« OlliOlli World » : Le jeu de skate revu et corrigé

Bien qu’ayant toujours été intéressé par la culture skate, en bon petit garçon né dans les années 1990, je n’ai jamais poussé la chose jusqu’à jouer à des jeux de skate et à l’heure où certain(e)s s’adonnaient avec joie aux différents épisodes de Tony Hawk’s Pro Skater, je poursuivais mes propres aventures sur des titres qui m’attiraient davantage. Tant et si bien que mon premier jeu de skate, je ne l’ai eu que l’an dernier avec OlliOlli : Switch Stance, compilation regroupant les deux jeux OlliOlli sur Switch et dont je vous parlais dans ma sélection indestivale 2021. Quelques mois plus tard, OlliOlli World est sorti et c’est un sacré pas en avant qui a été réalisé.

En-tête OlliOlli World

OlliOlli avait été une bonne surprise. J’en parle d’ailleurs au singulier mais comprenez que ce sont bien les deux premiers épisodes de la licence que j’évoque ici. Avec ce titre en tous cas, le studio Roll7 marquait le jeu de skate de son empreinte en le sortant du bon vieux format classique imposé par les jeux Tony Hawk que je mentionnais en introduction. Forts de l’aura du célèbre skateur et d’une qualité générale tout à fait louable, ces titres-ci avaient en quelque sorte posé l’alpha et l’omega de ce que « devaient » être les jeux modernes de ce genre au crépuscule du XXème siècle. Une (re)définition des codes qui aura porté ses fruits pour la série elle-même, ses différentes itérations rencontrant chaque fois un succès public et commercial certain, mais également pour les autres softs de sports dits extrême, y compris hors du seul champ du skateboard. On pensera notamment aux jeux de snowboard, avec certaines licences telles que SSX et qui ont très nettement tiré les leçons des Tony Hawk’s, en dépit de la volonté de conserver un aspect course assez naturellement induit par le fait de surfer sur des pentes avec un point de départ et une ligne d’arrivée. Mais qu’elle soit reprise au mot près ou déclinée en différentes saveurs avec leurs propres subtilités, la recette de base aura longtemps été celle de Pro Skater et les exceptions n’auront jamais été plus remarquées que cela.

En 2014 cependant, Roll7 arrive justement avec OlliOlli, d’abord publié sur PS Vita puis porté sur PC, WiiU, Xbox One et 3DS en compagnie de Devolver Digital, mais également sur PS3/4 aux côtés cette fois-ci de BlitWorks. Le jeu rencontre alors un succès critique appréciable mais nuancé par une poignée de reviews un peu moins flatteuses et surtout un total de ventes relativement « faible ». Ce dernier point n’entachera cependant pas l’enthousiasme naissant autour de cette proposition nouvelle et un deuxième opus verra le jour à peine un an plus tard. Sorti sur PC, PS4, PS Vita, Xbox One et même sur les appareils Android, OlliOlli 2 : Welcome to Olliwood aura su transformer l’essai. Dans cette version plus aboutie, OlliOlli tachait de reprendre l’essentiel de son game design, toutes les particularités de son gameplay et d’appliquer tout cela dans un titre qui soit, en toute franchise, le même que le précédent mais en mieux. On ne va d’ailleurs pas se mentir, aussi bons que puissent être les deux premiers OlliOlli, il est assez difficile de nier la très (trop ?) grande ressemblance qui lie les deux épisodes. Au moment où je les découvre moi-même, les enchaînant coup sur coup à la faveur de la compilation Switch Stance donc, proposée exclusivement sur l’eshop de Nintendo, la chose me saute irrémédiablement aux yeux et, à l’issue de mes sessions sur l’un puis l’autre des deux titres, il m’apparaît que le constat est sans appel : OlliOlli et sa suite sont la même chose.

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OlliOlli (ici le 2) a cherché à chambouler les principes du jeu de skate.

Avec le premier, la messe est déjà dite. Tout le game design de ce qui deviendra une série est déjà acté et – on s’en rendra compte en jouant au 2 – gravé dans le marbre. Welcome to Olliwood, de son côté, répond aux problèmes que son prédécesseur rencontrait. Il corrige certains aspects techniques qui pouvaient laisser à désirer, développe un peu la palette esthétique et agrémente rapidement le gameplay de figures supplémentaires en intégrant notamment les manuals (quand vous roulez sur les deux roues arrières de votre planche), absents du 1er jet. Ce manque d’inventivité d’un titre à l’autre pourra en conséquence chagriner un peu et doit être souligné en même temps que les quelques écueils techniques qui les ponctuent. Trois fois rien mais OlliOlli 1 et 2 souffrent en effet de petits soucis certes peu gênants pour la progression (voire pas du tout) mais qui les empêchent d’accéder pleinement au statut de réussites indés complètes. Je ne détaille pas car je crois que ce n’est finalement qu’une goutte d’eau face aux très nombreuses qualités et intentions de ce diptyque originel. Exigeants, les deux premiers OlliOlli reposent sur un game design qui se révèle très accrocheur dès les premières sessions. La recette est pourtant assez simple à la base : nous incarnons un mec en skate qui doit rallier un point A à un point B dans divers niveaux. Ces derniers sont ponctués de multiples obstacles, rampes et tremplins qui sont autant d’occasion de marquer des points en réalisant une assez grande variété de figures. Parallèlement, chaque niveau annonce d’emblée une série d’objectifs subsidiaires à remplir afin de réaliser le sacro-saint 100 %. Bien qu’il ne soit pas obligatoire de tous les atteindre, ces buts ne doivent pas être pris à la légère. Bien au contraire ils vont constituer un élément fondamental de ces jeux en alliant plaisir de relever le challenge et frustration de ne pas toujours y arriver. Assez finement, Roll7 donne ainsi à ses titres un merveilleux goût de « reviens-y » qui nous appelle systématiquement à reprendre chacun des niveaux afin d’y répondre à tous les objectifs fixés. Fort heureusement par ailleurs, il n’est pas demandé de tous les atteindre en une seule et unique fois et tout le loisir sera donné aux joueurs et joueuses de prendre leur temps et de multiplier les essais afin d’échelonner ces réussites dans le temps.
Voilà qui pourrait donner le sentiment d’un remplissage assez facile en contenu mais ce serait mal comprendre toute l’essence qui anime ces jeux. Héritiers en cela des jeux de skate plus classiques, OlliOlli se plait à verser dans un esprit arcade qui fait mouche. L’objectif sera alors le score, toujours plus haut et nourri de toujours plus de tricks qu’on finit par enchaîner autant en forçats du bitume qu’en artistes de la planche. Et encore une fois, voilà ce plaisir pris à relever le défi. On s’acharne à grands coups de tentatives répétées pour essayer de tout réussir. Mais OlliOlli est aussi et surtout, comme je le mentionnais un peu plus haut, exigeant. S’il est tout à fait possible de se contenter de parcourir les niveaux sans trop chercher à multiplier les exploits, cela reviendrait à passer à côté du cœur du jeu. Un cœur qui se fonde sur une difficulté croissante jusqu’à atteindre des sommets certains dans les ultimes niveaux et qui paraîtra parfois injuste mais qui ne le sera jamais vraiment. C’est de précision qu’il s’agit ici et en cela, le game design proposé par Roll7 fonctionne à merveille. En remaniant la formule classique et éprouvée du jeu de skate, en la replaçant dans un cadre façon platformer 2D et en y ajoutant un esprit die & retry, le studio a su composer quelque chose de neuf et de saisissant. Ces deux premiers jeux auront beau sembler assez « primitifs » dans leur exécution (notamment visuelle, ce qui ne leur ôte pas un certain cachet ma foi), ils demeurent des valeurs sûres dont le contenu, en apparence menu, se révèle gargantuesque à mesure que l’on progresse et que, le gain de skill aidant, il nous prend l’envie de revenir sur nos pas pour sans cesse faire mieux. Les plus courageux et courageuses iront même jusqu’à refaire les niveaux en mode Pro ensuite mais, je ne vais pas vous le cacher, je n’ai pas eu l’audace de pousser le vice jusque là.

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Dès son premier épisode, OlliOlli souhaitait proposer des environnements qui changent des spots classiques.

Voilà où OlliOlli en était (et moi avec) quand Nintendo lance un Indie World courant Avril 2021. Apparaît alors à l’écran John Ribbins, directeur créatif chez Roll7, lequel affirme venir nous annoncer le nouveau titre du studio. En fond, une planche de skate agrémentée du logo d’OlliOlli 2 laisse peu de place au doute avant même que les images du titre à venir ne soient dévoilées : OlliOlli est de retour après 6 ans d’absence ! Un temps long que le trailer qui suit ces quelques mots de Ribbins laisse imaginer comme mis au service d’un développement plus « poussé » et surtout d’une recherche de nouveauté. OlliOlli World se présente effectivement à nous en imposant immédiatement un constat : la série a fait l’objet d’une sacrée refonte !

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John Ribbins dévoilant OlliOlli World durant l’Indie World.

Evidemment, c’est la partie visuelle de la chose qui nous saute directement aux yeux, de la même manière qu’elle le fera au moment de se lancer enfin, en ce début d’année 2022, sur les routes de la contrée de Radlandia pour rencontrer les divinités du skate. Les équipes de Roll7, vraisemblablement sous l’égide de ce fameux John Ribbins donc, ont visiblement travaillé avec l’envie de proposer un titre qui se démarque non seulement de la concurrence mais aussi de ses prédécesseurs. Alors que ces derniers jouaient d’une certaine manière la carte du minimalisme, privilégiant sans doute le fond sur la forme, il semble qu’OlliOlli World a cherché à joindre les deux aspects et à les traiter à égalité. Le titre présente alors un style travaillé, marquée par une patte graphique façon cartoon rappelant les belles heures de Nickelodeon ou Cartoon Network. La direction artistique paraît même viser plus large que cela, puisant beaucoup de choses dans une atmosphère 90s très en vogue ces derniers temps. Tout filiformes qu’ils sont, les personnages mis en scène ici ne sont pas sans évoquer diverses mascottes de cette décennie de mon enfance, au premier rang desquelles un Fido Dido impossible à dissocier de ces 10 années de fin de siècle. Le rapprochement avec tout cet attirail 90s se fera toutefois sans empêcher le jeu de proposer malgré tout un style bien à lui.
Avec cette apparence qu’on se plairait à qualifier d’enfantine, OlliOlli World revoit complètement sa copie dans ce domaine. Qu’il semble loin le temps d’un avatar aussi impersonnel que possible, évoluant dans des décors certes riches de détails et de couleurs mais néanmoins très génériques. A mon sens, Roll7 affiche nettement ses ambitions avec ce seul aspect de son travail : il s’agit de sortir la licence de son relatif anonymat et de la porter vers de nouveaux horizons. La présence dans l’Indie World de Nintendo pour présenter le jeu pour la première fois témoignait d’ailleurs déjà de cette idée de prendre OlliOlli et d’en faire quelque chose de neuf, de plus fort, une référence en devenir peut-être. Or, l’acquisition de ce nouveau statut ne peut pas se faire d’un claquement de doigts. Il serait même sans doute plus judicieux de parler de construction que d’acquisition. Et c’est bel et bien à la présentation au public du résultat d’un chantier que nous assistons ici, un vaste ouvrage qui aura demandé de la patience et un sens de l’à-propos au moment de s’interroger sur la manière de redéfinir OlliOlli. L’essentiel aura alors été de permettre au jeu de se parer d’une atmosphère inédite au regard de ce que les deux précédents avait essayé de mettre en place. Pour ce faire, les esprit créatifs de Roll7 ont cherché à se réapproprier de multiples éléments et ambiances ou tons qui viennent directement d’une culture 90s que j’évoquais plus haut mais aussi, très naturellement, de la culture skate elle-même. Piochant dans les fondements primaires de cette dernière et dans la façon dont elle a évolué depuis, World fait écho à beaucoup de choses qui ont marqué l’histoire du skateboard. On pense par exemple aux piscines vides de l’été 1976 et dans lesquelles les fameux Z-Boys s’élançaient avec leurs planches, érigeant pour les générations à venir les piliers de la pratique moderne du skate. Des piscines que l’on retrouve dans certains niveaux du jeu qui nous intéresse aujourd’hui et qui, aux côtés d’autres détails du même genre, forment une série de clins d’œil à tout un pan de culture skate que les développeurs semblent sincèrement tenir à cœur.

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Le goût pour le skate passe aussi par l’envie de customiser sa board autant que possible. Avec un choix de planches, trucks et roues progressivement agrandi, OlliOlli World n’oublie pas cela.

Cette contre-culture va alors énormément et naturellement peser dans l’aura dont se pare OlliOlli World. Elle en sera bien entendu le fer de lance, jouant sur des choses bien réelles tout misant sur une réinterprétation, sinon une mythification de cette dernière. Avec ses divinités, ses mages du skate et son île toute entière dévouée à la pratique de la « planche à roulettes », OlliOlli World ne se contente pas d’aborder ce sport à la façon d’un Tony Hawk’s ou de ses premiers dérivés, ni même à la façon de ses deux prédécesseurs. Moins qu’une adaptation vidéoludique d’une pratique avec ses codes et ses ambitions, World recherche une forme de transcendance où l’état d’esprit qui règne autour de la scène skate viendrait se matérialiser par des décors, des personnages et des histoires qui se fixent comme seule mission de donner une nouvelle dimension à ces éléments. Il ne s’agit plus de mettre en scène d’excellents skateurs/skateuses dans des spots propices aux plus éclatantes figures mais bien de les porter à un autre niveau, de leur donner un rôle qui arrive à se faire le résumé de toute la mentalité qui règne autour de ce sport. C’est cela qui guide l’intégralité du travail sur la forme d’OlliOlli World, une volonté de mettre en scène le skate et ses thèmes, de le légendariser pour qu’en jouant à ce titre, on n’ait pas juste l’impression de « faire du skate » mais bien de le vivre et d’en ressentir tout ce qui l’anime.
Néanmoins, il ne s’agit pas que de cela pour donner au troisième OlliOlli toute sa saveur. Au-delà des seuls éléments qui touchent directement au skate et à l’univers qui l’entoure, Roll7 a cherché à mettre sur pied un titre qui offre une atmosphère de jeu aussi chill que possible. Une idée directrice qui passe pour beaucoup par le visuel, que j’évoquais plus haut et dont il faut souligner la douceur, mais également par une ambiance sonore délectable. La bande originale du jeu notamment – composée de morceaux de Fardust, Woodwire, Adam Swim ou encore Cotton Claw – apporte énormément à cette recherche d’une atmosphère aussi douce que possible et qui marque de nouveau une rupture en ce sens avec les jeux de skate plus classiques. Là où des Tony Hawk’s (encore eux, mais ce sont des références, que voulez-vous) alignaient d’excellentes OST à la tonalité plus rock/punk, OlliOlli a toujours préféré tabler sur des sonorités plus détendues, versant dans les registres du beat electro, du hip hop, à ça de flirter avec des tons lofi qui ne sont pas pour me déplaire dans l’ensemble. 

Découle de ces choix musicaux toute une approche du jeu de skate de manière générale. Construit non pas en opposition mais plutôt en réaction aux classiques du genre, rappelant aussi par la même occasion un jeu comme 1080° Snowboarding si on élargit aux « jeux de glisse » en général, OlliOlli poursuit le sillon entamé par ses deux prédécesseurs en donnant le sentiment que le mot d’ordre reste la nécessité de profiter avant tout, avant même de penser strictement au scoring. L’ambition première de la série sera alors essentiellement de nous faire ressentir le skate et sa pratique et de nous inviter dans l’univers propre à ce sport, plutôt que d’en donner une vision certes légitime mais néanmoins déformée par le côté très très arcade d’autres softs. Sans doute est-ce dans cette même optique le sound design du jeu a été pensé par ailleurs. Exceptionnel, le travail mené sur le son dans OlliOlli World marque encore un pas en avant pour la série. Si OlliOlli 1 et 2 n’avaient pas spécialement à rougir de cela, l’environnement sonore de ce troisième épisode est remarquable. Le bruit des roues qui filent à toute allure, de la planche qui tape sur le sol en retombant ou qui frotte sur une rambarde lors d’un grind… Chaque son est reproduit à la perfection et l’on se surprendrait même à tout bonnement couper la musique parfois pour seulement profiter de ces bruits.

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OlliOlli a toujours donné la place à un très large panel de figures à réaliser et World ne déroge pas à la règle !

Vous l’aurez compris, World constitue une belle avancée pour OlliOlli sur le seul plan esthétique. En refondant la licence sur de nouvelles bases, Roll7 donne certes à jouer mais aussi à voir un titre dont les atours visuels ne manquent pas de donner envie et de créer un cadre de jeu des plus agréables. Mais le jeu ne s’arrête pas là et affiche également de très claires ambitions en matière de game design. Cette fois-ci, on ne parlera pas forcément de refonte majeure mais plutôt d’un affinage général. Car OlliOlli troisième du nom ne renie en aucun cas les principes fondateurs des deux premiers opus, les reprenant au contraire à son compte. Il s’agira donc une nouvelle fois de parcourir une flopée de niveaux (dont le nombre est par ailleurs conséquent), répartis en six régions et où notre avatar devra comme à l’accoutumée relier le point A au point B en esquivant les obstacles et en enchaînant les tricks avec autant de dextérité que possible. Cette dextérité sera d’ailleurs au cœur de l’expérience ludique proposée par World puisque, comme dans les deux premiers épisodes, le gameplay repose ici sur des mécaniques très simples à comprendre mais ardues à maîtriser. A tel point que le soft met volontiers l’accent sur cette notion de maîtrise tout au long de l’aventure en ponctuant la marge de progression qui sera la nôtre de paliers discrets mais néanmoins flatteurs lorsqu’une notification apparaît à l’écran pour nous informer que nous avons maîtrisé une technique donnée (essentiellement parce qu’on l’aura répétée avec succès un certain nombre de fois).
Gratifiant, OlliOlli World compense en cela les frustrations qui peuvent naître de son gameplay donc qui repose sur l’usage d’un nombre réduit de boutons pour mieux se concentrer sur le stick gauche de la manette et se révélera de plus en plus exigeant, de nouveau. Car si un ollie ne demandera pas grand chose de plus qu’un coup de stick vers la droite par exemple (laissant alors l’avatar réaliser cette figure de base du skate), d’autres tricks demanderont plus de précision, comme lorsqu’il s’agira de réaliser des demis-cercles en aller-retour ou bien de commencer à apprendre les spins (qui se font avec les gâchettes ZL et ZR) ou encore les grabs (avec le stick droit cette fois-ci), entre autres détails qui s’ajoutent peu à peu à notre palette de figures. Cela étant, World jouit ici d’une méthode d’apprentissage bien plus fluide que ce n’était le cas dans les titres précédents. En incluant directement dans le cours de l’aventure des niveaux prévus pour apprendre certaines bases de son gameplay, ce volet corrige le caractère chétif et somme toute très sommaire des didacticiels de ses prédécesseurs, lesquels étaient totalement mis à part. S’ils permettaient de bien prendre le temps de répéter les mouvements pour commencer à les tenir convenablement, ils souffraient cependant de cette mise de côté qui coupait un peu trop grossièrement la fluidité de l’ensemble. C’est chose revue ici donc, World faisant preuve d’une pédagogie de grande qualité et, en conséquence directe, d’une gradation de la difficulté tout à fait remarquable.

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La tableau de score en fin de parcours met en avant les réussites avec l’apparition des éléments de personnalisation débloqués. A noter qu’une fois un parcours terminé, un rival (copie de l’avatar d’un autre joueur) nous est assigné pour tenter de jouer à celui qui aura le plus gros score.

Du reste, le sens du défi demeurera une des clés de la philosophie d’OlliOlli avec cette troisième itération. Réputés pour leur difficulté (mais pas leur injustice, attention), les niveaux peuvent en effet se montrer retors en certains passages et World ne fait pas exception. Saupoudré comme je le soulignais tout à l’heure d’un soupçon de die & retry, le titre demande de la patience pour en venir à bout et il est absolument normal de s’y reprendre à plusieurs fois sur certaines séquences. Cependant, là où OlliOlli 1 et 2 pouvaient lasser les moins téméraires en leur faisant continuellement recommencer de zéro les niveaux les plus durs à chaque erreur, World entreprend une opération séduction qui passe par le fait de ménager son public. De l’aveu même des développeurs et développeuses, l’idée avec OlliOlli World était de faire venir un nouveau lot de joueurs et joueuses vers la licence et de ne pas se contenter du retour de celles et ceux qui avaient déjà été enthousiasmés par leurs précédentes productions. Cette opération ne dénature cependant en rien l’expérience de jeu mais vient en revanche la moduler un peu en y adjoignant des features jusqu’ici absentes à l’image des points de contrôle. Installés en différents emplacement stratégiques de chaque circuit, ces checkpoints permettent bien entendu de ne pas avoir à reprendre le parcours à son point de départ à chaque fois que l’on va se ramasser à cause d’un saut loupé ou d’une plateforme qu’on se serait prise en pleine figure.

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« If you need me » , nous dit Mousseline, qui répartit les checkpoints. En effet, rien d’obligatoire à les utiliser !

A l’heure où certain(e)s hurlent (en vain) à la moindre touche qui puisse réduire le degré de difficulté d’un jeu, soulignons que ces points de contrôle sont totalement facultatifs. En effet, une fois la chute subie, une pression sur le bouton X permettra de revenir au dernier point rencontré. Mais si je laisse mon doigt appuyé sur ce même bouton plus longtemps, c’est au début du niveau que je me retrouverai. Avec intelligence et une solution toute bête, Roll7 vient ainsi contenter tout le monde. C’est dans le même registre d’idée que l’on pourra aussi glisser la gestion des atterrissages. Alors que les premiers jeux demandaient d’appuyer sur A (ou était-ce B, je ne me souviens pas bien…) pour confirmer notre arrivée au sol et éviter de se ramasser, la chose n’est plus du tout obligatoire ici et, à moins que soyez en train de faire un grab un peu trop longuet, votre personnage saura revenir au sol de lui-même et sans encombre. Ce re-nivellement de la difficulté est toutefois compensé pour les puristes : ce n’est peut-être plus une obligation mais il est toujours possible d’appuyer sur ce fameux bouton au moment de toucher le sol. Le nombre de points glanés après la figure exécutée en l’air sera alors agrémenté d’un bonus en fonction du moment où l’on aura appuyé (plus on est proches du sol, plus le bonus est élevé). OlliOlli World arrive donc sur nos consoles en remaniant sa formule, en la repensant pour un nouveau public. Mais jamais il n’oublie ses habitué(e)s, potentiellement avides à l’idée de retrouver la même expérience et le même plaisir du challenge que les deux jeux précédents ont si bien instauré.

Ce qui viendra aussi considérablement changer la donne, c’est bien sûr l’ouverture dont les niveaux font preuve désormais. Là où l’on s’était habitués à des parcours où – parfois – on pouvait choisir entre une rampe ou une autre, c’est cette fois-ci de véritables embranchements qui vont se distinguer les uns des autres, apportant chacun leurs particularités propres, à tel point qu’il deviendra vite indispensable de tous les essayer, que ce soit en vue d’atteindre tous les objectifs fixés ou simplement pour le plaisir de rouler partout où c’est possible. De grinds en wallrides (une autre petite nouveauté de cet opus, tiens), on prend un réel plaisir à profiter de ce contenu ainsi étoffé. Loin de n’être qu’un allongement artificiel de la durée de vie déjà conséquente du jeu, cette ouverture du level design ne vient pas vainement démultiplier les choses à faire mais va plutôt donner du liant à l’ensemble, lui faire bénéficier d’une fluidité renouvelée et que l’ajout de quêtes secondaires ne viendra jamais briser. Et surtout, cumulée à la précision de son gameplay et au plaisir ressenti lorsqu’on arrive enfin à l’appliquer avec plus de réussite qu’au début, tout ceci donnera à OlliOlli World une irréprochable capacité à nous emporter.
Parce que le jeu a su se doter d’un gameplay aux petits oignons et, plus largement, d’un game design aussi solide, on ne peut qu’adhérer à cette proposition qui implique, souvent, de recommencer. Le succès n’est jamais la fin avec OlliOlli et il l’est désormais encore moins quand on se retrouve face à des niveaux qui invitent à cette espèce de répétition (et non de répétitivité). Alors on y revient, encore et encore, maîtrisant sans cesse mieux les particularités de ce gameplay, apprenant par cœur – sans s’en rendre compte – chaque subtilité des niveaux. Et enfin, portés par ce jeu qui déroule sa technique sans jamais cahoter (sauf parfois dans les dialogues et les temps de chargement, mais vraiment rien) et par la musique, la voilà qui pointe le bout de son nez : la zone. OlliOlli World est une merveille sur bien des points mais l’est encore plus pour qui aime connaître cette sensation grisante de maîtrise parfaite, où le cerveau se débranche pour laisser place à l’instinct, aux réflexes, au flow. Rien que pour ça, il mérite qu’on s’y attarde.

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Radlandia ne demande qu’à être explorée de fond en comble et nous y invite d’une bien belle manière. Pourquoi refuser ?

Finalement, tout ce travail, toutes ces mutations par lesquelles OlliOlli est passé pour devenir OlliOlli World, tout ce chantier de restructuration aura pour principale et joyeuse conséquence de lui offrir ce qui faisait jusqu’ici cruellement défaut à la série : une personnalité. Avec cette map, cette Radlandia solaire où tout n’est que bien-être, spiritualité et tranquillité d’esprit, avec ces personnages hauts en couleurs et cette direction artistique vouée à devenir reconnaissable entre mille, World se dote d’une chaleur bienvenue qui tranche avec le côté un peu froid des premiers essais. On se sent bien en jouant à OlliOlli World et l’on ne peut que ressentir tout la bonne volonté qui a été formulée en amont pour conduire à ce résultat.

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« Venez comme vous êtes », semble inlassablement nous répéter le jeu.

On l’observera aussi au moment de s’intéresser à la personnalisation de notre personnage et de sa planche. Un élément qui manquait à OlliOlli 1 et 2 mais qui s’implémente ici avec une vraie réussite, offrant un très large choix de tenues, looks et accessoires à débloquer et s’accaparer pour se donner un style aussi unique que possible tout en continuant de se montrer gratifiant. Des chaussures et chaussettes au casque en passant par les fringues, la coupe de cheveux, les poses, la façon de se tenir sur sa board et diverses petites choses encore, le menu de personnalisation se montre aussi vaste qu’on peut l’espérer d’un jeu qui mise tant sur le visuel pour se forger sa propre personnalité. En réponse, on n’hésitera pas à passer de longues minutes à choisir LE t-shirt qui va le mieux avec ce short ou cette jupe qu’on aura repéré(e) aussi.
Alors évidemment, un outil de personnalisation en 2022, c’est assez banal comme feature, certes. Mais celui d’OlliOlli World fait à mon sens formidablement écho à tout ce dont je viens de parler dans cet article. Il répond tout en même temps à la volonté d’aller plus loin avec cette licence, à celle de donner à voir un jeu qui régale les mirettes et, enfin, à l’ambition de proposer un titre qui expose un esprit aussi ouvert que ses pistes. Sans même le mentionner, sans en faire un argument et du coup avec une certaine délicatesse, Roll7 profite de cet outil pour donner sa part à l’inclusivité. Une ouverture qui se remarque avec ce voile que l’on peut mettre sur ses cheveux, avec cette robe que l’on pourra mettre même si l’on porte une épaisse barbe, ce genre de détails qu’on remarque en se montrant curieux mais qui touche, un peu. Tout le monde peut se projeter dans cet avatar dont l’allure est d’ailleurs tout à fait propice à cela. Je soulignais plus haut le côté filiforme de notre avatar et de ses comparses et c’est là qu’on se rend compte que ce n’est finalement pas si anodin que cela. C’est la porte ouverte pour en faire ce que l’on veut. Genré, notre personnage ne le sera que parce qu’on l’aura modelé en ce sens mais il est tout à fait possible de prendre une autre direction, qui – c’est évident – sera celle de bien d’autres. Un geste discret mais foutrement efficace, dans le sens de cette philosophie qui plane au-dessus de ce titre qui, en définitive, ne nous dit qu’une chose : amuse toi, quelle que soit ta manière de le faire, qui que tu sois. C’est ça, ce fameux monde d’OlliOlli World.

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Je ne vais pas m’étendre davantage mais tachons tout de même de résumer l’affaire en quelques mots conclusifs. Il est clair qu’après deux coups d’essais globalement réussis mais qui demandaient encore une certaine maturation, Roll7 a su trouver l’audace nécessaire pour prolonger l’expérience OlliOlli et la transfigurer. Résolument moderne, OlliOlli World est plus qu’une très bonne surprise : c’est un petit bijou du genre. Sans doute encore perfectible sur certains aspects, le dernier-né de la série n’en demeure pas moins une immense réussite et un jeu aux intentions admirables sur le fond comme sur la forme. On ne peut qu’avoir hâte de voir ce que l’avenir nous réserve avec OlliOlli et, d’ici là, de replonger dans ce fabuleux épisode. 

Synthèse OlliOlli World

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