Howard : « Event Horizon », l’horizon des possibles

Nous avions laissé les Howard en 2020 avec la sortie de leur premier album, Obstacle. Un premier jet né dans la frustration, lui qui est officiellement sorti la veille du confinement général qui nous aura enfermé(e)s chez nous pendant plusieurs mois. Pas de release party, pas de concerts tout court, pas de tournée, rien. Obstacle n’a pu, pendant un temps, compter que sur ses qualités et la force morale du trio qui l’a créé pour se vendre. Fort heureusement, l’album fut l’une des meilleures sorties de cette année particulière et aura permis aux Howard de se faire un nom malgré tout. Ceux-là auront par ailleurs profité de cette période difficile pour travailler encore et encore, d’arrache-pied dit-on, pour donner suite à ce premier projet. En résulte un deuxième album paru cette année : Event Horizon.


Il y a maintenant deux ans, je concluais ma chronique du premier album d’Howard en soulignant qu’on sortait de ce dernier « avec le sentiment qu’après avoir arpenté Obstacle, le groupe a d’ores et déjà les yeux tournés vers de nouveaux horizons« . Ce n’est pas très classe de s’auto-citer mais le fait est que je ne m’imaginais alors pas toucher du doigt ce que leur prochain projet allait donner, reprenant la notion d’horizons jusque dans son titre. Ceci dit, il faut bien admettre qu’Obstacle formulait déjà un désir d’ailleurs que sa musique tachait de concrétiser. En mêlant les influences, en teintant chaque sonorité d’une goutte d’originalité prise ailleurs, en expérimentant sur des effets ou des instruments, ce premier album révélait (même si timidement parfois) l’envie du trio parisien d’élargir le champ des possibles de cette musique ou tout du moins le sien. Il n’était pas question de seulement s’inviter à la fête d’une scène fuzzy vivifiante en ajoutant une production supplémentaire au milieu du reste : l’ambition d’Howard avec Obstacle, c’était clairement de se présenter et de défricher. En se posant à la fois comme un aboutissement du parcours alors mené et comme une ouverture sur le reste du chemin à faire, le disque était autant un excellent état des lieux qu’un annonciateur prometteur d’envies musicales bien présentes mais pas encore assez mûres pour y figurer.

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Petite revue d’effectif, de gauche à droite : Raphaël, JM et Tom

Tout ceci avait donc lieu il y a deux ans. Entre-temps, les Howard ont connu comme tout le monde les affres des confinements et autres couvre-feux mais ils n’ont pas perdu leur temps. S’isolant tous les trois dans un coin de campagne, les membres du groupe ont continué à travailler en ayant déjà un œil rivé droit sur l’avenir, au détriment des voisins d’alors parfois paraît-il. Surtout, ils n’ont jamais lâché la bride d’une présence aussi affirmée que possible, communiquant régulièrement sur leur travail et avec bonne humeur en plus. Les lurons ont même, pour l’anecdote, organisé une tombola permettant de gagner un puzzle les représentant en live. Enfin bref, il y avait pourtant de quoi avoir le moral dans les tréfonds des chaussettes avec cette sortie sans la fanfare qu’elle méritait, les concerts qui se sont annulés successivement (notamment des premières parties des excellents Allemands de Kadavar mais aussi et surtout leur release party d’abord reportée elle aussi avant d’être totalement annulée)… Le 17 Mars, sur Facebook, les garçons annonçaient cependant la couleur en postant :

« Avis de tempête

Dimanche, on s’enfermait près de la mer avec tout notre matos et un gros orage sous le casque.
On va voir ce qui en sort. »

Impossible pour eux d’en rester là et, portés par la frustration, ils se révèlent enclins à prendre leur revanche. De son côté, Obstacle fait son bonhomme de chemin en s’invitant dans diverses playlists érigées par Spotify et autres Deezer, prouvant s’il le fallait encore au milieu des nombreuses et élogieuses critiques, que l’album était très bon. Les choses ont ensuite progressivement repris leurs cours à peu près normal. Quelques concerts de retour à l’été 2020, puis en fin d’année avant d’attaquer 2021 sur les chapeaux de roue, comme pour conjurer le sort. Le 12 Février, les Howard nous donnaient en effet un avant-goût de tout ce que cet isolement campagnard avait pu donner avec un nouveau single intitulé I Hear a Sound. J’y reviendrai plus tard, l’essentiel n’étant pas là pour le moment, mais le fait est que la promesse faite au moment de ranger Obstacle dans son fourreau était bel et bien toujours d’actualité. Avec ce single, les Howard s’engageaient dans une nouvelle voie, empruntant sans chipoter la première bretelle d’accès à l’autoroute d’un renouveau musical que Features, dernier morceau du précédent album, esquissait sans retenue dans une synthèse générale de travail accompli alors. Mais chaque chose en son temps, tout ceci n’est alors qu’un simple morceau inédit, un single posé là, comme ça. L’album à venir, lui, se fait discret, les Howard ne l’évoquant jamais avant un bon moment, histoire peut-être de ne pas se porter le mauvais œil. Ils accompagnent tout de même notre été avec une superbe reprise de Waiting for the Sun des Doors, morceau qui ne figurera finalement pas sur l’album récemment paru mais qui aura été l’occasion de célébrer Jim Morrison au moment des 50 ans de sa mort.

Depuis, les Howard ont charbonné. Reprenant autant que possible leur rythme stakhanoviste de concerts un peu partout à travers l’Hexagone, le trio a tenu à rattraper le temps perdu, à finir d’installer son album d’alors dans les esprits et à commencer à évoquer le suivant, doucement mais sûrement. En live, comme lors de ce passage au Supersonic en Septembre 2021 ou au O’Sullivan’s Backstage by The Mill deux mois plus tard, les nouveautés pointent le bout de leur nez et l’on ne peut que les remarquer. Elles apportent en effet déjà des sonorités revues, sinon neuves, auxquelles il convient de s’habituer dans un premier temps. Les Howard s’embarquent d’ailleurs à toute blinde dans la voie de gauche sur l’autoroute de leur créativité dans les mois qui suivent avec un nouveau titre et, cette fois-ci, la confirmation d’un nouvel album : Event Horizon arrive et Bankable Sermon est là pour l’aider à déjà se tailler une place. Soutenu par un clip inoubliable, le morceau ramène les Howard à leurs bases les plus solides mais sans oublier de bâtir un robuste pont entre leur précédent album et ce I Hear a Sound différent que l’on avait découvert quelque temps auparavant. Mais trêve de contexte, nous nous éternisons déjà. Un troisième single en chemin et nous voilà déjà en Octobre 2022 : Event Horizon est né.

Les Howard devant l’objectif de Pierre Veillet de MyRock

Comme pour assurer la continuité, c’est justement Bankable Sermon qui ouvre les hostilités. Celui qui fut le deuxième single présenté en amont de la sortie de l’album assure parfaitement son rôle de lien entre Obstacle et Event Horizon. Dans une transition efficace entre les deux albums, l’on y retrouve en effet tout ce qui fait le style de Howard dans ses fondamentaux, à commencer par la voix de JM, aussi suave que puissante, la furie des claviers de Raphaël ou encore la batterie percutante de Tom, qui se démarque ici par une envolée solo en fin de morceau soulignant de nouveau quel excellent percussionniste il est. L’ouverture est efficace pour cela mais l’est d’autant plus qu’elle instille déjà un soupçon de nouveauté qui s’observera ensuite dans le reste des compositions qui font Event Horizon. De premières idées neuves ou renouvelées viennent en effet ponctuer le morceau comme cette utilisation plus assumée du thérémine, des effets plus marqués sur la guitare ou bien l’usage par Raphaël d’une véritable basse en lieu et place de son Moog qui venait assurer ces parties-là sur les précédentes productions du groupe. L’arrivée de cet instrument apporte, d’entrée de jeu, une autre chaleur à la sonorité générale et épaissit encore un peu un groove rendu déjà bien fuzzy par la guitare de JM.

On reconnaît bien là la façon de faire des Howard finalement. Avec Obstacle, c’étaient déjà les mêmes politesses qui nous étaient faites en installant en première piste de leur album un morceau prompt à condenser le parcours jusqu’ici réalisé par le groupe, notamment avec son premier EP, Howard I. Le trio réitère l’intention avec Bankable Sermon, qui résume finalement assez bien les évolutions musicales qui ont progressivement emmené leur album de 2020 vers de nouvelles sphères sonores. A dire vrai, ce morceau aurait aussi bien pu être le dernier présent sur le précédent disque que cela n’aurait pas été choquant.
Ceci dit, ce qui va immédiatement distinguer Event Horizon de ce point de vue, c’est qu’il n’a pas la charge de présenter Howard au chaland. Celui-là connaît désormais le groupe et sait de quoi il se nourrit en matière d’influences et de compositions. En cela, le groupe n’a plus ici besoin de dessiner les contours de sa musique, comme il avait pu le faire à l’époque en laissant s’enchaîner God is DeadVoid et surtout The Path, dalle en béton pour construire le socle sur lequel le reste de l’album pouvait pleinement s’épanouir. Nulle surprise donc à les voir directement passer à la vitesse supérieure dès le deuxième morceau de ce nouvel opus. Seeds of Love – que j’avoue n’avoir pas écouté avant la sortie de l’album pour me garder la surprise – vient en effet définitivement franchir le pas de cette porte ouverte par son prédécesseur sur le nouvel univers musical de la formation. A peine avons-nous passé ce seuil que le Howard de 2022 nous cueille avec cette intro garnie de synthés qui offrent un aperçu des intentions renouvelées du groupe. Ils y convoquent de nouvelles sources, de nouvelles influences et inspirations, empruntées entre autre à la scène electro (dans une acception que je veux ici, par prudence, aussi large que ma trop grande méconnaissance de cette dernière).

Mais cet apport de visions modernes ne se fait en aucun cas sur le sacrifice de ce qui est l’essence d’Howard. Loin de là même, et le combo « guitare-voix-batterie-orgue » demeure une constante inébranlable, tant ici que dans les autres chansons de cet album. Il n’est donc pas question d’un bouleversement de l’identité du groupe mais bien de la renforcer, l’affiner, en y laissant s’immiscer des dimensions qui n’avaient peut-être pas encore su trouver leur juste place dans les précédentes expérimentations des Howard. La qualité générale du morceau qui nous intéresse ici, en particulier dans son orchestration, nous laisse d’ailleurs sans difficulté penser que le groupe a atteint le stade suivant de sa progression et si l’on n’ira pas employer le terme de « maturité », trop éculé pour ne pas être cliché, on ressent toutefois fermement un pas en avant que le trio n’a pas hésité à faire et que I Hear a Sound nous laissait déjà entrevoir.
Du reste, ce pas en avant n’est pas que musical sur Event Horizon. Car si Howard abreuve ses sillons d’essais en tous genres qui viennent joliment agrémenter leur style initial, le groupe ne se prive pas non plus de s’affirmer dans les textes. Non pas que JM n’avait pas jusque là écrit des paroles de qualité mais il arrive cette fois-ci avec une envie supplémentaire, celle de s’exprimer (et le groupe avec) sur des sujets en en faisant des cibles. Sur Event Horizon, l’attaque sera principalement portée sur le consumérisme à outrance et ceux qui le provoquent. Dans cet ordre d’idée, Need Want Get constituera une nouvelle charge, après Bankable Sermon. Dans la continuité du précédent morceau, ce dernier poursuit la recherche de sonorités neuves qui, plus discrètes toutefois, contribuent à composer ici un titre fort dont ressortent plusieurs aspects. On notera par exemple les choix faits au niveau de la voix avec ce parlé notamment qui donne à JM l’occasion d’explorer un peu plus sa propre palette vocale et d’y dénicher des couleurs qui étoffent encore la « patte Howard ». Moins heavy qu’il peut l’être sur d’autres morceaux, le chanteur accompagne en cela l’envie de dire quelque chose à travers le texte de Need Want Get, justement. De leur côté, les synthés et ce que Raphaël peut en faire continuent de se révéler dans un joli jeu de réponse avec la guitare, flirtant volontiers – mais sans exagérer – avec un côté « électro-indus » étonnant qui me rappelle un peu ce que Skinny Puppy pouvait faire en son temps.

JM photographié à l’effort par Angie Blackson


Need Want Get a cependant un rôle à jouer, celui de porteur du message voulu par les Howard donc. Pour cela, il s’appuie en particulier sur un refrain conçu pour les foules et que le groupe aura déjà expérimenté en concert, faisant scander le public avec lui. C’est ici que cette chanson trouve le plus son essence à mon avis, en cherchant une résonance, un écho qu’il ne peut trouver qu’en live. Sans que cela ne lui enlève véritablement de la force en version studio, c’est sur scène qu’il réussira le mieux à porter le propos du trio, son message et sa critique de la surconsommation et des vendeurs de merdes en tous genres qui pullulent sur internet (ce que le clip de Bankable Sermon mettait parfaitement en images d’ailleurs). En cela, Howard se démarque une nouvelle fois au sein d’une scène dont les thématiques sont trop rarement sociétales.

« Remember how they trick you with these appealing images,
sweet smells and sugary tastes,
yet you fell for it, and so did I, we always do.
Are we this predictable ? »

(Need Want Get)


[« Tu te souviens de comment ils t’ont eu avec ces images attrayantes, ces douces odeurs et ces goûts sucrés,
Pourtant tu t’es fait avoir, et moi aussi, comme toujours.
Sommes-nous si prévisibles ? »]

Photo : extrait du clip de Seeds of Love

Cette envie de parler à son public, de lui exprimer des émotions, voire même de se confier à lui, on la retrouve dans I Hear a Sound. Ici, il n’est plus question de porter un message de révolte ou de critique mais de revenir sur le trauma qui fut celui d’Howard en tant que groupe : le confinement du printemps 2020. Pour tout dire, j’entrevois dans cette chanson un peu les mêmes inspirations qui ont forgé le titre Beachland Ballroom d’IDLES sur leur album Crawler. On y retrouve en effet cette expression d’un sentiment de lassitude, de désarmement complet face à une situation inédite et difficile à vivre. Evidemment les intentions initiales et les résultats sont différents mais les deux morceaux se rejoignent tout de même dans cette aspiration à souligner la violence qu’a pu représenter cet enfermement. Pour les Howard, je le disais en ouverture de cet article, c’était aussi le synonyme d’une tournée avortée et d’une sortie d’album gâchée par les événements. I Hear a Sound révèle tout l’impact que cet épisode a pu avoir sur l’état d’esprit du groupe, lequel s’exprime ici par une force, sinon une brutalité à laquelle les Howard – si chaleureux en temps normal – ne nous avaient pas habitué(e)s. 

Fruit d’une frustration, sinon d’une colère sourde, ce morceau se ferme notamment sur ces coups assénés sur les différents instruments du trio. Ceux-là arrivent en conclusion d’un titre âpre et marqué, engageant toujours plus Howard dans une modernité qu’il recherche indéfiniment. Epais, lourd, I Hear a Sound capte son auditoire par cette aptitude à transcender le style du groupe. Les effets sur la voix viennent notamment lui conférer tout son aura, déjà bien alimentée par des textes plus sombres qu’à l’accoutumée et ciselés en termes de rythme pour marteler l’esprit du public. Ces paroles trouvent par ailleurs un renfort supplémentaire dans les nombreux effets de voix employés ici, dont ces échos qui soulignent l’impression de chanter dans le vide qui a sans doute été celle du groupe il y a deux ans. Cette atmosphère est évidemment aussi complétée de nouveau par les synthés, beaucoup plus acides que peut l’être l’orgue habituellement utilisé par Raphaël. Sans délaisser ce dernier, le claviériste des Howard amène en définitive à Event Horizon une tessiture nouvelle dans la plupart des compositions et cette chanson en sera un exemple probant.
Si ses deux comparses ne déméritent évidemment pas, JM tachant de se propulser vers de nouveaux champs tandis que Tom finit de s’imposer comme un des batteurs les plus efficaces et polyvalents du moment (on lui confie même un glockenspiel et une flûte sur cet album, c’est dire), nul doute que Raphaël est en quelque sorte celui qui a le plus à jouer – à titre individuel –  dans cet album. Lui qui a déjà pris le temps de composer des pistes de son côté et de les poster sur son Soundcloud personnel, le voilà qui s’offre ici un tremplin intéressant avec cet album. Il y instille en effet des orientations musicales neuves pour Howard mais néanmoins profondément marquées par ses influences propres, lesquelles se retrouvent dans ses projets annexes. Il est encore beaucoup trop tôt évidemment pour parler d’un quelconque héritage ou d’une inspiration qu’il pourrait à son tour représenter, et si on lui souhaite de se sculpter ce statut à terme, on peut d’ores et déjà se dire qu’il se fait ici artisan d’un certain renouveau dont ses homologues contemporains de la scène rock (au sens très large) pourraient sans problème s’inspirer pour nourrir cette dernière. D’ici là, on aime à croire que quand quelques décennies se seront écoulées, on pourra évoquer Raphaël de la même manière que l’on cite – dans des registres différents qu’il arrive à relier – un Ray Manzarek ou un Laurent Garnier.

Raphaël sur la scène du Rock’In Kiosque 2022. Photo : Bernard Sabattié

L’on pourrait croire à la lumière de tout cela que le Howard de 2022 n’a plus rien à voir avec ce qu’il était il y a seulement deux ans. Et nous aurions tort de penser que la mue s’est faite d’une manière aussi totale et radicale. Tel un serpent, le groupe a changé de peau mais n’a rien perdu de ce qu’il était. Et le son plus « classique » d’Howard de continuer à s’insinuer partout, que ce soit dans ces propositions plus inédites ou dans des morceaux qui, quant à eux, auront surtout pour mission d’assurer la continuité. C’est le cas notamment avec les chansons The Way et Telescope, sans doute les plus à-même de nous rappeler qu’en dépit de ces atours neufs que nous entendons partout sur cet album, Howard demeure Howard.

A mon sens, c’est ici Telescope qui résumera le mieux cet aspect d’Event Horizon. Si les nouvelles intentions du groupe demeurent audibles ici, on l’y voit aussi renouer avec son style habituel. Fait d’une atmosphère qu’on qualifiera de planante, lui permettant ainsi de se démarquer – tout calé qu’il est entre les plus énervés Need Want Get et I Hear a Sound – ce titre renvoie même nettement à certains passages du précédent album, tout comme le fera (deux pistes plus loin) The Way. Nous retrouvons en effet les mêmes variations d’intensité que les Howard s’étaient amusés à distiller dans leur premier opus, lesquelles donnaient déjà et continuent de donner ici des compositions aussi complètes que léchées.

Tom sur scène en Juillet dernier. Photo : Angie Blackson


Ne nous reste plus que deux titres à découvrir sur cet album mais la messe semble avoir été dite. Portant le sermon d’une critique sociétale intéressante – car rare, encore une fois, sur cette scène – tout en défrichant le champ des possibles et en s’assurant une filiation nette entre cet album et son prédécesseur, les Howard ont très clairement posé ici une des meilleures productions de l’année. Les idées se croisent et se mêlent, arrivant finalement à composer des œuvres souvent hybrides, faites en quelque sorte d’un « Howard ancien » et d’un « Howard nouveau ».
Le groupe se présente cependant en réalité à nous pour ce qu’il est sur cet album : ni ancien, ni nouveau, il est le « Howard présent ». Celui que ces enregistrements ont capturé à un instant T et qui ne manquera pas d’être sans doute encore différent du « Howard à venir ». Ce trio m’a toujours donné le sentiment d’avoir un œil rivé droit sur le futur, avec un plan ou deux dans sa poche pour ne jamais nous lasser (et eux avec). C’est une impression qui ressortait d’Obstacle et qui demeure cette année non seulement parce qu’Event Horizon répond à la promesse faite à demi-mots avec cet album de 2020 mais également parce qu’il s’inscrit dans la droite continuité de cet esprit d’exploration qui anime clairement le groupe, fixant alors de nouvelles frontières à atteindre et dépasser.

Les ultimes notes du disque, réparties entre Heedless et l’éponyme Event Horizon, enfoncent le clou. Le premier notamment amène un post-rock flamboyant et donne à Howard l’occasion de livrer l’un des morceaux les plus vivifiants de l’album. Tout en synthétisant l’ensemble des tenants et aboutissants de la proposition faite à travers ce dernier, cette chanson se veut être une petite décharge électrique au milieu du reste. Il s’appuie pour cela sur ces mêmes influences 70s qui se sont toujours cachées dans les compositions du groupe mais qui se révèlent ici une fois de plus digérées et métamorphosées. Très bon, le titre laisse cependant un très léger goût de timidité au bord de l’oreille alors qu’il s’achève.
N’y voyons cependant pas là un problème ! Au contraire, c’est la preuve du potentiel que Howard touche du doigt sur Event Horizon. En n’allant pas chercher tout de suite une quelconque forme d’apogée de son art, le trio se laisse du champ libre pour la suite et nous abandonne en cette fin de course sur une promesse à nouveau faite de maintenir le cap et de prolonger l’exploration dans les prochaines années. Une vœu que l’ultime piste éponyme formule à son tour, ouvrant de nouvelles portes en mettant en lumière des intonations que l’on n’avait pas encore véritablement entendues dans les morceaux précédents. Le groupe se tourne ici résolument vers la prochaine étape de son parcours, lequel pourrait sans problème bientôt être taxé de post-moderne, pour notre plus grand plaisir.

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Si j’ai bien tout compris de ce que j’en ai lu, l’horizon des événements (event horizon en anglais, vous suivez) est – dans le cas d’un trou noir – un espace autour dudit trou et duquel rien ne peut échapper à la force d’attraction de ce dernier. En gros… Du coup, si l’on considère l’esprit créatif et l’envie d’expérimentations des Howard comme un trou noir, on finit par se dire que cet album porte très bien son nom. Car toute la musique qu’il propose gravite en effet autour de cette envie de voir plus loin et se voit influencée par elle. Elle en est même le principal carburant, offrant alors aux oreilles des auditeurs et auditrices un spectacle aussi étonnant que peut l’être la photo d’un trou noir justement. Et dans les deux cas, la même question : où est-ce que cette chose peut mener ? On n’a qu’une envie, le découvrir, et l’on espère que le prochain album des Howard nous proposera ce périple annoncé. Dans tous les cas, je suis certain que ce sera autrement meilleur que cette laborieuse conclusion.

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