En 2014, James Gunn offrait au MCU sa première véritable parenthèse avec Les Gardiens de la Galaxie. Bouffée d’air frais dans un univers ciné partagé où Marvel commençait déjà à bien trop se prendre au sérieux et à semer les graines d’une uniformisation de ses productions, le film pouvait certes sembler bien sage en comparaison des précédentes œuvres – autrement plus sulfureuses – de Gunn mais donnait quand même l’impression de pouvoir sauver les meubles. Presque 10 ans plus tard, le réalisateur remet le couvert pour la troisième fois avec la conclusion de sa trilogie consacrée à Star-Lord et son équipage.

Le retour du fils prodigue ?

On ne va pas se mentir, il est assez surprenant que je sois allé voir Les Gardiens de la Galaxie 3. Détaché que je suis désormais de tout ce que Marvel et Kevin Feige essaient de proposer dans le cadre de leur univers partagé, j’ai réussi à éviter la plupart de leurs sorties récentes, exceptions faites de l’insupportable Spider-Man : No Way Home et de Dr. Strange in the Multiverse of Madness. Et bien que le premier volet des Gardiens demeure un de mes films favoris de cette bien trop longue saga, la perspective d’un troisième volet n’avait rien pour m’enchanter à l’origine. Cumulé à l’overdose de MCU, le souvenir de la déception que fut Les Gardiens de la Galaxie 2 n’avait rien pour alimenter ma curiosité. Malgré cela, je me suis tout de même retrouvé dans une salle de cinéma, paré à découvrir le film. Un retournement de situation que l’on doit essentiellement à des retours bien plus enthousiastes que prévus.

doctor-strange-multiverse-madness-spooky-sanctorum-9a8895d
En dépit de qualités indéniables, Dr. Strange 2 sentait quand même un peu le pétard mouillé.

A titre personnel, la bande annonce du film ne m’avait pas spécialement emballé, mais voilà que soudain, des camarades m’expliquent tous qu’ils ont en fait assez apprécié ce qu’ils ont vu, que ce n’était pas si mal que ça en fin de compte, voire même que ça ferait presque oublier les errances du deuxième volet et la léthargie créative dans laquelle le MCU s’est enlisé depuis la fin des années 2010. La cerise sur le gâteau, c’est Télérama qui la dépose en accordant à ce troisième et dernier épisode la note de deux de ses fameux T, doublé d’une mention Bien. Pas que je fasse de Télérama une référence phare pour dicter ce que je vais aller voir ou non, mais les voir ainsi défendre le dernier-né de James Gunn m’a surpris. Me souvenant au passage qu’ils avaient déjà beaucoup aimé le 1er et bien moins le 2ème, je me dis qu’il y a peut-être quelque chose à sauver de cette production.

C’est donc loin d’être convaincu d’avance que je me suis rendu au cinéma. Néanmoins, je ne peux nier ma curiosité. Celle-ci s’est alimentée ces derniers temps – au-delà des seuls et inattendus retours si positifs que l’on m’a faits – de questions que je me suis posées concernant le film. Je suis en effet curieux de voir comment James Gunn va conclure sa trilogie des Gardiens. Surtout, j’ai envie de voir ce qu’il peut apporter au « cinéma super-héroïque » en 2023, d’autant que le cinéaste a désormais en main les rênes de l’écurie concurrente, DC Studios. Impossible de ne pas s’imaginer de prime abord qu’à travers Les Gardiens de la Galaxie 3, nous pourrions peut-être apercevoir un bout de ce que Batman, Superman et les autres vont devenir sous la houlette de Gunn dans les années à venir.

james-gunn-on-the-suicide-squad-review-bombing-ill-live_xda1.1200
Avec The Suicide Squad, James Gunn prenait tout bonnement sa revanche sur le MCU

La chose sera d’autant plus intéressante à observer qu’entre temps, il a pu déjà mettre un pied chez DC en leur proposant The Suicide Squad, lequel remplissait admirablement bien sa fonction principale : faire oublier l’innommable Suicide Squad premier du nom commis par David Ayer en 2016. Mieux encore, Gunn semblait y avoir eu toute la liberté que Marvel lui avait refusée. Violent et acide, volontiers gore, le film ramenait le réalisateur aux racines de son propre cinéma. Un coup-fourré plus qu’amusant à constater dans le contexte qui était alors le sien.

Pour rappel, James Gunn s’est fait virer par Marvel du jour au lendemain lorsque de vieux tweets de ce dernier avaient refait surface. Des tweets dans lesquels Gunn faisait le Gunn, à savoir en tenant des propos qui – selon toute vraisemblance – relevait de l’humour mais avec le ton qui est le sien : noir, sale, caustique au possible, sinon borderline. Et Marvel/Disney alors de jouer les effarouchés en remerciant le réalisateur pour ses bons et loyaux services, essayant au passage de nous faire croire qu’ils étaient persuadés d’avoir embauché un enfant de chœur. Mais bien sûr, on va croire que personne chez ces gros studios n’avait entendu parler de Super ou d’Horribilis avant cela… Le monsieur a fait ses débuts en bossant pour Troma (maison de production spécialisée dans le nanar volontaire, le plus souvent bien trash) mais apparemment chez Disney et Marvel on a préféré ne se rappeler que du fait qu’il a scénarisé les deux films Scooby-Doo de Raja Gosnell…

Le MCU et la quête du rire

Mais passons… Le fait est que lorsque James Gunn nous a proposé Les Gardiens de la Galaxie en 2014, il a apporté un vent nouveau non-négligeable au sein du MCU. Le film dénotait au sein d’une Phase 2 qui avait gagné en sérieux, tout du moins dans sa tonalité générale (Iron Man 3 et la dépression de Tony Stark, Thor 2 et son côté relativement crépusculaire, Captain America 2 et son goût pour une ambiance plus ou moins parano et nourrie de complots…). Insufflant un humour alors bienvenu, ce premier volet des aventures de Peter Quill et de ses comparses semblait réussir à trouver le juste équilibre entre ce ton voulu sérieux (par des enjeux narratifs qui grossissaient particulièrement alors) et un humour à-même de laisser le MCU rester dans le champ du blockbuster colossal et divertissant.
Le souci c’est que le succès des Gardiens de la Galaxie a donné à Marvel et Disney l’idée de dupliquer la recette. L’année suivante, Ant-Man conclut la Phase 2 en tachant (non sans difficultés) de suivre cette ligne. Confié en premier lieu à Edgar Wright, connu pour sa Trilogie Cornetto et Scott Pilgrim, le film sera finalement réalisé par Peyton Reed, dont les principaux faits d’armes étaient jusqu’alors d’inégales comédies allant de La Rupture ou Bye Bye Love (bof) à Yes Man (déjà plus amusant, quoique très convenu). Le choix enfin de mettre Paul Rudd dans le costume d’Ant-Man était un dernier signe affirmant la volonté de Marvel de continuer à faire rire.

Mais riez enfin, pourquoi vous ne riez pas ? Vous n’aimez pas rire ? Vous n’aimez pas l’humour ?

Mais c’est avec la Phase 3 que cette envie de répliquer la formule qui a donné aux Gardiens leur succès a été véritablement visible. Un paradoxe presque quand on se rappelle que cette phase était là pour emmener le MCU vers une atmosphère toujours plus pesante, annoncée dès le départ par Civil War et bien entendu concrétisée par le diptyque Avengers composé par Infinity War et Endgame en fin de course. Mais au milieu de cela, la maison de Kevin Feige s’obstine à vouloir faire rire, quitte à changer la nature-même de certains de ses héros. Le cas le plus parlant sera bien entendu celui de Thor (et avec lui de Hulk et de Loki) dans Thor: Ragnarök.

Réalisé par un Taika Waititi alors méconnu du grand public mais qui avait tout de même déjà à son actif le très réussi et très drôle Vampires en Toute Intimité, ce troisième volet de la saga du dieu nordique faisait passer ce dernier dans un tout nouveau paradigme, celui du héros dont les accents shakespeariens ne disparaissent pas totalement mais sont tout de même détournés – notamment au cours d’une séquence de théâtre à Asgard – puis s’effacent peu à peu derrière l’envie (également voulue par son interprète principal Chris Hemsworth) de faire de la comédie. Si le résultat n’était au fond pas si mal, en dépit d’un déséquilibre sur la longueur entre la volonté de provoquer le rire et la nécessité de poser des enjeux scénaristiques dramatiques, le chantier pose question.

so-595bf61e66a4bdd3741d1215-ph0
Spider-Man version Tom Holland cristallise à mon sens les défauts de l’humour façon MCU : répétitivité, caractérisation déséquilibrée à cause du besoin de faire des vannes…

Il pose d’autant plus question que la même année, deux autres productions du MCU ont voulu faire rire mais peinaient à bien à le faire. D’un côté, nous avions Spider-Man: Homecoming et de l’autre Les Gardiens de la Galaxie 2, justement. Le premier versait dans un humour faits de gags jouant sur la maladresse de Peter Parker, lesquels pêchaient par leur redondance et la trop grande linéarité du jeu de Tom Holland. On espère qu’il se sortira un jour du carcan de Sony d’ailleurs (il fait la même chose dans les Spider-Man et dans Uncharted, c’est terrible), lui qui peut se révéler tout à fait convainquant dans des rôles dramatiques, à l’image de sa partition dans Le Diable Tout le Temps d’Antonio Campos, sur Netflix. Mais là n’est pas le sujet, aussi revenons-en à nos Gardiens.
Avec leur deuxième film, ceux-là justement semblent s’être égarés dans une recette répliquée à l’identique mais où chaque ingrédient fondamental du succès du premier volet a été mis en plus grosse quantité. La BO faite de titres cultes étaient plaisante dans le premier ? Allez, insistons un peu plus là-dessus dans le 2. Les gens ont aimé le caractère décalé de Drax ? Eh bien donnons lui toujours plus de répliques loufoques et de gags. Le caractère rebelle de Rocket a séduit ? Alors continuons d’en faire toujours plus un rebelle et tant pis pour son background qu’on continuera à seulement effleurer. En conséquence, Les Gardiens de la Galaxie 2 pêchait par orgueil, semblant n’être nourri que du seul désir de réitérer un succès tonitruant connu trois ans plus tôt.

De la difficulté de sortir du cadre

gardiens-galaxie-3
Il tente parfois mais jamais Les Gardiens de la Galaxie 3 ne s’éloigne trop du carcan dans lequel se trouvent ses deux prédécesseurs.

Le retour des Gardiens avec un troisième et dernier volet était donc un événement risqué pour James Gunn. Si ses fans de la première heure et les amateurs d’un cinéma plus trash ont été rassurés en découvrant sa vision de The Suicide Squad, il demeure en tête une crainte, celle de voir de nouveau Marvel et Disney lui mettre les « oh là ». Ce conflit possible sur le plan créatif, alimenté par les tensions qui ont pu exister entre le réalisateur et ses employeurs, n’est cependant pas impossible à comprendre. Déjà âgé de 15 ans, le MCU est une désormais une vieille machine et l’on peut sans difficulté s’imaginer qu’après avoir conquis un public donné (aussi large que possible donc), la maison-mère ne veut pas prendre le risque de proposer un film qui dénote trop. C’est d’autant plus compréhensible que ce film-là s’inscrit comme la dernière étape d’une trilogie et que si l’on pourra regretter que James Gunn n’a pas pu y apporter toute la vigueur de sa patte propre, il serait finalement incohérent de le voir bifurquer trop drastiquement au crépuscule de cette histoire en trois chapitres.

Nulle surprise donc à retrouver dans Les Gardiens de la Galaxie 3 le ton habituel de la série. James Gunn et ses comparses y renouent en effet avec cette recherche d’équilibre entre film d’aventure/action SF et comédie. Pour cela, tous les ingrédients vont de nouveau être réunis dans une recette dont on devine malheureusement trop vite les ficelles. Par la force de l’habitude, renforcé par le formatage dont le MCU fait l’objet, on se doute bien de la manière dont les choses vont se dérouler. Les Gardiens 3 fait donc se succéder gags, scènes d’action et autres répliques censées faire mouche selon une rythmique et un schéma très habituels. En cela, le film ne révolutionne pas son univers et ne résout en rien le problème de formatage dont je parlais juste avant.

A bien y regarder, Les Gardiens de la Galaxie 3 est un produit labellisé MCU comme tous les autres. Il reprend en effet à son compte tous les éléments constitutifs d’une production de la saga et les applique avec un côté un peu scolaire ici. En résulte un film qui, hormis quelques scènes bien fichues, manque un peu de surprise et s’égare même parfois dans une nécessité à remplir un cahier des charges pourtant usé. Me viennent ici en tête des aspects un peu répétitifs qui émaillent le récit, qu’il s’agisse de gags (le personnage de Nathan Fillion et son subordonné peu apprécié) ou de ressorts plus dramatiques (la relation entre Quill et Gamora, qui peine à mener quelque part).

Ce côté très cadré s’observe évidemment jusque dans la mise en scène, où James Gunn s’emploie à donner au public ce qu’il vient principalement chercher. Ce dernier point concerne tout particulièrement les scènes d’action qui, sans être de mauvaise qualité pour la plupart, souffrent à mon sens d’un effet d’usure. Je prends ici pour exemple une scène de bagarre en plan-séquence, plutôt dans le dernier tiers du film. Finement exécutée – à peu de choses près – le passage est plaisant, notamment pour quelqu’un comme qui, comme moi, apprécie de base particulièrement les plans-séquences.
Cependant, j’ai le sentiment d’avoir vu ce genre de choses trop de fois ces derniers temps pour que son originalité me touche en plein cœur. Pire encore, par une répétition à outrance de gimmicks de mise en scène, Marvel a su rendre des moments plus ou moins techniques comme celui-ci trop attendus et prévisibles pour être entièrement satisfaisants. On saluera toujours la qualité du résultat, j’en conviens, mais l’effet de surprise, le caractère exceptionnel d’une touche artistique telle que celle-ci perd de sa saveur. Et la touche artistique en question de ne plus être qu’une ligne de plus dans un « code cinématographique » régi par Marvel/Disney qui, de toute façon, n’a jamais eu grand-chose à faire de la patte de ses cinéastes. On pourra y voir un paradoxe, j’y vois plutôt une forme d’hypocrisie qui trouve ici une énième manifestation.

Par contre, s’il y a bien un truc que j’ai beaucoup aimé, ce sont les costumes

Gardons nous cependant de ne voir que cela et d’enterrer Les Gardiens de la Galaxie 3 trop vite. Car en dépit des défauts qu’on pourra reprocher à chaque film du MCU depuis quelque temps, le dernier-né de James Gunn fait en définitive bonne figure au milieu de tout cela. Disons-le même clairement : c’est plutôt un bon film en fait.

Une sorte de réussite globale que l’on doit au fait qu’en dépit des codes imposés par Disney/Marvel, James Gunn reste un scénariste de métier et a su composer un récit qui non seulement tient la route mais également arrive à jouer de la rythmique souhaitée en y instillant ses propres notes et variations. De fait, sans trop sortir du cadre ferme du MCU, Gunn s’autorise avec talent – sinon avec subtilité parfois – une liberté créatrice toute relative mais bienveillante à l’égard du public. Car tout en livrant avec Les Gardiens 3 le 32ème (!) film de cet univers partagé, il tache également de revenir à une conception plus naturelle du cinéma, où l’auteur arrive à se faire sa place au-delà des impératifs purement financiers. Sam Raimi tentait lui-même la chose avec plus ou moins de réussite sur son récent Dr. Strange in the Multiverse of Madness.

James Gunn joue alors avec des conceptions pré-établies, variant par exemple les manières de faire de l’humour. Là où le MCU, peu inspiré en la matière malgré ses velléités humoristiques, se contente le plus souvent de jouer sur un comique de répétition généralement cristallisé dans des incompatibilités ou des décalages entre personnages rendus alors « drôles » (Dr. Strange face à Spider-Man, par exemple), James Gunn s’emploie ici à ne pas se contenter de cela et, surtout, à éviter de trop grandes redondances. L’affaire souffre hélas d’écueils en la matière, comme je le disais plus haut, mais s’arrêter à cela reviendrait à éluder de nombreuses autres pointes d’humour qui fonctionnent tout à fait. Il n’en demeurera cependant pas moins que malgré ses efforts notables, James Gunn ne vient ici rien révolutionner et cantonne son humour à quelque chose de très convenu dont la principale réussite aura été d’être utilisé à bon escient.

guardians-of-the-galaxy-volume-3-movie-picture-01
Rocket est au centre de ce troisième épisode. En interview, James Gunn a par ailleurs affirmé qu’il a toujours pensé la vie de Rocket comme le cœur de la trilogie.

C’est plutôt dans sa partie plus dramatique que Les Gardiens de la Galaxie 3 trouve ses meilleurs moments d’écriture, à bien y regarder. Largement centré autour des origines et du destin de Rocket Raccoon – jusqu’ici très peu explicités par les deux précédents volets -, le film s’offre quelques bien jolis moments où se succèdent tendresse et tristesse.

Il est amusant au passage de constater que ce focus sur les origines tragiques du personnage n’intervienne que maintenant, deux ans après la sortie du jeu vidéo Guardians of the Galaxy, par Eidos Montréal et Square Enix. Déjà en 2021, le jeu caractérisait le personnage au-delà de son seul côté rebelle et barré, évoquant sans détour les expériences dont il a fait l’objet et qui l’ont conduit à être ce qu’il est désormais, physiquement et psychologiquement. A noter d’ailleurs que le jeu, par le seul texte, livrait alors un travail sur le personnage plus efficace et touchant que tout ce que les deux premiers films (avec lesquels le jeu n’a aucun lien, précisons) avaient réussi à faire, un constat qui vaut également pour Drax soit dit en passant. De là à penser que tout ceci aura rappelé à James Gunn qu’il fallait qu’il approfondisse son Rocket, il n’y a qu’un pas.

En conséquence, voilà le raccoon de l’espace mis au premier plan du film de deux manières : en en étant l’un des enjeux principaux et en donnant lieu à un certain nombre de flashbacks permettant d’épaissir son background. Gunn compose alors son récit autour de cela, faisant le choix d’une non-linéarité certes classique mais néanmoins efficace, chapitrant avec efficacité et finesse les différentes étapes de la vie du jeune Rocket. Les ruptures qu’il impose entre chacun de ces passages permettent à l’ensemble de connaître un crescendo émotionnel tout à fait louable trouvant son point d’orgue lors d’une séquence double, mêlant le présent et le passé, et où même Chris Pratt – qui fait pourtant l’objet de mon désamour le plus total – a su titiller ma corde la plus sensible.

De l’ensemble de ce récit dans le récit, je retiens les talents d’auteur de James Gunn, qui rappelle qu’il est plus que capable de dessiner des personnages qui ne soient pas trop homogènes, trop monolithiques, qui ne soient pas là que pour faire rire en l’occurrence. Un constat qui vaut, là encore, aussi pour Drax, dont la fibre la plus touchante ressort progressivement tout au long du film. Et si tout n’est pas parfait (les personnages de Nebula et de Mantis demeurent à mon sens trop caricaturaux, chacune dans leur style), je ressors tout de même des Gardiens de la Galaxie 3 avec l’impression qu’on a cherché à me raconter une histoire mais aussi des personnages. Enfin !

Les adieux parfaits, ça n’existe pas

Au fond, la principale réussite de ce Gardiens 3 aura été là, dans cette pêche à l’émotion qui – à ma grande surprise – a su fonctionner. Réprouvant un tant soit peu ce besoin devenu trop viscéral pour le MCU d’être à la fois très premier degré et prompt à sortir des vannes à tout bout de champ, Gunn a su donner à ses Gardiens un joli dernier baroud d’honneur. Mêlant avec une plus ou moins grande force selon les passages cette recherche de l’émotion à son récit principal, le scénariste/réalisateur propose en définitive un film dont on réussira à garder des souvenirs nets de son intrigue, même quelque temps après l’avoir vu, ce qui n’était hélas pas le cas de tous les Marvel les plus récents. Je serais bien incapable de vous raconter le scénario de Dr. Strange 2 au-delà de ses très grandes lignes par exemple ou de vous dire autre chose du dernier Spider-Man (celui de Tom Holland hein) que le simple fait qu’il y a deux autres Spideys dedans…

A mon sens, ce qui fait que l’affaire fonctionne ici, c’est que là où les autres films ne sont que des productions de plus visant à engranger les dollars et poursuivre l’inarrêtable continuité du MCU, Les Gardiens 3 a une autre dimension. Oh bien sûr, lui aussi vise à faire perdurer la machine (en attestent les lignes finales qui apparaissent en toute fin de générique) mais il occupe également une place particulière en étant le dernier film de James Gunn sur ces héros mais aussi pour le MCU, avant son départ définitif vers DC Studios.

BTXLREBNJVFL5CGYJMLP4H26EA
Quelle déception que cet Adam Warlock…

James Gunn semble alors vouloir en finir avec sa trilogie de la meilleure manière qui soit, livrant en quelque sorte le testament de son passage chez Marvel. D’où ce film loin du trash bien plus assumé de The Suicide Squad. D’où également cet amour étalé en long et en large pour tous ses personnages ainsi que leurs interprètes respectifs (chacun trouvant sa part de lumière dans ce film). D’où enfin un film qui se soucie moins de ses enjeux transversaux avec le MCU que de son besoin d’abandonner ses protagonistes avec le meilleur final possible.

Il y a dans ces Gardiens de la Galaxie 3 une sorte de mélange entre le dramatique des adieux entre un créateur et sa création, et une forme d’optimisme. Un optimisme que j’ai le sentiment de voir Gunn distiller dans tout son film en dépit des enjeux les plus forts qui secouent ce dernier et qui consiste à dire que « Vous voyez qu’on peut faire quelque chose avec ces personnages autre que de l’argent ». Je doute que le message trouve véritablement son chemin jusqu’aux oreilles de Kevin Feige mais je ne peux qu’apprécier qu’il soit dit quand même. Il est simplement dommage qu’il arrive si tard dans l’histoire des Gardiens et dans celle du MCU. Jeté tel une bouteille à la mer dans l’empressement de l’ultime travail mené, le message – si tendre qu’il soit – dissout au passage un certain nombre de choses du film, dont la pertinence d’une partie de ses personnages secondaires. Kraglin (Sean Gunn) n’arrive en cela pas à mettre en avant son parcours pour devenir « le nouveau Yondu ». Cosmo semble être là comme un cheveu sur la soupe et voit son rôle réduit à celui de deus ex machina malhabile.

Enfin, Adam Warlock est clairement celui qui pâtit le plus de ce déséquilibre. Dans les comics, Warlock est tout bonnement l’un des êtres les plus puissants qui soient, sa présence impériale hantant à de nombreuses reprises les pages des publications Marvel depuis sa création en 1967. Ici, cet être voulu « plus que parfait » se voit réduit à celui d’un second rôle ambivalent, tantôt antagoniste, tantôt faire-valoir humoristique, souvent les deux à la fois. Warlock, à l’instar des autres personnages que je viens d’évoquer, peine finalement à trouver sa juste place et n’en devient alors qu’un ressort scénaristique de plus, élément déclencheur du récit puis porteur de péripéties plus ou moins annexes à l’intrigue principale pour, finalement, être lui aussi une sorte de deus ex machina… James Gunn, en voulant se concentrer sur ses adieux aux Gardiens, en oublie alors presque de traiter avec bienveillance ses autres personnages. Un mal pour un bien nous dirons-nous…

Ce qui viendra également sauver le film à mon sens, en plus du caractère touchant des adieux que James Gunn y fait à ses Gardiens, c’est le fait que ce dernier a également su puiser dans ses références et influences cinématographiques pour essayer de dénoter au sein d’un MCU bien trop uniformisé. Difficile de dire pourquoi ou comment Gunn a pu prendre cette latitude mais le fait est qu’en dehors des qualités techniques globalement satisfaisantes du film, on se plaît à voir le cinéaste ainsi s’exprimer. On n’aura certes pas eu le Gunn trashos ici mais on aura au moins eu celui qui aime le cinéma et qui compte bien s’amuser avec.

Ainsi en va-t-il des fameux costumes spatiaux colorés des Gardiens, référence à 2001 : L’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick et peut-être aussi à Destination…Lune ! (Irving Pichel, 1950). On pourra aussi penser aux combinaisons des gardes (dont Nathan Fillion), qui ne seront pas sans évoquer le costume du Baron Harkonnen dans le Dune de David Lynch. Qu’ils s’agisse de clins d’œil de ce type ou de références dans la photographie (bravo à Henry Braham d’ailleurs, autrement plus inspiré que sur le précédent volet), Les Gardiens de la Galaxie 3 nous rappelle qu’il est encore possible de faire quelque chose avec ces blockbusters super-héroïques.

guardians-of-the-galaxy-vol-3
Tout ce que ce personnage fait aurait mérité d’être encore plus explicité pour jouer sur une brutalité qui aurait permis au film de pleinement se démarquer.

Hélas, l’affaire n’aboutira jamais vraiment à un film qui soit du cinéma dans la forme la plus artistique qui soit. Car si l’on sent tout le temps les petites mains de James Gunn s’amuser à travailler une fresque de qualité sur le plan esthétique, on sent aussi surtout les plus grosses paluches de Disney et Marvel qui reprennent régulièrement les rênes en main pour freiner les ambitions créatives des quatre fers. On ressent une forme de frustration à plusieurs reprises dans ce film lorsque l’on assiste à des tentatives (désespérées finalement) de pleinement sortir du cadre avant que celui-ci ne s’impose de nouveau avec force.

L’exemple le plus parlant qui me vient en tête est celui de la fameuse séquence de bagarre en plan-séquence que je mentionnais plus haut. Au cours de cette scène, nombreux sont les adversaires à se retrouver blessés ou tués par les Gardiens. On s’imagine alors quelques giclées de sang de ça de là histoire d’assaisonner la scène : que nenni ! Aussi idiot que cela puisse paraître, nous ne verrons lors de ce passage (et d’autres) que les quelques fluides verdâtres qui émanent d’extra-terrestres. Les humains, eux, auront beau être abattus ou même tranchés par la lame de Gamora, rien. Pas une goutte d’hémoglobine, alors même que cela aurait pu servir l’esthétique de la scène par ailleurs. Les Gardiens de la Galaxie 3 est, pour tout dire, d’une timidité affolante sur ce plan. On pensera également à une séquence où le jeune Rocket se laisse porter par la fureur : c’est tout juste si le caractère sanguinolent de la chose nous est mis devant les yeux.

Le film, trop conscient de sa nécessité de capter le très grand public, s’épargne en définitive des moments où la violence, loin de n’être là que pour le plaisir de la violence en elle-même, aurait pu servir tant le propos que l’esthétique générale (les enregistrements des expériences menées sur Rocket, si importants et pourtant hors champ). Au final, son testament sur Les Gardiens, James Gunn n’aura pu que le rédiger avec un contrôle tout relatif. Coincé entre ses inspirations artistiques et les attentes de la production, Les Gardiens de la Galaxie 3 est une œuvre qui tente le tout pour le tout mais sans y arriver. Elle est le fruit d’un désir de liberté mais reste prisonnière de la cage formelle du MCU. Elle est à l’image de Rocket Raccoon.


Tels sont donc les adieux aux Gardiens. Avec ce troisième volet, James Gunn livre une forme de testament, un témoignage de ce qu’il a voulu faire et de ce qu’il aurait pu faire si on lui en avait donné le temps et la liberté. Les Gardiens de la Galaxie 3 n’est certes pas un chef-d’œuvre mais ça reste un film correct. Mieux encore, l’ultime participation de James Gunn au MCU cherche à être une œuvre en tant que telle, et non un simple produit de plus dans une gamme depuis trop longtemps exploitée. Le projet ne connait pas l’aboutissement qu’il mérite, malheureusement. Avec Gunn, c’est également nous qui faisons nos adieux à ces Gardiens et l’on a envie aujourd’hui de tourner la tête vers DC en espérant que cet homme arrivera à faire quelque chose de ces intentions qu’il va peut-être enfin pouvoir libérer.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Mémo

Le blog est désormais en vacances !
Retour aux affaires prévu vers la mi-Janvier !
D’ici là, passez d’heureuses fêtes de fin d’année !

~ Gaëtan