Note de lecture n°31 : « Batman Rebirth », Série complète

C’est la rentrée sur le blog ! Ça y est, nous y voilà, un mois après tout le monde je reprends doucement le chemin de mes activités habituelles. A celles et ceux que je n’aurais pas croisé(e)s ici ou ailleurs au cours de ces derniers temps, j’espère que tout va pour le mieux. Que les vacances ont été aussi douces que possible, qu’elles ont fait du bien et que vous avez pu redémarrer sur les chapeaux de roue afin de conclure cette année avec le brio que je vous connais évidemment. En ce qui me concerne, j’entame avec cet article une nouvelle saison pour le blog. La septième déjà ! Et j’espère que cette saison 2020-21 sera moins chaotique que la dernière. En attendant de le découvrir dans les mois qui viennent, voici celui qui en sera le premier article.

Je vous avais laissés il y a quelques mois avec un papier portant sur les deux premiers tomes de la série de comics Batman Rebirth. Constituant ce qui était alors la nouvelle série principale des aventures de l’Homme Chauve-Souris chez DC Comics, ces deux volumes composés par Tom King au scénario et (principalement) David Finch et Mikel Janín au dessin m’avaient laissé particulièrement enthousiaste. Souvenez-vous, j’y trouvais de nombreuses qualités : des compositions esthétiques intelligentes, quelques partis-pris scénaristiques intrigants, une poignée de nouveaux personnages suffisamment bien pensés pour attiser la curiosité et surtout l’envie d’en découvrir davantage. Faisant suite au run de Scott Snyder et Greg Capullo – étalé sur 9 tomes édités en France par Urban Comics – ces nouvelles aventures offraient le droit de formuler de bons espoirs quant à la tournure qu’allaient désormais prendre les choses. Rappelons-le une dernière fois : après trois premiers tomes franchement cool, la série de Snyder et Capullo a doucement mais sûrement battu de l’aile puis périclité pour finalement s’achever au cours de 2-3 ultimes volets assez dispensables… Voir ainsi Batman revenir en aussi grande forme était donc une gageure.

Exit Tom King

Mais comme toute chose a une fin, la série Batman Rebirth a connu son terme assez récemment, avec un douzième tome paru en Juin dernier et que j’ai, pour l’anecdote, eu un mal fou à dénicher à Paris… Enfin bref, j’ai néanmoins pu mettre la main sur le livre tant convoité et quelle ne fut pas ma surprise au moment de le saisir : il est bien plus épais que les autres ! Fort de 336 pages au lieu des 160-200 habituelles (à peu de choses près), celui qui s’intitule La Cité de Bane voit son épaisseur s’expliquer assez simplement par le fait que Tom King s’est vu débauché de cette série plus tôt dans l’année par DC. Alors que le scénariste était censé mener l’affaire sur 100 numéros (nous parlons ici de numéros dans leur édition « kiosque » américaine) et ainsi achever son récit au numéro 105, il s’est finalement arrêté au numéro 85. Une rupture qui provoque deux choses. Premièrement, sortir des volumes français dans leur format habituel aurait provoqué la sortie d’un ultime ouvrage beaucoup plus court que les autres. Afin de palier à cela, autant en sortir un plus épais (et plus cher, pas fou). Deuxièmement, cette rupture – vraisemblablement due à une baisse des ventes, au moins en partie – implique également de conclure ! Et voilà qu’il faut le faire avec 20 numéros d’avance sur le planning ! La crainte est alors là de voir les choses se précipiter et ainsi conférer à ce final un sentiment d’inachevé…

Mais avant de parler de cette fin, il faut évoquer tout ce qu’il y a eu avant. En l’espace de 12 volumes (je reprendrai à partir d’ici la numérotation des volumes édités par Urban en France), il s’en est passé des choses ! Globalement, le fil rouge de ce run pris dans son intégralité tourne autour de deux éléments centraux : le retour de Bane d’une part et la relation entre Batman et Catwoman d’autre part.
Au sein de ces deux éléments fondateurs pour le récit développé par Tom King, la manière dont le scénariste a orchestré les choses est assez intéressante à observer. Alors que les deux premiers tomes semblaient avoir établi une sorte de hiérarchie entre ces deux piliers, voilà que cette dernière se renverse progressivement dans les volumes suivants. Ou plutôt, disons que la suite des aventures tend à laisser croire que cette hiérarchie que nous prenions pour un postulat de base n’existait tout bonnement pas. King alors de faire doucement mais sûrement dévier son scénario afin de ne plus faire de Bane et de son attaque l’élément principal, rôle dévolu alors à cette relation Bat/Cat que je mentionnais plus haut. Un choix audacieux qui aura cependant réussi à la fois à grandement servir et desservir cette série !

La relation entre Batman et Catwoman est visiblement très importante aux yeux de Tom King, si l’on en croit cette série mais aussi le one shot intitulé A la Vie, A la Mort, également signé par ce dernier.

Dans les premiers temps de la lecture, tout laissait croire que l’affrontement avec Bane allait être une guerre de longue haleine, faite de nombreux retournements de situations et de multiples péripéties en tous genres. Très vite néanmoins, l’on comprend que cette lutte va peu à peu passer au second plan, au bénéfice d’autres éléments d’intrigue tels qu’une bataille rangée entre le Joker et le Sphinx dans le tome 4 (La Guerre des Rires et des Enigmes) ou encore une violente attaque de Poison Ivy dans le tome 6 (Tout le Monde Aime Ivy). Le colosse qu’est Bane se trouve alors remisé au seul statut de menace lointaine et son plan n’en devient qu’un long serpent de mer. Sans cesse sous-jacent dans le récit, il semble se faufiler comme il peut afin de ressurgir en de propices instants.

En parallèle, et c’est que j’évoquais quelques lignes plus haut, l’histoire qui lie Batman et Catwoman suit le cheminement inverse. D’une énième envie de mettre ces deux personnages en scène ensemble et de jouer ponctuellement sur l’ambivalence de leur relation (ce qui est fait dans les 2-3 premiers tomes de la série), voilà que nous nous retrouvons rapidement pris dans un tourbillon inattendu.
De fil en aiguille, Catwoman s’immisce toujours plus dans le récit général, jusqu’à en devenir – parfois – aussi importante que Batman. C’est ici que le choix de s’intéresser autant à ce personnage et à son rapport à Batman va diviser. Comme je le disais, ce choix de traitement va d’un côté éminemment servir l’histoire qui nous est narrée. King se donne en effet l’opportunité d’explorer certaines thématiques à commencer par celle de la relation forte qui unit les deux personnages, comment ils s’opposent et se répondent à la fois. Ici, le scénariste n’esquive rien, aucun sujet, de l’ambivalence qui les relie (épris l’un de l’autre mais en même temps opposés dans leurs visions du monde et de la justice) à la perte des proches, à commencer par les parents. King n’évite rien donc et n’hésite pas pour cela à consacrer des pans entiers de son run à ce vaste sujet, quitte à en oublier parfois les bases qu’il lui avait pourtant données dans les premiers numéros. Quitte également à entraîner son projet sur une déviation surprenante et, malheureusement, assez mal menée…

C’en est à se demander si l’on n’a pas assisté à la naissance d’un nouveau Dynamic Duo finalement…

Mais avant de revenir sur ce revers de la médaille, précisons tout de même que cette approche aura permis à Tom King de distiller tout son amour pour ces deux iconiques personnages et pour tout le Batverse dans ses cases, chaque phylactère suintant de cette passion qui anime indéniablement l’auteur. En témoigne également la façon dont il va se nourrir des écrits passés pour alimenter sa propre création concernant ce tandem. Multipliant à l’envi les références à d’anciens récits qui mettaient déjà en scène Batman et Catwoman, King fait le pari de s’appuyer sur la légende pour forger sa participation à cette dernière.
Ce n’est pas trop vous gâcher le plaisir que de vous dire que dans cette optique, il renvoie notamment à deux récits majeurs. L’un n’est autre que le tout premier numéro de Batman, dans lequel le Dark Knight croise déjà le chemin de la voleuse. L’autre est le Year One de Frank Miller et David Mazzucchelli où, là encore, les deux personnages se rencontrent. Deux versions d’un premier contact qui vont servir ensemble à contribuer au propos développé par King. Ce dernier n’est d’ailleurs pas tant centré sur la seule relation factuelle entre Bat et Cat mais cherche selon moi à regarder encore au-delà de ça. En mettant en scène les deux personnages en train de se chamailler sur laquelle de ces deux histoires est leur première véritable rencontre, l’auteur cherche moins à raconter une histoire d’amour qu’à montrer comment cette dernière a su au fil des années et des décennies s’élever au même niveau de légende que l’ensemble de l’univers dans lequel elle prend place. A sa manière, Tom King nous rappelle que Batman ne sera jamais totalement Batman sans Catwoman pour sortir les griffes face à lui ou à ses côtés.

Alors oui, c’est bien beau tout cela et on aurait même tendance à être d’accord sur le fond mais encore faut-il que tout soit aussi bien composé que possible. Hélas, cent fois hélas, cet arc Batman Rebirth ne peut pas totalement y prétendre… Malgré les évidentes qualités de cet arc, on ne peut nier que l’optique privilégiée par son auteur vient régulièrement appesantir l’ensemble. Ralentissant souvent le récit et le rendant même carrément plan-plan parfois, cette approche ne se fait pas sans heurts. Certains tomes se montrent ainsi particulièrement laborieux. Ici, je pense tout particulièrement au tome 5 (En Amour comme à la Guerre), dans lequel l’apparition du couple Superman/Loïs Lane n’enlève rien aux longueurs dont ce volume souffre.

Observer cette relation, c’est cool en soi mais à la longue, ça deviendrait presque redondant…

Il me revient également en tête le tome 8 (Noces Noires), bancal à plus d’un titre. C’est dans ce volume-ci que doit avoir lieu LE grand événement de la série. Si vous suivez d’assez près l’actualité comics, vous savez sans doute déjà à quoi je fais référence même sans lire Batman. Pour les autres, rassurez-vous : je ne vous dirai en aucun cas de quoi il en retourne et cet article va se poursuivre sans le moindre petit spoil. Mais le fait est que ce tome 8 est là pour mener à son aboutissement un événement annoncé depuis quelques volumes alors et que l’on a hâte de voir arriver pour deux raisons : la première c’est que ce n’est pas rien ce qui est censé se passer ; la seconde c’est qu’on arrêtera peut-être de nous en parler dans les tomes suivants du coup. Seulement voilà, Tom King n’est pas du genre à faire ce qu’on attend de lui et c’est avec une certaine brutalité qu’il rappelle à l’ensemble de ses lecteurs et lectrices que cet arc sur Batman n’appartient qu’à lui ou presque.
Et tout ce montage de devenir vain en l’espace de quelques planches ! L’événement tant attendu, teasé pendant des mois et dont les prémices se sont égrainés jusque dans les ultimes pages de ce maudit tome 8, n’aura pas lieu. Point. Tom King prend tout le monde de court en cet instant et l’on se retrouve bien interdits face à ce revirement inattendu. D’un côté, on se dit tant mieux car au fond, on n’en voulait pas vraiment de cette grosse proposition. De l’autre, on se mord les doigts d’avoir parcouru tant de pages pour rien. Qu’on se le dise, à ce stade du run, il y a une sacrée dose de frustration qui s’exprime. On ne peut pas s’empêcher de se le dire : tout ça pour ça ? Mais on s’accroche néanmoins et l’on poursuit la lecture dès le tome 9 car on se demande malgré tout, avec le recul, si cet acte manqué volontaire ne va pas avoir son petit impact sur la suite. Ce passage clos, King revient en effet sur les sentiers tracés en ouverture avec Bane et malgré la grande qualité dont fait preuve cette nouvelle étape de l’affrontement, il ne peut s’empêcher de revenir sur ces événements entre Batman et Catwoman dans sa conclusion d’arc. Et quelle conclusion… Si la fin qu’il apporte au récit centré autour de Bane m’a quant à elle beaucoup plu – arrivant après une enchaînement haletant de péripéties et retournements de situation – tout ce qui touche à cette interminable relation a fini par profondément me lasser.
Un sentiment que l’on doit énormément, il ne faut pas se mentir, à la déception de ce tome 8 : réunissant de très nombreux talents (Frank Miller, Lee Bermejo, Neal Adams, Rafael Albuquerque, Andy Kubert, Tim Sale, Jim Lee…), Noces Noires avait tout d’une grande fête ou tout le gratin se réunit pour une jolie célébration. Hélas, loin des promesses que cela amenait sur le papier, le tout retombe douloureusement comme un soufflé que je n’ai vraisemblablement pas digéré, ne continuant d’acheter la série que pour les aventures de Batman hors de ce sujet-là. Comme un coup de grâce cependant, Tom King y revient donc et renouvelle la même sensation de temps perdu à pavoiser encore et encore sur cette relation dans l’ultime tome de la série – le douzième -, lors de séquences aux allures de vacances qui nous crient par la même occasion au visage le manque de cohérence dont ce final fait énormément preuve. Notons rapidement que l’incohérence constitue d’ailleurs un défaut qui se fait remarquer à plusieurs reprises dans tout le run (certains personnages morts mais en fait pas du tout, d’autres dont nous ne sommes pas trop sûrs du sort…).

Cet événement annulé aura au moins servi à cela, même si le lien qui unit l’ensemble reste un peu tiré par les cheveux.

Je râle, je râle mais comme on dit : qui aime bien châtie bien. Et je l’aime bien cette série malgré tout. J’irai même jusqu’à dire que si l’on omet tout ce que je viens d’évoquer concernant le pan de scénario centré sur le duo Bat/Cat, on est là sur une série qui a de quoi argumenter. Et là où le run de Snyder et Capullo n’arrivait plus à faire autre chose que décliner à partir du 5ème ou 6ème tome, King et Janín ont quant à eux su maintenir un certain degré d’exigence dans leurs travaux. Evidemment, tout n’est pas digne du statut de chef-d’œuvre et je pense pouvoir affirmer qu’une fois passés les 4 premier tomes, la série ne réussira jamais à retrouver l’excellence de ces volumes de départ.

La couverture du tome 10, par Franscesco Mattina.

Pour autant, il ne faut pas nier la qualité générale de cette série dont la principale faiblesse repose finalement sur l’impossibilité de Tom King de la mener à son terme tel que prévu à l’origine. Malgré cela, Batman Rebirth sait faire preuves de nombreuses fulgurances, où le scénariste sort parfois des récits principaux qui animent son run pour s’attarder sur des éléments plus recherchés, plus fins et par conséquent plus intéressants. Sans en aucun cas s’affranchir totalement de son fil rouge, il extrapole parfois pour notre plus grand bien et si cela aura pu donner lieu à quelques instants de torpeur comme dans le tome 5 (cf. quelques paragraphes plus haut), ces idées auront également donné lieu à quelques extravagances bienvenues comme ce fut le cas avec le tome intitulé Cauchemars (le dixième). Au cours de ce tome (et sans trop vous en dire), Batman est prisonnier d’une machine qui le force à vivre divers cauchemars. Un concept qui amène d’une part ce volume à jongler d’un style et d’une ambiance à l’autre ainsi qu’à répondre aux événements du tome 8, à en dessiner les conséquences sur la psyché-même de Batman. Voilà qui répond d’ailleurs un peu à ce qui avait été esquissé dans les premiers tomes où, comme je l’expliquais dans l’article dédié, le personnage de Catwoman poussait Batman à s’interroger sur le justicier qu’il voulait être. Le schéma se poursuit ici, avec d’autres problématiques et une autre façon de faire mais on ne niera jamais l’intelligence avec laquelle Tom King questionne le super-héros qui lui a été confié. Batman Rebirth, c’est beaucoup de cela en effet, une recherche constante (et parfois pompeuse, sans se cacher la vérité) de ce qui fait ce héros, des bases sur lesquelles ils s’est construit et continue de le faire. Toute l’aura de Batman trouve à mon sens une saveur particulière dans ce run malgré les défauts inhérents de ce dernier.

Si son contenu est intrinsèquement lié aux tomes précédents, Cauchemars pourrait presque être lu à part tant il a une proposition bien à lui.

Questions audace, Tom King en fait également preuve lors de certaines séquences particulièrement marquantes et même brutales. Comment ne pas penser ici aux actes de KGBeast, à l’affront fait par Bane à Batman au sein même de la Batcave ou encore à cet événement tragique que la série nous met sous les yeux dans son ultime tome ? En cet instant, Tom King signe un passage d’une importance rare dont l’impact sera nécessairement à mesurer dans la suite du Batverse. Je conclus enfin quant à tout cela en évoquant le récit court calé à la fin du tome 8. Au cours de quelques pages, ce n’est plus Batman que nous suivons mais Bruce Wayne, membre du jury dans un procès à l’encontre d’un Mister Freeze qu’il a auparavant capturé dans le costume de chauve-souris. Ici, King développe tout un propos autour de la vision que Wayne a du Batman qu’il est devenu et compose ainsi un éphémère chapitre où le protagoniste emmène les lecteurs et lectrices dans une forme d’introspection coupable. Répondant par ailleurs habilement aux événements narrés dans le cours principal du récit de ce même tome 8, cet épisode est un des plus marquants que j’aie pu lire dans cette série.

A ce stade de l’article et avant de conclure, je m’autorise un aparté pour vous recommander une autre lecture si jamais il vous prend l’envie de vous plonger dans Batman Rebirth. Rassurez-vous immédiatement, je ne compte pas vous envoyer lire 10 ou 15 volumes d’une quelconque autre série mais un simple one shot. Il s’agit ici du récit Le Badge, que l’on doit à Tom King et Joshua Williams au scénario, accompagnés qu’ils le sont par Jason Fabok et Howard Porter au dessin. Dans cette aventure qui amène Batman à croiser le chemin de Flash, plein de choses très importantes pour l’ensemble du Batverse de l’ère Rebirth sont mises en place. Il y a d’abord ce fameux badge qui préfigure déjà l’arc Doomsday Clock encore inédit en VF et attendu dans l’Héxagone pour le 23 Octobre prochain. Mais aussi et surtout, Le Badge marque le retour d’un univers parallèle bien précis de l’univers DC qui se trouve justement être particulièrement important au regard de la série Batman Rebirth qui nous intéresse ici ! Quiconque se lancerait alors dans l’aventure portée par King et Janín devrait donc selon moi se pencher avant toute chose sur cette autre histoire, à laquelle de nombreux échos sont faits dans le dernier tiers de Batman Rebirth.

A lire !

Aparté terminé, je m’élance donc dans une dernière courte ligne droite avant d’en finir avec ce papier pour vous parler du dessin. Si David Finch était à l’ouvrage sur Mon Nom et Gotham, le tout premier tome de la série, c’est clairement Mikel Janín qui aura été le maître d’œuvre de l’ensemble de la série. Avec cet illustrateur plus que talentueux, j’ai eu l’occasion de découvrir des planches de toute beauté, le Mexicain tâchant d’apporter à son dessin un sens du détail et de la précision qui rejaillit de presque tous les éléments qu’il croque. Aussi doué pour de petits cases misant tout sur un détail précis que pour des planches d’ensemble dignes de plans-séquence, Janín offre une véritable plus-value à cette série qui vaudrait presque le détour rien que pour son art.

Extrait du travail de Joëlle Jones. Faut aimer quoi.

L’illustrateur n’est cependant pas le seul à qui Tom King aura fait appel au cours de ces années Rebirth puisque nombre de collègues sont également passés par là, avec plus ou moins de réussite. On pensera ici notamment à Joëlle Jones, principale illustratrice du tome 5 – En Amour comme à la Guerre – et dont le style général ne m’a hélas pas plus parlé que ça. Un peu moins fin que celui de Janín, le trait de celle que l’on retrouve notamment sur la série Catwoman lancée en 2018 s’avère finalement un tantinet moins appréciable, conférant à ce tome 5 déjà un peu caduc une saveur assez particulière douce-amère qui l’empêchera de rentrer dans les annales. On pourrait également citer les participations ponctuelles de Tony S. Daniel ou de Clay Mann mais je vous renverrai bien plus volontiers à l’extase visuelle que constitue le tome 10, Cauchemars, où se croisent les talents aussi divers que variés de Mikel Janín toujours mais également de Mitch Gerards, Lee Weeks ou encore Jorge Fornes dans une constellation de talents qui vaut son pesant de cacahuètes. Reste qu’à l’issue de tout cela, Mikel Janín demeurera celui qui aura accompli le plus merveilleux travail sur les dessins de cette série, provoquant une hâte certaine de découvrir ses futurs projets.

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L’exhaustivité qu’aurait induit l’exercice de vous parler de tous les tomes de la série individuellement n’étant pas au rendez-vous (heureusement pour vous comme pour moi), nous voici au terme de ce premier article de la saison ! Le moins que l’on puisse dire avec Batman Rebirth c’est qu’à défaut de pleinement marquer son temps, elle aura su secouer son monde parmi ses lecteurs et lectrices. Entre promesses intenables et revirements soudains, entre réflexion profonde sur la nature-même de Batman et retour régulier à des choses bien plus terre-à-terre, Tom King aura réussi à concevoir et conduire un récit dont la richesse réside surtout dans ce caractère entier. L’auteur n’était pas là pour faire semblant ou ne faire les choses qu’à moitié. Il s’est investi dans ses travaux quitte à ôter parfois au public ce sentiment d’appartenance que nous pouvons développer entre l’œuvre et nous. Batman Rebirth est avant tout le résultat des questionnements de King sur son personnage et c’est ainsi qu’il faut prendre cette série. Je ne considère d’ailleurs pas à ce titre qu’il s’agisse là d’une porte d’entrée idéale pour les nouveaux lecteurs, que l’on continuera d’aiguillier bien plus volontiers vers les Batman de Snyder et Capullo. Batman Rebirth se conclut donc et laisse d’ores et déjà place à sa remplaçante, la série Batman – Joker War menée de front par James Tynion IV au scénario et – pour ce qui est du premier tome – Guillem March, Tony S. Daniel et Jorge Jimenez au dessin.

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