« Super Mario Bros. – Le Film » : En mode Facile

Il était évident que le film Super Mario Bros. allait être un succès. Il va de soi que je ne vous parle pas ici de l’odieuse (et pourtant fascinante) version de 1993 mais bien de la nouvelle adaptation récemment portée sur les écrans par Nintendo et Illumination. Super Mario, ce n’est pas n’importe qui. Mascotte de Nintendo depuis les années 1980, le plombier a réussi à devenir un des visages, sinon LE visage du jeu vidéo dans son ensemble. Si d’autres mascottes auront réussi à imprégner l’esprit du grand public (notamment son rival de toujours, Sonic), aucun n’aura cependant réussi à obtenir l’aura de la création de Shigeru Miyamoto. Aussi, que le public se déplace en masse pour aller découvrir ses aventures sur grand écran, cela n’a rien d’étonnant. Ce qui était moins facile à prévoir cependant, c’était la qualité du film. Et si rien n’est jamais parfait en ce bas monde, Super Mario Bros. semble chercher ici à faire de son mieux.


C’est assez amusant parfois, cette façon qu’ont les choses et les événements de se télescoper un coup. Dans un moment où les adaptations de jeux vidéo sur petit et grand écran se multiplient encore et encore, parfois en dépit du bon sens et, surtout, de la quête d’une originalité perdue, je me suis retrouvé il y a quelque temps à vous proposer un article sur la série animée The Cuphead Show. Souvenez vous, je tâchais d’y évoquer la façon dont cette proposition faisait son possible pour se détacher du jeu original et donc de devenir une œuvre à part entière. Les semaines passent et me voilà donc à aller découvrir le film Super Mario Bros. en salles, séance qui fut (j’y crois à peine moi-même) ma première de l’année, soit dit en passant.
Au moment où ladite séance débute, je me remémore les premières apparitions de Mario hors jeu vidéo. Et les souvenirs sont pour le moins douloureux. Les séries animées de 1989 (Super Mario Bros.) et 1990 (Les Aventures de Super Mario Bros. 3 puis Super Mario World) n’ont jamais été des valeurs sûres et ont réussi l’exploit d’être déjà vieillottes au moment de leur première diffusion. Quant au film de 1993, avec Bob Hoskins et John Leguizamo en Mario et Luigi, inutile pour l’instant d’en parler outre mesure. Le long-métrage réalisé par le couple Rocky Morton et Annabel Jankel reste dans toutes les têtes pour la plus que piètre qualité de l’adaptation qu’elle proposait. L’univers du plombier de Nintendo y était tordu jusqu’à l’impossible, ôtant à chaque personnage, chaque référence ses couleurs d’origines pour servir aux spectateurs un tableau noir et dystopique en opposition totale avec l’ambiance colorée et chatoyante des jeux originaux.

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Non, ceci n’est pas un Goomba : c’est un trauma

Mais avec cette nouvelle adaptation de 2023, tout porte à croire que le respect de l’univers créé par Shigeru Miyamoto sera autant que possible au rendez-vous. Les premiers trailers ne s’y trompaient pas d’ailleurs. Sans trop révéler certains éléments d’intrigue, leur mission principale consistait à rassurer sur le contenu du film : Super Mario Bros. n’a aucunement vocation à « trahir » les fans de Mario. Bien au contraire, ces bandes-annonces suggèrent tout l’inverse, révélant un film qui semble déjà conçu comme une confortable paire de chaussons dans lesquels il ne sera pas difficile de se sentir chez soi. Finalement, la seule chose qui aura suscité l’inquiétude de tout le monde en amont de la sortie du film, c’était bien la participation de Chris Pratt au casting vocal en VO. Pire encore, l’interprète de Star-Lord chez Marvel a été choisi pour camper Mario lui-même. Or, rien n’est venu assurer que le comédien allait être à la hauteur du rôle. Si les premiers extraits du film témoignaient déjà de son inaptitude à coller au personnage (et potentiellement de son manque d’investissement dans le rôle, jamais une partition vocale ne m’ayant semblé aussi plate…), la période de promotion autour de la sortie n’a fait que refroidir un peu plus l’audience. Pratt y affichait une méconnaissance complète de l’univers de la licence, sinon un désintérêt total pour cette dernière.
Qu’on se comprenne d’ailleurs, il a tout à fait le droit de ne pas connaître Super Mario ou même de n’être pas spécialement féru de jeu vidéo, là n’est pas mon propos. Mais qu’à l’heure d’arpenter les plateaux de télévisions et autres il ne donne pas le change, ne paraisse pas s’être un minimum renseigné sur la licence (majeure !) dans laquelle il vient de mettre les deux pieds, c’est tout bonnement gênant. Je dirais la même chose d’un acteur qui semblerait ne rien savoir du livre dont son film serait adapté ou de la vie d’une personnalité quelconque qu’il incarnerait dans un éventuel biopic, notez bien. Bref, Chris Pratt en Mario était certainement l’un des pires choix possibles et il n’a jamais réussi qu’à accentuer cette inquiétude à mesure de ses interventions. Je serai de toute façon honnête avec vous, je n’aime pas Chris Pratt. Acteur que je trouve assez surcoté (pour ne pas dire médiocre), il a également donné bien des raisons de le percevoir comme un homme bien peu recommandable qui, je l’admets sans problème, m’empêche un peu d’exprimer le moindre enthousiasme quant à son apparition dans un rôle ou un autre.

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Heureusement, il restera toujours Jack Black

Aussi, tant pis pour le plaisir que j’aurais certainement eu à entendre Jack Black s’éclater en prêtant sa voix à Bowser, c’est en VF que je suis allé voir Super Mario Bros. Une version française de grande qualité, confiée à des comédiens et comédiennes de doublage dont il s’agit du métier, à l’opposé de cette espèce de pêche au star talent dans laquelle le doublage francophone s’est lancé depuis quelques années. On se souvient encore amèrement d’Antoine Griezmann en Superman dans LEGO Batman : Le Film, d’Olivier Giroud et Presnel Kimpembe dans Spider-Man : Into the Spider-Verse ou encore de Kev Adams en Gomez Adams dans les deux récents films d’animation La Famille Adams. Dans ce dernier cas, au moins est-il déjà comédien à l’origine, contrairement aux trois footballeurs sus-mentionnés, mais on se demanderait presque s’il n’a pas été choisi que pour la blague de faire doubler un Adams par un autre Adams…
Enfin bref, avec Super Mario Bros., c’est bien à des « professionnels de la profession » que nous avons affaire, confiant les différents rôles à des comédiens et comédiennes chevronné(e)s comme Pierre Tessier (la VF de Ryan Reynolds notamment, qui livre un impeccable Mario), Emmanuel Garijo (voix de Chris Pine, Hayden Christensen ou encore Riri dans le reboot de DuckTales, ici en Toad), Xavier Fagnon (voix de Seth Rogen, qui retrouve donc l’acteur pour camper Donkey Kong), sans oublier Jérémie Covillault en Bowser mais aussi Donald Reignoux, Dorothée Pousséo, Chrisophe Lemoine, Alexis Tomassian, Céline Montsarrat ou encore Thierry Desroses et Boris Rehlinger… Je ne doute pas que si vous n’êtes pas spécialement porté(e)s sur le monde du doublage, ces noms ne vous diront rien mais sachez que nous sommes ici en présence de gens qui connaissent leur métier, qui ont des CV en la matière long comme le bras et qui, par conséquent, savent appréhender l’exercice et la nécessité de jouer le personnage et non d’être seulement un nom qu’on aurait lâché là pour appâter le chaland. En résulte une version française parfaite, maîtrisée et très agréable, jouissant d’un naturel qu’on se plairait à retrouver dans toutes les productions d’animation.

Cette digression sur la VF faite, revenons en au film en lui-même. D’entrée de jeu, je pense devoir vous dire que je n’attendais rien de particulier de Super Mario Bros. Sans pourtant estimer qu’il n’y avait absolument rien du tout à espérer du film (au contraire, même), c’est simplement que je m’étais convaincu qu’en dehors d’une adaptation somme toute assez classique, il n’y avait pas de raison convaincante de s’attendre à quelque chose qui soit en mesure de marquer les esprits au-delà même de son seul statut d’adaptation de la licence la plus connue/populaire du jeu vidéo.

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Comme des Bêtes est un bon exemple de ce qui va et de ce qui ne va pas avec Illumination : c’est plutôt joli, plutôt rigolo, assez divertissant, mais ça ne laisse aucun souvenir impérissable.

Le fait que le projet ait été confié à Illumination a par ailleurs joué dans cet a priori qui, sans être véritablement emprunt de défiance, me laissait envisager ce film comme quelque chose qui allait sans doute être sympathique, mais sans plus. Un coup d’œil rapide sur le CV du studio nous rappelle ses principaux faits d’armes : Moi, Moche et MéchantLes Minions, les deux Tous en ScèneComme des Bêtes… Cela semble finalement être la marque de fabrique d’Illumination, à savoir livrer des films certes mignons, sympathiques, colorés et tout à fait corrects pour certains mais sans jamais réussir à trouver l’audace nécessaire pour faire avancer l’état de l’art. Vu de ma fenêtre, le studio est un exécutant solide mais est encore loin d’avoir l’aura d’un pur créateur en recherche de nouvelles choses, de nouvelles façons de faire… Peut-être n’est-ce tout bonnement pas là leur intention. Peut-être que donner le jour à des films qui, finalement, fonctionnent plutôt bien auprès du public est en l’état tout ce qui les satisfait. Je n’irai pas dire que c’est bien dommage de penser comme ça, n’étant moi-même pas certain que ce soit là leur crédo, mais cela donne lieu à un constat un peu amer. Dans un monde où des studios arrivent à sortir des œuvres comme Spider-Man : Into the Spider-Verse ou bien à faire avancer la technique comme chez Pixar, il y a certes encore de la place pour des entités comme Illumination. Mais je ne peux pas m’empêcher de trouver cela dommage d’aussi peu chercher à oser. Passons toutefois, je n’ai pas envie de donner l’impression de descendre Illumination alors même que, comme je le disais plus haut, la plupart de leurs productions demeurent très sympathiques et divertissantes. Du reste, voilà qui me stoppe net dans mon envie d’en attendre davantage sur cette aventure de Super Mario.

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Horvath et Jelenic, créateurs de Teen Titans Go! et réalisateurs de Super Mario Bros.

Et c’est très bien finalement parce qu’un film sympathique et divertissant mais qui n’invente pas grand-chose, c’est exactement ce à quoi j’ai eu droit. Super Mario Bros. est ultra-calibré, certainement trop mais en tous cas suffisamment pour que ça roule tout seul. La machinerie est huilée à mort, il n’y a pas un grain de sable dans les rouages, tout s’imbrique comme prévu. Aaron Horvath et Michael Jelenic composent donc un film totalement conçu pour n’être rien d’autre qu’un « blockbuster de divertissement adapté de la licence vidéoludique phare, pensé en droite ligne pour le grand public ». Tout le monde, absolument tout le monde doit passer un bon moment devant Super Mario Bros. et pour cela, rien de mieux qu’un cahier des charges qui a fait ses preuves, ce qui vaut autant pour le scénario que pour la technique de manière générale.
Le récit est en effet assez convenu, sinon quelconque, et l’animation est quant à elle certes très jolie mais manque cruellement d’inventivité. Illumination applique à ce film toutes sa méthodologie habituelle et ne se donne pour mission que de faire en sorte que les gens s’y retrouvent. Le studio fait alors preuve de ce que j’évoquais plus haut, à savoir son talent à exécuter une technique éprouvée, livrant des choses tout à fait plaisantes à l’œil et se payant même le luxe de composer quelques plans d’une beauté certaine. Mais ça n’invente rien, ça ne cherche même pas à le faire d’ailleurs. Et sans renier le plaisir visuel général (couleurs et lumières sont régulièrement utilisées à très bon escient), on regrettera toujours ce manque d’audace que je mentionnais précédemment. Or, il aurait pu être très intéressant de voir cette audace appliquée à Super Mario, quelle qu’en soit la forme alors ! Car si l’univers du plombier de Nintendo est globalement très calibré lui aussi depuis tout ce temps, il a tout de même pour lui d’avoir de très nombreuses portes ouvertes pour essayer de proposer autre chose, de voir ailleurs, de repenser la direction artistique. Je ne parle pas ici de complètement métamorphoser Mario et ses compagnons de route mais plutôt de l’emmener voir quelque chose qu’il n’aurait pas encore vu (et nous avec), plutôt que d’inlassablement et scrupuleusement le faire entrer dans des environnements qu’on a déjà aperçus dans tous les jeux depuis 1985. Oh bien sûr, on notera une idée ici, une autre par là, mais ça n’est que ponctuel, ce ne sont que des petits détails ajoutés à une grande fresque qui, quant à elle, reprend à son compte tout ce que Nintendo a déjà pensé à faire auparavant dans ses propres productions.

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Encore une fois, tout ceci colle avec l’ambition qu’on devine sans peine, à savoir de vendre ce film au plus grand nombre. Il ne faut pas dépayser les gens, ne pas « trahir » les fans d’une quelconque manière, il faut émerveiller les enfants et en même temps bien faire découvrir à celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore les jeux Super Mario ce dont il s’agit.
L’intention est compréhensible en un sens et on aurait eu du mal à imaginer Nintendo et Illumination vouloir proposer autre chose. L’affaire semblait de toute façon entendue dès le début de la production, les deux réalisateurs ayant été assez clairs sur l’ambition du film, mettant même ce dernier en parallèle avec leur travail sur Teen Titans Go!

« Avec Teen Titans, nous devions faire une série qui soit irrévérencieuse, amusante et ouverte vers une nouveau public. Nous avons pu faire cela car il y avait déjà une série plus révérencieuse […]. Mais il n’y a jamais eu de film ou série télé Super Mario vraiment authentique qui soit satisfaisant. Donc, dans un sens on était à l’opposé de ce que nous avons fait sur Teen Titans : allons livrer l’expérience Super Mario que nous n’avons pas encore eue. »

Horvath et Jelenic pour Animation Magazine (7 Mars 2023)


La messe est dite finalement, Super Mario Bros. : Le Film est là pour poser les bases et rien de plus. Il se veut être LA bonne adaptation qu’on n’a pas encore eue, effaçant du revers de la manche les errances des précédentes tentatives. L’objectif était en quelque sorte de réconcilier les publics avec l’idée d’une aventure de Mario sur grand écran. Et surtout éviter de répéter le fiasco du film de 1993 et l’indifférence autour des séries animées que je citais en début d’article.

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On sent bien que l’idée conductrice consiste à ne surtout pas refaire les mêmes erreurs qu’il y a trente ans.

Car s’il y a bien une chose qu’on ne pourra jamais enlever au Super Mario Bros. de Morton et Jankel, c’est qu’il s’était considérablement réapproprié l’univers qu’il mettait en scène. Trop, cela ne fait pas l’ombre d’un doute, à tel point qu’en plus de ne pas être un bon film, c’était également une bien piètre adaptation. Ceci étant, le film aurait à l’époque pu être « sauvé » par sa fin telle que prévue initialement.
En effet, lors d’une séquence finalement supprimée au montage, Mario et Luigi était revenus dans leur New York d’origine et des représentants de Nintendo débarquaient chez eux. Ayant eu vent de leurs aventures, ils voulaient les détails afin d’en faire un jeu vidéo. Les plombiers racontent alors leurs péripéties mais la barrière de la langue fait que les gars de Nintendo n’ont pas tout compris et ont fait de Super Mario le jeu que nous connaissons, justifiant de fait l’immense différence qui existe entre ce dernier et le film. Un détail que l’on retrouve dans cette interview publiée par Variety le 6 Avril dernier. Oh, ça n’aurait pas sauvé le film du naufrage mais ceci compilé à toutes les difficultés rencontrées pendant la production donne presque un peu envie de le réhabiliter.
Ceci étant dit, le souvenir de cet échec monumental est évidemment dans toutes les mémoires et s’il y a bien une chose qui est vraisemblablement venue à l’esprit des producteurs sur ce nouveau projet animé, c’est certainement de faire tout l’inverse de ce qui a été commis en 1993. D’où, en plus des aspects techniques efficaces mais vus et revus, un scénario qui ne cherche en aucun cas à bouleverser son monde. Le récit écrit par Matthew Fogel se cherche donc une place dans cette équation. En résulte une aventure globalement plaisante quoique classique. Reprenant un parcours lui aussi huilé, le film met en scène Mario dans une quête initiatique ponctuée par la découverte d’un monde qu’il ne connaît pas encore. Dans un cheminement proche (mais néanmoins distinct) du voyage du héros théorisé par Jopseph Campbell en 1949, le moustachu s’improvise héros malgré lui, s’entourant ce faisant d’alliés (Toad, le faire-valoir comique, puis Donkey Kong, le rival qui se rallie à sa cause) et mentors afin de dépasser sa propre stature de loser et de bonhomme sans grande envergure que la situation initiale du film installe confortablement. Là encore, Illumination fait le choix de la facilité avec une recette éprouvée, mettant son protagoniste principal au même niveau que son public et en introduisant le lore général aux deux en même temps et selon une progression qui se fera idéalement au même rythme. Les néophytes sont alors accompagnés dans cette plongée dans le Royaume Champignon tandis que les vieux fans se gargariseront éventuellement du « plaisir » pris à deviner où l’on va et à reconnaître les références disséminées un peu partout.

On le comprend bien vite, Super Mario Bros. ne veut prendre aucun risque. Tant pis alors s’il se contente de faire des choix faciles, l’essentiel étant que le résultat soit correct.

Le film n’invente rien de propre sur le plan de l’histoire, hélas. D’aucuns diront toujours que, de toute façon, Super Mario n’est de base pas la plus folle des licences sur le plan narratif. Loin s’en faut même puisque la série de jeux ne nous a jamais habitués à planter des histoires particulièrement recherchées, là n’étant pas son propos. Pur fruit de la logique de Nintendo selon laquelle le gameplay prime sur le reste, le plaisir de jeu avant tout en somme, Super Mario se contente systématiquement de nous raconter comment Mario va sauver Peach des griffes de Bowser, grosso modo. Même lorsqu’il n’est pas question de Peach (Super Mario Land) ou bien du roi des Koopas (Super Mario Land 2), l’affaire reste dans l’ensemble très similaire d’un jeu à l’autre, chacun ne se démarquant sincèrement que par un game design sans cesse revisité. En définitive, c’est une lame à double-tranchant que tiennent les esprits qui ont composé le récit de ce film. D’un côté, un univers sans véritable fondation narrative solide autre que « sauver la princesse, taper les méchants » et, de l’autre, la possibilité avec cette vacuité pré-existante de tout faire, de s’en donner à cœur-joie en matière de créativité ! En définitive, je le disais au-dessus, l’équipe se sera limité au minimum syndical, faisant de Super Mario Bros. : Le Film un « simple » étendard de la licence. Donnant au long métrage des allures de parc d’attraction avec ses différents espaces thématiques, Horvath, Jelenic et Fogel ont nettement pris le parti de ne pas faire n’importe quoi, dans cette idée de poser des bases finalement. 
Ceci étant dit, on reconnaîtra à cette adaptation une poignée de bonnes idées à commencer par celui de, justement, ne pas faire de Peach la banale princesse en détresse qu’on voit tout le temps. Sans doute conscient de l’époque dans laquelle il s’inscrit, le récit nous présente au contraire une princesse vaillante, combative, fière et forte, loin de la simple potiche qui fait un bisou sur le gros nez de Mario parce qu’il vient de la sauver pour une énième fois… Alors non, ce n’est pas particulièrement révolutionnaire mais la figure du personnage y est ici suffisamment rénovée pour ne pas faire rouler des yeux devant la sempiternelle quête du preux chevalier qui doit affronter le dragon et délivrer la demoiselle en détresse. Si la princesse retrouve cependant ce rôle à quelques encablures de la fin de l’aventure, ce n’est que pour mieux de nouveau l’éclater en étant la première instigatrice de sa propre libération. L’évolution du personnage (en comparaison de ce qu’elle fut et demeure dans les jeux) est alors plaisante, faisant d’elle un ressort d’action parfois inattendu mais parfaitement justifié par les essais d’enrichissement de son background que le scénario propose. Ça l’est d’autant plus que cette composition offre une jolie balance par rapport à celle de Mario. Dans une aventure où, en quelque sorte, les rôles s’inversent un peu, le plombier n’est plus que le héros en devenir, loser qui doit faire ses preuves, tandis que Peach est une princesse déjà éprouvée aux batailles pour protéger son royaume. La complémentarité entre les deux protagonistes est alors renouvelée (la scène de l’entraînement se posant ici en point d’orgue) sans être dénaturée pour autant, conservant un rapport entre les deux des plus familiers.

Je dois bien avouer que j’ai été surpris non seulement par le traitement accordé au personnage de Peach mais aussi par les esquisses de background que le film dessine.

De fil en aiguille, on se rend bien compte que Super Mario Bros. tente malgré tout de faire quelque chose. On voit bien que derrière le simple projet de porter sur grand écran cette licence iconique, il y a tout de même l’envie de s’en saisir, de raconter une histoire avec. Tordant en cela certains aspects emblématiques des jeux, le film s’offre une petite part de liberté bienvenue.
Néanmoins, tout cela reste très convenu et le tout ne manque pas de se heurter à certains écueils. L’un d’entre eux sera donc le côté très classique de son scénario, ce que je viens d’évoquer, tandis qu’un autre sera le fait de multiplier les références, à outrance. En s’asseyant dans la salle de cinéma, on se doutait bien à quel petit jeu Horvath et Jelenic allaient se livrer ici. On s’attendait à voir surgir des clins d’œil un peu partout, qu’ils concernent strictement Mario ou Nintendo plus largement. Je dois d’ailleurs dire que l’ensemble ne m’a pas autant fatigué que je l’aurais cru. Je suis pourtant de cette partie du public qui n’aime pas trop qu’on colle des références et des easter eggs absolument partout, comme si les équipes derrière le film cherchaient à nous dire en nous filant des coups de coude « Hé ! Regarde, on est comme toi, nous aussi on aime ça, tu as vu ? »… A mon sens, la référence n’est bonne que lorsqu’elle est faite dans la mesure et avec pertinence. Aussi, accumuler comme le fait Super Mario Bros. un nombre plus que conséquent de clins d’œil çà et là, cela peut vite me perdre un peu. Fort heureusement pour nous, le film se perd ici dans un autre travers qui est souvent celui des œuvres du même genre : condenser un maximum de références dans la première partie du métrage, histoire de très vite accrocher le public en lui mettant sous le nez des choses qu’il ne peut pas manquer, et ensuite laisser l’histoire se dérouler en faisant preuve de plus de parcimonie en la matière. Il n’en demeurera pas moins une impression que l’on a cherché à montrer ou prouver quelque chose au public et en particulier aux « connaisseurs », une familiarité ou une connivence entre eux et nous. Le tout cumulé à une certaine propension à faire de la référence facile ou évidente questionne un peu sur l’intention qui a guidé vers ce catalogue de petits détails plus ou moins cachés. Encore une fois, l’impression de parc d’attraction n’est pas loin.

Malgré cela, je ne peux pas être totalement dur avec cet aspect du film parce qu’en fin de compte, j’y ai quand même pris du plaisir. Non seulement parce que j’ai repéré un ou deux trucs qui m’ont parlé alors que je ne m’attendais vraiment pas à les trouver ici (et c’est là que la stratégie fonctionne finalement) mais aussi parce qu’il y a quand même quelques éléments qui sont assez bien intégrés dans le film, et je parle ici des choses les plus visibles, les plus évidentes. La séquence en 2D dans Brooklyn au début du film en constitue un exemple. C’était certain qu’on allait avoir droit à un passage de ce genre mais je dois bien admettre que j’ai trouvé la chose plus agréable que je ne le craignais. Plutôt courte, évitant donc de trop s’appesantir dessus, la scène n’est pas franchement osée d’un point de vue strictement créatif mais elle fonctionne assez bien. On la voit venir à des kilomètres, on l’attendait presque, lui ôtant un peu de son esprit de surprise mais elle reste très agréable à regarder.

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Tut tut les Koopas

De la même manière, la séquence Mario Kart mérite d’être soulignée. Si l’effet de surprise de ce passage était mort et enterré dès le départ, la campagne de promotion autour du film ayant lourdement insisté sur ce moment, on restait tout de même en droit de se demander la façon dont la chose allait être digérée dans le métrage final. Là encore, l’usage de cette branche de jeux Mario dans le film n’est en soi pas surprenante : Mario Kart 8 Deluxe sur Switch demeure le jeu le plus vendu de la console avec 52 millions d’unités écoulées dans le monde, rien que ça. Si l’on y ajoute les ventes de la version Wii U (le Mario Kart 8 original étant la meilleure vente sur cette machine également), on dépasse les 60 millions de jeux dans la nature. Et le bilan est plus ou moins similaire pour les épisodes précédents sur 3DS, Wii ou encore DS. Le succès colossal de ce jeu de course est sans équivoque et il va de soi qu’un film sous le sceau de Super Mario va forcément le passer à sa moulinette, histoire de toujours mieux attacher le grand public à sa cause. Là où j’ai été relativement surpris du reste, c’est dans la façon dont la chose s’est faite ici.
Je craignais en effet que, par une pirouette scénaristique, le film allait embarquer nos héros dans une quelconque course de karts sans autre intérêt que la référence en elle-même. Or, en l’occurrence, il ne s’agit en fait pas véritablement de ça. Au contraire, plutôt que forcer les choses, Super Mario Bros. : Le Film insère cette référence incontournable dans son récit en jouant avec les codes et les attentes. Plutôt que d’une course difficile à justifier, les karts sont ici mis au service d’un cheminement à accomplir, d’une simple nécessité de rallier un point A à un point B et de le faire aussi vite que possible. Si l’arrivée des petits bolides dans l’histoire semblera quand même sortir de nulle part (ça tombe vraiment comme un cheveu sur la soupe, pardonnez-moi), j’ai bien aimé cette volonté de tordre un peu le jeu, de faire de la Rainbow Road non pas un circuit mais bien le support d’une partie du périple dans lequel Mario, Peach et Toad se sont lancés. En découle alors tout un chapitre du film qui, empruntant volontiers des choses à Mad Max, montre qu’il est tout à fait possible de ne pas systématiquement tomber dans la référence sans réflexion. Oh je n’irai cependant pas dire que j’ai assisté là à quelque chose de tout à fait inventif et pertinent mais d’ainsi éviter de faire une fois de plus dans la facilité, cela m’a bien plu. L’esprit du jeu s’observe alors appliqué d’une nouvelle manière, le voyage devenant « course à la mort » où les items emblématiques de Mario Kart se muent en armes d’une bataille véhiculée assez joliment mise en scène par ailleurs.

« What a day! What a lovely day! »

C’est tout Super Mario Bros. finalement, cette aptitude à vouloir faire bien sans jamais vraiment y arriver à 100 %. Sans doute est-ce là le propre d’un film qui a de bonnes intentions (adapter fidèlement, servir les fans, présenter un univers…) mais derrière lesquelles se cache finalement une ambition générale qui n’est « que » de donner à voir un premier jalon dans un parcours d’adaptations qu’on imagine déjà Nintendo porter plus loin que cela maintenant que ce film-là approche des 450 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis et des 5 millions d’entrée en France notamment. Un premier jalon qui se paie alors le luxe de faire simple, de reprendre tout ce qui fait qu’un blockbuster fonctionne et l’appliquer scrupuleusement dans son propre projet. Divertissant, Super Mario Bros. l’est indéniablement mais c’est au prix d’une formule éculée, jusque dans sa musique.
L’emploi de chansons tirées des répertoires de différents artistes en est un témoignage. En allant utiliser cette recette, Harvoth et Jelenic inscrivent leur réalisation dans la droite ligne des blockbusters actuels qui utilisent ces morceaux à tout-va et parfois en dépit du bon sens. Ainsi n’est-on en aucun surpris (mais peut-être un peu lassé) au moment d’entendre Take on Me de a-ha, Mr. Blue Sky de Electric Light Orchestra ou bien Holding Out for a Hero de Bonnie Tyler… Et le film aura beau nous caler du Beastie Boys, du Korn ou du AC/DC pour changer un tout petit peu, cela n’enlève rien au fait qu’on a entendu cela mille fois au cours des quinze dernières années et que ça commence à sentir la saturation. Le pire dans tout cela, c’est que ce n’est même pas forcément bien utilisé. Je n’ai pas spécialement compris ce que Take on Me venait faire là au moment où la chanson retentit mais le meilleur exemple de cette utilisation maladroite de ces morceaux pourtant cultes, c’est sans contexte Thunderstruck qui l’illustre le mieux.
Sans trop vous en dévoiler, la chanson d’AC/DC résonne alors que Mario, Peach et Toad préparent leur karts pour la séquence que j’évoquais plus haut. Bon, soit. Ça habille un peu la scène mais ça s’arrête là. Or, juste après, on se retrouve comme je le disais avec la fameuse scène de karting et donc avec tous les objets en tous genres qui volent de partout dans une bataille motorisée échevelée. C’est là que Thunderstruck aurait dû être utilisée enfin ! Ça n’aurait en fait pas demandé beaucoup de jugeote que de se rendre compte qu’une chanson parlant de la foudre et du tonnerre aurait parfaitement collé avec la référence à un jeu dont l’un des objets les plus connus est tout bonnement un éclair ! Je ne suis pas cinéaste mais mettre ledit item entre les mains de Mario, le laisser l’envoyer contre un ennemi et balancer le refrain de Thunderstruck pile au moment où la foudre s’abat sur la tête d’un pauvre Koopa, je pense sincèrement que ça n’aurait pas demandé un effort particulier. Au lieu de cela, la bande originale du film préfère maintenir cette espèce de décalage étonnant entre ce qu’il montre et ce qu’il donne à entendre.

Parallèlement, je ne m’étendrai pas trop sur les orchestrations originales de Brian Tyler. Le compositeur offre ici des pièces semblables à celles qu’il compose habituellement : bien foutues mais néanmoins assez passe-partout pour se demander si on n’a pas déjà entendu ça quelque part. A l’instar des réalisateurs et du scénariste, Tyler s’adonne donc à un travail relativement générique visant à remplir le cahier des charges de blockbusters tous publics qui a drastiquement orienté la création du film. Lui également se laisse porter par l’envie de glisser des références un peu partout dans ses œuvres, adjoignant donc à ses propres créations des extraits des thèmes les plus marquants de l’univers Super Mario, allant du thème principal de Super Mario Galaxy, à la musique des mondes souterrains en passant par le thème principal de la licence. L’idée est tout à fait louable (on aurait presque été heurté de l’absence de ces musiques dans le film en réalité) mais se trouve à mon sens lésée par une cohabitation assez maladroite entre le fruit de l’imagination de Brian Tyler et la nécessité d’y imbriquer les notes du fameux Koji Kondo, l’homme derrière l’identité musicale de Super Mario depuis le premier jeu en 1985.


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A la relecture, je trouve cette chronique assez maladroite. Elle me semble avoir le cul entre deux chaises, passez moi l’expression. Sur l’une de ces chaises, on chercherait à dire que Super Mario Bros. est un film ma foi sympathique comme tout. C’est un dessin animé de qualité, parfaitement calibré pour plaire à sa cible principale, à savoir les enfants. Car s’il cherche à plaire à tout le monde bien sûr, c’est clairement aux plus jeunes que Super Mario Bros. est destiné, lesquels y trouveront sans nul doute un divertissement d’aventure en terres familières qui les ravira plus que certainement (j’en prends pour preuve les regards ébahis des quelques enfants que j’ai pu repérer dans ma salle de cinéma). Sur l’autre chaise en revanche, on a du mal à le voir autrement que comme un petit pétard mouillé un peu trop engoncé dans les standards des blockbusters actuels. On en aurait attendu autre chose, un peu d’audace, un peu d’originalité, histoire de sortir Mario des sentiers battus et rebattus par sa longue carrière vidéoludique. Et en même temps, aurait-on eu raison d’attendre autre chose que ce que nous avons eu ici ? Je n’en suis pas certain du tout, en particulier à une heure où la simplicité de la référence et le refuge que représente le seul nom d’une licence star donnent l’assurance d’un succès mondial.
De la maladresse donc, une petite difficulté à savoir quoi dire, quoi faire avec le matériau qui est le sien… Au fond, cette chronique est semblable au film dont elle traite. Je la conclurai donc comme se conclut ce dernier, en espérant que vous avez passé un bon moment devant elle, que vous y avez trouvé votre compte et avec l’espoir qu’il y aura plus à dire (ou plutôt « mieux à dire ») la prochaine fois. Car il va de soi qu’il y aura une prochaine fois. Les rumeurs insistent beaucoup sur la naissance à venir d’un univers partagé Nintendo au cinéma. Je n’y crois pas du tout mais il est évident que la poule aux œufs d’or ne va pas s’arrêter de pondre de sitôt. 

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