En 2022, alors qu’il nous livrait son nouvel album d’alors, le groupe Howard avait eu la bonne idée de l’intituler Event Horizon. Un titre annonciateur d’une recherche de nouveauté, d’un voyage musical vers l’inconnu. L’album portait très bien son nom et laissait une question en tête au terme de son écoute : jusqu’où allait-il, justement, cet horizon des possibles ? Avec Oscillations cette année, Howard y apporte une réponse, intimement liée aux expérimentations de son prédécesseur.

Savoir d’où l’on vient
Depuis que je fais des chroniques musicales sur ce blog, il y aura eu bien des groupes dont les albums me seront passés par les oreilles. Mais s’il y en a un qui me plaît presque plus à suivre que les autres, c’est Howard. Sans dénier la moindre qualité aux autres formations dont j’ai pu parler sur ces pages, de Decasia à Red Sun Atacama en passant par Fuzzy Grass, les Hives ou l’immense Jack White, Howard est un groupe qui a pour lui d’avoir un parcours particulier.
Entre les débuts où le trio s’est inséré presque au chausse-pied dans une scène stoner dont il s’est rapidement démarqué, le temps du premier album dont la fête (lancement, release party, tournée…) a été gâchée par la pandémie de covid, puis le retour en force marqué par une ferme volonté de changement, Howard n’a eu de cesse de s’avancer contre vents et marées sans jamais baisser les bras quand des obstacles se dressaient en travers de leur route. Les obstacles, ils en rient finalement bien, allant même jusqu’à appeler leur premier album Obstacle, sans forcément s’imaginer celui qu’ils allaient se prendre sur le nez à l’époque.

Mais avec Howard, ce qui frappe, c’est l’évolution constante dont ils font preuve. Déjà entre leur tout premier EP (Howard I, 2018) et Obstacle, le groupe avait su mûrir ses intentions. En un peu moins de deux ans, le trio avait affiné sa proposition, avait déjà commencé à se tracer son propre sillon, expérimentant ses propres étiquettes en se détachant du stoner pour mieux se labelliser « fuzz rock » avant de finalement laisser tomber cette question pour mieux se concentrer sur le ciselage de leur identité. Obstacle y contribua donc mais c’est sans doute Event Horizon qui aura marqué l’étape la plus importante jusqu’alors. Le propre d’un deuxième opus, c’est d’être souvent l’occasion de voir comment un groupe va aborder la suite. De leur côté, les trois membres de Howard avaient été clairs dès le départ. Comme je l’évoquais dans ma chronique d’alors, les trois s’étaient exilés sur la côte pour travailler sans plus attendre, et digérer la frustration connue quelques jours plus tôt à l’annonce du tout premier confinement. Event Horizon était alors né de cela, de ce besoin de faire sortir quelque chose, à défaut de tout envoyer sur scène, face au public. Il est le fruit de cette frustration et, on le sent, d’un questionnement basé sur une espèce de « à quoi bon » auquel les Howard ont répondu en allant chercher leurs horizons encore ailleurs.
En avait découlé un album à la fois familier et différent. Un disque dans les sillons duquel s’entendaient encore les héritages premiers de Howard, pris dans le rock, le stoner et la fuzz mais où, petit à petit, venait poindre autre chose. Un aspect volontiers moderne, saupoudrant le tout d’un renouvellement certain porté par ces claviers où Raphaël s’est employé à se détacher des grands claviéristes 70s tels que ce Ray Manzarek dont l’ombre plane toujours au-dessus du moindre musicien qui souhaiterait mettre de l’orgue dans une composition rock.
Mais passons, il est inutile de revenir en long et en large sur cet album déjà largement présenté par ailleurs sur ce blog. Le fait est qu’en définitive, Event Horizon ouvrait le champ des possibles pour Howard. Mieux que cela, il l’éclatait totalement, laissant béant devant le groupe un univers entier de possibilités. Impossible à l’époque de savoir où cela allait les mener, et nous avec. La réponse ne se sera faite entendre que cette année.

Et Howard aura su préparer le terrain. Révélant son passage en studio à l’automne 2024, le groupe a peu à peu tracé le chemin jusqu’à Oscillations. Oh il n’est pas ici seulement question d’une démarche toute classique, consistant en la sortie successive de singles et clips jusqu’au moment de la publication de l’album. Non car entre Octobre 2024 et le 28 Mars 2025 (soit respectivement la sortie de Don’t Make Me Go Back, premier extrait, puis celle d’Oscillations), le trio a peu à peu agrémenté le parcours d’autre chose et notamment d’un contact rapproché avec leur auditoire. Et si l’envie de communiquer avec son public n’a jamais été loin, que ce soit sur scène ou sur leurs réseaux sociaux (et quelle prose !), la démarche prend ici un tour nouveau, nourri de vidéos notamment dans lesquelles tant Jimbo que Tom ou Raphaël prennent la parole pour parler de l’album, de ses intentions, des textes également. Une ouverture qui confirme ce que l’on avait ressenti précédemment, à savoir qu’il se dégage du projet un besoin d’exprimer quelque chose et de le partager avec le public, au-delà de « seulement » composer des morceaux à faire écouter.
Sur le plus long terme, ce qui frappe aussi c’est le visuel du groupe, marqué par une évolution nette mise en scène dès Janvier 2025 avec de nouvelles photos dans lesquelles les Howard présenteront ce nouveau look. Un changement qui peut sembler anodin en soi car après tout, n’est-ce pas un peu monnaie courante que des groupes fassent évoluer leur identité visuelle ? Mais avec Howard, on a senti quelque chose d’autre. Plus que de simplement vouloir démarrer l’année sur du neuf, le trio semble avoir le désir de marquer une rupture. Les vidéos précédemment citées le laissaient déjà envisager et l’état d’esprit du groupe depuis 2020 – on le comprend mieux avec ce recul – en constituait les prémices. Quant à Oscillations cette année, il ne laisse place à aucune doute. Howard n’a pas fait qu’évoluer : il a transitionné, s’est libéré.

Howard sera toujours Howard
Si le changement s’annonce depuis un moment, Oscillations l’amène progressivement et évite de nous le jeter au visage de but en blanc, sans autre forme de politesse. C’est que les Howard sont plus courtois que cela.
Surtout, les trois renouent ici avec leurs habitudes et entament cet album de la même manière que les deux précédents : en faisant le lien. Opening: Sample & Hold jouera alors au regard d’Oscillations le même rôle que Bankable Sermon ou Quicklime en leurs temps, à savoir rappeler où nous en étions avec les Howard. Strictement instrumental, le morceau se bâtit alors sur les perspectives que Event Horizon avait ouvertes il y a trois ans. Les intentions et horizons, justement, que ce précédent opus avait su dessiner, les voilà qui rejaillissent d’entrée sur cette nouvelle composition.
Tandis que la guitare vient tirer le lien indéfectible au rock dont vient Howard, les claviers colorent le morceau de manière à y apporter les touches entendues et développées au cours d’Event Horizon. Raphaël s’y emploie alors à teinter les échos 70s qui demeurent malgré tout d’orientations plus modernes empruntant notamment à l’électro (et l’on s’imagine une influence certaine de la house et de la French Touch) qui apportent une énergie et un impact nouveau à l’ensemble et font la particularité d’Howard depuis 2022. En cela, Opening se veut être un prélude annonciateur donnant la couleur de l’album et confirmant une chose essentielle : Howard change, bouge, évolue, mue. Le voyage se préparait jusqu’alors, cette fois-ci il démarre.

Photo : Silvere Koulouris
Cette idée de liant, de continuité musicale, on la retrouve avec Dead, le deuxième morceau de l’album. Essentiellement vissé autour de sonorités rock, mettant surtout en avant la guitare et les apports rythmiques des claviers et de cette batterie toujours aussi percutante, Dead contribue à cette filiation que j’évoquais juste avant, se parant finalement assez peu des apports renouvelés du Howard nouveau. Il est surtout de ces morceaux issus d’Oscillations autour desquels le trio a fondé sa démarche de proximité avec le public. Dans une vidéo postée à point nommé le 14 Février dernier, Jimbo y expliquait la nature romantique du titre. Déclaration d’amour à sa compagne, la chanson est alors l’occasion de poursuivre cette quête de proximité en se livrant à cœur ouvert, face caméra. Le caractère finalement très personnel expliquera alors sans doute que ce soit bien Jimbo qui demeure le plus en avant ici, que ce soit par cette guitare ou bien cette voix, pourtant « masquée » derrière les effets.
La poursuite de ces premiers instants de l’album se fait en continuant de jongler sur les sonorités. En oscillant, finalement. Les deux premiers titres le faisaient déjà et Oscillation #1 ne manque pas d’ajouter une couche à l’ouvrage. L’on a déjà compris à ce moment de l’album que Howard va vraisemblablement livrer une structure similaire à celle déjà bien établie avec les deux précédents. En effet, tant Obstacle que Event Horizon avaient su formuler une proposition progressive, démarrant sur des terrains connus pour mieux s’ouvrir sur de nouveaux champs de bataille à mesure que l’on plongeait plus en profondeur dans les albums. Même Obstacle, dont le caractère principal était certainement la synthèse qu’il livrait à l’époque, ne dérogeait pas à ce qui semble être devenu une règle. Passées ces 8 premières minutes (et des poussières), on se dit que l’architecture sera reconduite ici.
La suite de l’album confirme cette idée de progression, d’abord avec Oscillation #1 donc, qu’on prendra presque comme un rappel, sinon un avertissement. En se calant ainsi tel un intermède électro et chill, le court titre se veut surtout témoignage d’une évolution en cours, ce que Black Tongue ne manque pas de concrétiser dans la foulée, lui qui se démarque déjà par les épaisses nappes de claviers « à la Carpenter » si l’on veut. Bien 80s dans l’âme, Black Tongue rappelle surtout que l’album est marqué par des textes très personnels et une aura particulière, sombre, lourde, à laquelle les Howard – d’ordinaire si enjoués – ne nous avaient pas tant habitués que cela. Introspectif par bien des aspects, Oscillations souligne une réflexion personnelle que l’évolution musicale du groupe illustre finalement, dans une forme de quête de soi à la fois individuelle et collective.
Cette idée de prendre le temps d’une introspection, on la ressent beaucoup dans ce qui s’est avéré être les deux premiers singles de l’album. Le premier est Don’t Make Me Go Back, un titre qui, sur le seul plan des tonalités, me rappelle beaucoup I Hear a Sound, paru sur Event Horizon en 2022 et dont il partage l’ambiance et l’inquiétude. Du reste, le titre s’inscrit en toute logique dans cette idée de prendre de la hauteur sur soi afin de mettre des mots sur ce qui ne va pas, ce qui a besoin d’être corrigé, ce qui peut être compliqué au quotidien.
Parmi ces choses-là, les Howard ont identifié un élément net : le rythme que peut représenter la vie d’artiste, notamment lors des concerts et tournées. Un rythme effréné, impétueux et riche en dopamine qu’il faut savoir tenir mais qu’il faut aussi savoir gérer lorsqu’il s’agit de revenir à la dure réalité d’un quotidien plus lent, plus routinier, sinon plus morne. Des intensités opposées et variables qui résument d’ailleurs bien cette idée d’oscillations que porte tout l’album et que Don’t Make Me Go Back illustre donc très bien à son tour.
Keep Running vient alors continuer le travail. Très lié au précédent – les deux portant finalement de manière générale sur la détresse et l’épuisement – le morceau illustre par la lourdeur dont il fait progressivement preuve le poids qui semble peser dans le texte. Celui d’angoisses, encore, qui semblent faire le terreau qui a permis de concevoir l’état d’esprit de cet album. Avec Keep Running, les Howard parlent de la façon dont on se force parfois (souvent ?) à faire plus qu’il n’en faut ou, surtout, plus qu’on ne le peut. Cette manière que l’on a de mettre de côté nos problèmes, angoisses et soucis pour toujours tenir le rythme, continuer à courir en fin de compte.

Avec ces deux morceaux, on sent que Howard marque une étape franche dans son projet musical. En effet, tout en développant ses thèmes, en les mettant encore plus en avant avec Don’t Make Me Go Back puis Keep Running, le trio amorce véritablement un changement de ton, textuel et musical. A mesure que l’on avance par exemple, l’impact de Raphaël et de ses claviers se fait ainsi beaucoup plus grand, en particulier avec le refrain de Keep Running. On sent qu’il apporte quelque chose de neuf, une nouveauté (au regard de la musique d’Howard) qui teintait déjà le précédent album mais qui fait son retour ici en prenant petit à petit une place grandissante. Raphaël oscille alors lui-même entre d’une part l’héritage de ce qu’il a déjà pu apporter au groupe auparavant, porté par ses influences plus classiques et 70s, et d’autre part les intentions renouvelées de la formation, qui ponctue toujours plus son rock fuzzy d’accents plus modernes qui ne dénotent en aucun cas. Un mariage réussi entre neuf et ancien dont l’une des alliances sera donc non seulement cette recherche musicale qui continue de s’affirmer tandis qu’une autre sera une façon de s’exprimer que l’on retrouvait déjà dans Event Horizon mais qui prend une tournure nouvelle avec Oscillations : plus franche, directe et, en définitive, sincère. Et ce n’est pas la suite de l’album qui viendra nous faire dire le contraire.
Choisir où l’on va
Comme on avait pu s’y attendre, la première moitié de l’album a permis de poser les bases. Au-delà de simplement rappeler d’où l’on vient, Howard précise surtout où l’on va avec Oscillations. Les sept premiers titres de l’album ont donc servi à cela, à réaliser une affirmation, à adresser un message et une intention à leur public. En prenant de la hauteur sur l’ensemble du parcours, on identifie très nettement la façon dont leur style a évolué depuis leurs débuts et, plutôt que d’y voir une synthèse, le début d’Oscillations s’apparente surtout à une forme d’aboutissement, de passage logique dans lequel le trio s’est progressivement engagé.
La suite du disque vient alors parachever le cheminement et les deux titres Daydreaming et Myself constituent sans conteste les pièces maîtresses du chantier. Il est à mon sens impossible d’écouter l’un sans écouter l’autre, ces chansons formant en réalité une forme de diptyque audacieux et généreux. A elles deux, Daydreaming et Myself forment un tout particulièrement important au regard de la façon dont Howard a évolué. Elles sont les piliers sur lesquels la mue du groupe s’est appuyée ici et dont elles expriment alors une forme de quintessence. Si Daydreaming avec ses claviers plus 70s laisse croire un temps que nous sommes en terrain connu, l’ensemble vient rapidement nous attraper par le col pour nous faire comprendre que rien n’est plus comme avant chez Howard. Qui se serait arrêté avec leur EP Howard I ou même avec leur Obstacle de 2020 aurait de quoi être surpris par ce qui se produit ici.
Car il n’est pas uniquement question d’un changement de sonorités. C’est bien là que toute la recherche d’identité d’Howard se noue. Qu’elle soit musicale ou personnelle, elle nous explose au visage sans concessions. Se révèle alors derrière la bascule sonore qui s’opère ici un véritable cri du cœur, hymne à la non-binarité mais sans doute plus encore à la nécessité d’être soi. Le tandem Daydreaming/Myself est le récit d’une quête personnelle, d’une recherche de soi-même que Jimbo livre sans fard dans ses textes.
Impossible donc d’envisager l’un de ces morceaux sans l’autre. Le premier interroge l’identité, celle qu’on nous assigne d’abord mais aussi celle que l’on affirme et que l’on défend. Il revient çà et là aux sonorités originelles d’Howard mais se pare toutefois de celles du Howard d’aujourd’hui, en résonnance avec les paroles et le caractère introspectif de ces dernières. « Au fond de toi, tu sais », nous dit Jimbo et le lien indéfectible et ténu fait ici entre la musique (qui résume donc la transition opérée par le groupe) et le texte ne fait que renforcer la portée du message.
Avec Myself, les chevaux sont lâchés et la musique l’illustre avec force. Raphaël en particulier envoie tout et signe la transition sur tous les plans. La patte électro/techno ne s’est jamais faite autant ressentir que sur ce titre, dont la force de frappe est tout bonnement dingue. Le groupe, à l’image de Jimbo, se libère, sait désormais qui il veut être, lui qui a toujours cherché à questionner son identité en tant que formation musicale. Si Daydreaming est le morceau de la prise de conscience, Myself est celui de l’affirmation, d’une certitude retrouvée et défendue corps et âme. Le regain d’énergie caractérisé ici par cette explosion sonore ne vient rien illustrer d’autre que cela, offrant alors à Oscillations son pinacle.

Photo : Silvere Koulouris
On pourrait croire à l’écoute de ce tandem que Howard a franchi un cap et s’est engagé sur une toute autre voie. Délaissant le rock de ses débuts, le groupe serait alors parti vers autre chose, où les influences électro/techno/transe auraient totalement pris le lead des intentions. Ce serait bien mal connaître le groupe et le fait est, comme j’ai déjà pu l’évoquer plus haut, que rien de viendra ici renier leurs racines les plus profondes.
Si Oscillations appose plus fermement le sceau de sonorités gravitant beaucoup autour des claviers de Raphaël, le fait est que Howard demeure bel et bien un groupe rock dans l’âme. En attestent déjà la voix et la guitare de Jimbo, dont nous avons déjà parlé et qui jamais ne se mettent à 100 % en retrait. Bien au contraire, iel vient conjuguer son style nerveux et heavy avec la dimension plus électro de l’ensemble, dans une forme de réciprocité appréciable où rien ne vient jamais totalement empiéter sur le reste. Howard s’inscrit en cela totalement dans une nouvelle veine rock que la France (entre autres) voit fleurir, alliant les styles à la façon dont les Mata Hari le font également par exemple, eux qui associent sans vergogne leur verve punk à une ambiance techno délicieusement rétro et, en conséquence, résolument moderne (cf. leur récent morceau Faces).

Un autre qui n’a pas oublié d’où il vient et qui a su parfaitement négocier ce virage pris par Howard, c’est indéniablement Tom. Si le jeu de batterie de ce dernier avait déjà su apporter une structure extrêmement solide aux précédentes œuvres du trio, le voilà qui non seulement renouvelle l’effort mais réussit également à tout à fait faire de sa force de frappe un atout non négligeable dans le tournant musical qui s’opère ici. Et s’il sait parfaitement travailler dans la dentelle également, livrant des grooves des plus délicats, toute la dimension plus brutale de son jeu trouve ici une résonnance nouvelle. Les rythmes plus techno de certaines pistes offrent en effet au batteur une solide chape en béton armé lui donnant toute latitude pour frapper comme un dingue. L’alliance rythmique que forment alors Raphaël et Tom se veut être une des métamorphoses les plus intéressantes qu’un groupe ait su offrir ces dernières années.
Du reste, tout cela nous rappelle qu’en fin de compte, techno/électro et rock ont sans doute eu toujours plus à voir qu’il n’y paraît de prime abord. N’est-ce pas dans une salle originellement rock (La Locomotive, à Paris, devenue Machine du Moulin Rouge) que Laurent Garnier a gagné en notoriété au début de sa carrière, agitant déjà à l’époque les premiers soubresauts de la French Touch ? Sans oublier ce côté volontiers rebelle que les deux musiques partagent. C’était bien cela d’ailleurs qui avait attiré Joe Strummer, emblématique chanteur et guitariste de The Clash, lui qui avait trouvé dans la techno et ses dérivés ainsi que dans les raves une nouvelle source de créativité et de liberté musicale (cf. le documentaire The Future is Unwritten de Julien Temple), la même qu’il avait su insuffler au rock et au punk avec ses camarades en son temps.

Mais revenons en à nos Howard, tandis que nous attaquons la fin de l’album. Après cette libération et ces deux morceaux que l’on identifiera sans peine comme LE grand moment d’Oscillations, le groupe marque le pas et revient à quelque chose de beaucoup plus calme avec Lighthouses. Un titre doux et mélancolique dans lequel Jimbo revient en avant. Lighthouses prend en effet les allures d’une ballade guitare/voix sobre et douce dont on pourrait croire qu’elle évoque une forme de calme après la tempête, sinon une sérénité retrouvée. Le texte contredit cependant cette première impression et nous emmène une nouvelle fois au contact de sentiments plus sombres. Dans un lien avec ce que Keep Running évoquait déjà. Ces instants de solitude où tout va mal quand on fait croire aux autres que tout va bien :
« Tu ne veux pas savoir
Toutes les choses que je pense quand je ne suis pas là
Tu ne veux pas entendre
Toutes les petites choses que je pense quand je ne suis pas là »Extrait de « Lighthouses » (traduction libre)
Par son texte, Jimbo nous rappelle qu’une liberté retrouvée, une identité affirmée, ne signifient pas nécessairement que tout va mieux. Peut-être n’est-ce que le début d’un chemin plus long, éprouvant aussi peut-être. Lighthouses s’ajoute alors aux nombreux éléments déjà disséminés dans l’album et qui en font indubitablement une œuvre profondément autobiographique. Jimbo, peut-être justement parce qu’iel est passé par le stade qu’iel décrit dans Daydreaming et Myself se livre sans ambages, ni honte, dans un bel exercice de catharsis.
L’album se conclut alors. Sans oublier de passer par une seconde oscillation, Howard referme ce chapitre avec une force que Oscillation #2 introduit. On y sent en effet l’oscilloscope s’agiter, l’encéphalogramme s’exciter un peu, retrouver de la vigueur. On se dit alors que la bête nouvelle, née des apports de tout ce que cet album nous a donnés jusqu’ici, s’apprête à rugir une dernière fois avant de nous quitter.
Et pour mieux servir cette conclusion, Howard revient aux bases avec un morceau très stoner dans l’âme. Raphaël y renoue avec son orgue, Jimbo sature sa guitare de fuzz et Tom frappe dans une rythmique plus lourde qu’endiablée mais qui résonne des échos aux grands maîtres-batteurs du genre. Politique plus qu’introspectif, se détachant en cela fortement des autres pistes de l’album, Liars est aussi un cri de révolte que Howard nous adresse. Le groupe y dépeint cette société que nous partageons avec les menteurs aux fausses belles promesses, illusionnistes laissant sans cesse entrevoir un avenir meilleur pour mieux nous flouer ensuite. Le groupe s’interpose alors et leur dit non, leur dit merde. Après avoir beaucoup parlé de soi, Jimbo nous rappelle qu’il faut et surtout penser aux autres, que nous sommes tous dans le même bateau et que c’est le collectif qui fera force face aux individualités qui essaient de se faire passer avant le reste. Ce sens du collectif, iel sait à quel point il est important. C’est celui-ci qui lui a permis d’être l’auteur qu’il a été sur cet album, appuyé par Raphaël et Tom dans un travail de révolution à trois qui offre à Oscillations ce panache qu’il aura su porter de bout en bout.
Howard frappe donc un grand coup cette année. Oscillations se révèle être un album de grande qualité mais aussi et surtout une suite logique à tout le travail abattu par le groupe au cours des dernières années. On aurait même presque envie d’y voir le chapitre final d’une trilogie entamée avec Obstacle en 2020 et au cours de laquelle Howard a métamorphosé son style, pas à pas, mais sans jamais renier son essence profonde. Oscillations s’impose comme un aboutissement en soi, conclusion d’un trip inattendu qui ouvre alors devant lui toutes les portes possibles pour une suite qui piquera fatalement notre curiosité. Aussi touchant qu’il peut se révéler coriace, cet album est sans nul doute l’un des plus impeccables de cette année.


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