Rosso de nouveau mais aussi Mon Voisin Totoro par exemple, et pour ne citer que ces deux-là et vous épargner une énumération sans intérêt. Pour celles et ceux d’entre vous qui auraient vu Luca et qui douteraient toujours de ces échos, je vous renvoie une nouvelle fois vers cette interview proposée par la Fnac (cf. lien plus haut). Enrico Casarosa y évoque avec amour le cinéma animé japonais et celui de Miyazaki. Il y parle du coup de foudre qu’il a eu pour les films de ce génie mais aussi pour sa série animée Conan, le Fils du Futur, diffusée au Japon en 1978 puis en Europe dans le courant des années 1980. Le réalisateur souligne alors l’influence de cette animation nippone, qu’il a découverte comme beaucoup sur le Vieux Continent dans les 80s justement, au moment où ces productions (télévisuelles surtout mais aussi cinématographiques) commençaient à être particulièrement en vogue. Histoire de planter le dernier clou enfin, comment ne pas noter à l’arrière-plan de la vidéo ce joli poster du Château de Cagliostro ?

Je digresse un tantinet sur ces dernières lignes mais cela me semble utile pour comprendre non seulement que ce cinéma est une influence nette dont l’ombre plane sur Luca du début à la fin, comprendre également comment cette influence s’exprime dans le film et comment enfin elle lui offre un ton qui permet malgré tout à Luca d’un petit peu se démarquer des autres productions récentes de Pixar.

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Chris Miller à gauche, Phil Lord à droite.

Du reste, il n’y a pas qu’au Japon que Pixar est allé chercher ses inspirations pour Luca et il n’a même pas fallu aller bien loin puisque c’est dans une autre sphère du cinéma d’animation américain que l’on trouvera deux noms dont les récents succès semblent avoir donné à Pixar et Disney une piste à suivre : Phil Lord et Chris Miller. En effet, s’il rend volontiers hommage au cinéma de Miyazaki, Luca adopte une autre approche encore vis-à-vis de celui de Lord & Miller, à qui nous devons notamment Tempête de Boulettes GéantesLa Grande Aventure LEGO ou encore (en tant que producteurs et/ou scénaristes cette fois-ci) Spider-Man : Into the Spider-Verse et l’exaltant Les Mitchell Contre les Machines. Cette fois-ci, il s’agit cependant mois de rendre hommage que de tenter de se réapproprier des codes. Si le traitement de l’enfance a toujours été un élément-clé des productions Pixar, y compris dans son rapport à l’autorité parentale (cf. Le Monde de Némo en 2003), il se dessine ici sous un jour qui ne peut que rappeler la vision qu’en livrent les deux créateurs dans leurs propres œuvres. Une réflexion qui va au-delà de ce que Némo préfigurait justement et qui devrait logiquement m’amener à détailler tout ce qui touche au travail de Lord & Miller et à leur insertion dans le courant métamoderniste. Le sujet est cependant beaucoup trop vaste pour que je me lance là-dedans ici et maintenant au-delà des quelques clés que j’ai déjà mentionnées. Il y aurait beaucoup à dire et, pour être franc, il y a eu beaucoup de choses dites sur le sujet dans le n°18 du podcast Klub Moutarde, au cours duquel mon camarade Dehell développait en long et en large mais surtout à merveille toute cette mouvance.

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La relation entre Luca et ses parents est typique du cinéma dans lequel Lord & Miller évoluent. Avec des adultes qui tachent de jouer leur rôle de parents tout en doutant d’eux-mêmes face à un enfant qui rêve d’émancipation

Cela étant, bien qu’il souhaite clairement s’approprier ces thématiques et cette façon de les traiter pour ensuite tisser son récit autour de cet ensemble, on constatera finalement que Luca ne va pas du tout assez loin en la matière, ne réussit à aucun moment à pleinement appréhender cette approche « à la Lord & Miller » et se contente en fin de compte d’effleurer les choses. Le scénario pose rapidement les bases nécessaires mais ne va que difficilement les développer dans le cours du film. Tout semble être là pourtant avec, dans les grandes lignes, les « parents qui interdisent » mais qui cherchent surtout à surprotéger leur progéniture en se montrant trop maladroit pour trouver le juste équilibre ; le sentiment d’abandon ; le désir de liberté d’une jeunesse qui se sent incomprise et heurte ses idéaux avec ceux – dépassés – de ses parents…
Malheureusement, on va se contenter d’apporter des réponses à tout cela qui vont être trop simples, relativement évasives et donc sans grand intérêt, laissant Luca ne devenir qu’un énième film sur la force de l’amitié dans l’adversité, la nécessaire acceptation des autres, ce genre de choses… Oh bien entendu, l’intégralité du propos du film est éminemment louable et je demeure convaincu qu’il est important de mettre des objets cinématographiques pareils entre les mains des gamins et gamines. Pixar a toujours eu et conservera certainement toujours mon respect sur ce plan-là, ça va de soi. Mais malgré cela, Luca est un nouveau symptôme du mal qui ronge le studio depuis quelque temps maintenant : celui du classicisme.

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Par sa force thématique, sa finesse et la conclusion qu’il apportait à l’arc d’Andy, Toy Story 3 demeure à mon sens le dernier chef-d’œuvre de Pixar. Et c’était il y a déjà 11 ans !

Pour le dire franchement, Pixar tourne en rond, engoncé qu’il est dans une façon de faire qui a fait ses preuves, certes, mais que les créatifs du studio ne réussissent tout bonnement pas à renouveler depuis la fin des années 2000. En conséquence, hélas, le scénario se révèle également très convenu en tant qu’objet de narration, continuant après d’autres d’engager Pixar dans un cycle de classicisme dommageable qui souligne la manière dont le studio manque cruellement d’idées et semble en mode automatique depuis quelques années, à quelques rares exceptions près, suffisamment rares pour être notables. Je pense par exemple à Toy Story 3, exceptionnelle conclusion à une trilogie qui m’aura suivie depuis mes 5 ans et qui me tirera les larmes jusqu’à la fin de ma vie, ou encore Vice-Versa qui brillait par sa façon de concrétiser en images et propositions simples des concepts complexes et difficilement matérialisables. Hormis cela, la recette n’évolue que trop peu et Pixar se contente d’abattre les dernières (très) bonnes cartes qui lui restent : son sens inné de la poésie et sa maîtrise technique absolument exceptionnelle. Viendra cependant un moment où ça ne sera plus suffisant et je fais partie de cette partie de leur public qui estiment qu’on est déjà au moins partiellement entrés dans ce moment.

On aurait en tous cas pu espérer que cette inspiration puisée chez Lord & Miller eut été salvatrice pour ce si grand studio en difficulté mais ce dernier ne semble pas avoir su prendre la chose autrement que comme un cahier des charges à remplir, sans suffisamment réfléchir aux intentions que celui-ci chercherait à mettre à portée. Les douces et belles intentions du récit d’Enrico Casarosa se retrouvent alors en quelque sorte gâchées par ces lacunes grandissantes, comblées seulement par la répétition d’un film à l’autre des seuls quelques points de maîtrise restants, remisant la véritable audace et l’immense originalité dont le studio pouvait se targuer dans les 90s et les années 2000 au placard.

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Le personnage de l’oncle – et la façon dont il est sous-exploité – est un autre exemple de cette manière dont Pixar relègue ses éléments amusants et drôles au second plan. L’intégralité du monde sous-marin rentre également dans ce constat.

En essayant en quelque sorte de se la jouer Lord & Miller, Pixar n’arrive alors que partiellement à proposer une œuvre qui se glisse dans la continuité du mouvement auquel ils appartiennent. Le principal écueil dans cette équation est à mon sens cette forme d’inaptitude à se sortir du carcan dans lequel il s’est fourré. Cela rejoint tout ce que j’évoquais plus haut mais il semble parfaitement clair aujourd’hui que le studio à la lampe ne produit plus que des œuvres qui se répètent et, plus encore, résultent d’une espèce de contrat tacite passé entre les créatifs et leur public. Un peu comme si tout le monde s’était mis d’accord pour dire que « Oui, ok, Pixar aujourd’hui c’est philosophique, poétique et  ça fait chialer ». Si je ne suis fondamentalement pas contre cette vision de choses, je regrette quand même que le studio fasse le choix de ne jouer que ces cartes-ci alors qu’il en a énormément d’autres dans son jeu. Qu’il semble loin, au moment de regarder un Soul ou un Luca donc, le temps où chaque film Pixar profitait avant toute chose d’une idée amusante pour développer son propos. Des jouets qui parlent, des monstres qui font peur mais parce que c’est leur métier, des insectes rigolos…

Dans ses instants fondateurs, le studio arrivait parfaitement à conjuguer ces éléments de divertissement pur avec ses ambitions en matière de propos et de questionnements à soulever, lesquels ne manquaient jamais de pertinence que ce soit auprès des plus jeunes ou d’un public plus âgé. Les scénaristes savaient rythmer leurs récits, les rendre prenants et divertissants. Le studio composait alors sa propre grammaire, laquelle préfigurait par ailleurs le métamodernisme des Lord, Miller et d’autres ! Je garde en tête cette image d’un studio, jeune, qui serait arrivé devant son public en lui expliquant quelque chose comme « Alors là, c’est rigolo parce que c’est des jouets qui parlent et puis c’est dynamique, ils vont vivre de chouettes aventures, mais en même on va quand même parler d’amitié, de loyauté et un peu du sens de la vie ». Cette image adulescente transpirait de chacune de leurs productions, de Toy Story aux Indestructibles.
Mais depuis Wall-E, Pixar mûrit, atteint le stade adulte et s’y plait comme dans les meilleurs chaussons mais perd hélas un peu de sa folie au passage. Remisant le fun pur et dur au placard comme on rangerait une dernière fois ses jouets dans une vieille malle qu’on n’ouvrirait plus jamais, Pixar ne compte désormais plus que sur son sens de la poésie et se donne aujourd’hui l’allure d’un adulte, plutôt intellectuel, qui s’installerait confortablement dans son gros fauteuil au coin de la cheminée, lunettes sur le nez et pipe en bois au bec, lâchant enfin dans un soupir « Ah, la vie… ». Le regard perdu dans l’âtre, le Pixar adulte ne se remémore plus qu’à grand peine l’époque où sa lampe Luxo sautait sur un ballon. Il est trop absorbé maintenant par des interrogations existentielles sur la vie, la mort, le sens à donner à tout cela, la manière de mettre tout ceci à profit autant que possible pour passer la meilleure vie imaginable et accueillir sa fin avec autant de sérénité que possible. Un état d’esprit qui plombait déjà un peu Soul l’an dernier et qui empêche cette fois-ci Luca d’atteindre son plein potentiel de bien-être fait film malgré des intentions indéniables formulées en ce sens pourtant. Plus on avance, plus je perçois la scène finale des adieux de Toy Story 3 comme un symbole, volontaire ou non, de cette évolution dont le studio a fait l’objet. En abandonnant ses jouets entre les mains de la petite Bonnie, Andy s’apparente finalement à un Pixar qui aurait confié ses idées fondatrices à d’autres jeunes créateurs tandis que lui est parti vers de nouveaux horizons.

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Pixar aussi a besoin de faire taire son Bruno à son tour pour retrouver son audace passée !

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Alors non, Luca n’est pas un mauvais film. Au contraire, le dernier-né de Pixar respire la bonne humeur et se livre pour ce qu’il est : un récit touchant d’amitié teinté de douces leçons sur l’acceptation des autres, de soi, pour ce que l’on est et non pour ce que l’on pense devoir être. Enrico Casarosa nous offre avec cette première réalisation (si l’on fait exception du court-métrage La Luna en 2011) une invitation à l’introspection contemplative, presque un conte, le tout en un film aussi racé sur le plan esthétique que joliment référencé. Mais Luca peine à totalement convaincre malgré tout car il signe encore une fois les difficultés de Pixar à s’affranchir des barrières que le studio s’est imposées lui-même durant les années 2010. Frappé par un manque d’inventivité qui le conduit à recycler les mêmes schémas encore et encore, le studio attend toujours le sursaut créatif qui lui permettra de s’engager sur une nouvelle voie, de surfer sur ce qui sera alors sa troisième vague.

Synthèse Luca

Une réflexion sur “« Luca », Enrico Casarosa, 2021

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